Cameroun-Union Européenne: Le gouvernement se prépare secrètement à signer l'APE

Etoudi organise en catimini des concertations qui préparent le pays à l'ouverture prochaine de ses frontières aux produits européens.

Une décision actée, mais qui porte de lourdes conséquences. Une réunion interministérielle informelle s'est tenue le 18 juillet 2013 à la présidence de la République. Commencée à 15 heures, cette rencontre a réuni autour du Secrétaire général adjoint Séraphin Magloire Fouda, les Ministres de l’Économie, Emmanuel Nganou Djoumessi, de l'Agriculture, Essimi Menye, du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, des Pme, Etoundi Ngoa, et des Relations extérieures, Pierre Monkoko Mbonjo. Cette brochet¬te de membres du gouverne¬ment, accompagnés de quelques collaborateurs, ont été invités à Etoudi pour être informés de la décision présidentielle de signer dans un avenir proche l'Accord de partenariat économique (APE), qui signifie l'ouverture à 80% de notre marché aux pro¬duits de l'Union européenne sans frais de douane pour une période de 15 ans.

Magloire Séraphin Fouda, qui présidait le conclave, a délivré à ses interlocuteurs un message qui n'appelait pas de discussions, selon le témoignage d'un participant. «II a dit que le chef de la délégation de l'Union européenne, M. Raul Paula Mateus, a convaincu le Président de la République de faire signer cet accord par notre pays», révèle notre source. De fait, la réunion a pour but de commander aux ministres compétents une évaluation des conséquences commerciales que cette signature provoquera et des conditions camerounaises à soumettre à la partie européenne avant de passer à l'acte.

En effet, le Cameroun a jusqu'au 1er octobre 2014 pour ratifier l'APE sous peine d'être basculé dans le système de préférences généralisées (SPG). Le Congo et le Gabon vivent déjà sous le SPG, mais ne se portent pas si mal, même s'ils ne sont pas de gros exportateurs vers l'Union européenne comme l'est le Cameroun avec sa banane (226 157 tonnes en 2012, selon l'Association bananière du Cameroun (Assobacam). C'est un froid quasi-glacial qui a accueilli cette perspective, qui a déjà divisé le gouvernement lors du paraphe de l'accord d'étape en décembre 2007. De manière générale, les ministres sont opposés à la signature de l'APE en l'état actuel de notre économie.

Au Minepat, où est logé le comité APE, une étude était en préparation sur les impacts et conséquences du SPG sur l'économie camerounaise, c'est-à-dire l'opposé de ce qu'Etoudi demande désormais. D'où le ton comminatoire de Séraphin Magloire Fouda pour montrer que la décision est actée et qu'il faut s'en accommoder. Ce qui n'a pas empêché une sortie du Ministre de l'Agriculture. Selon plusieurs témoignages, Essimi Menye est le seul à avoir remis en question ce choix. «Il faut dire la vérité au Chef de l’État. C'est une mauvaise décision. Si nous signons l'APE sans les autres pays de l’Afrique centrale, c'est la fin de la CEMAC», a-t-il dit.

Les cinq autres pays (Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale et Tchad) ne sont pas disposés à signer quel qu'accord que ce soit avec l'UE. Pourtant, partageant des frontières communautaires avec le Cameroun, ils seront exposés aux produits européens entrés par notre pays sans droit de douane. Une, perspective qui remettra en cause les avancées d'intégration sous-régionale obtenues au sommet de Libreville de juin 2013, où la libre circulation des personnes a été arrachée au Gabon et à la Guinée Équatoriale après des décennies de résistance. De plus, objectent des responsables du Minepat, «on ne peut pas nous demander de nous adapter à l'Union européenne alors que ce ne sont pas nos uniques partenaires commerciaux».

D'ailleurs, poursuivent-ils, nos échanges avec l'Europe sont déclinants, alors qu'ils progressent avec le Nigeria et la Chine. De fortes résistances internes se font ainsi jour qui promettent une partie difficile pour la présidence de la République. Au comité APE, on a toutefois pris la pleine mesure de l'injonction venant d'Etoudi. Un plan d'action est en élaboration pour l'adaptation de l'économie camerounaise à l'APE. Les forces de résistance internes sont peu de choses devant la force de la société civile qui a toujours marqué son opposition à l'APE.

«L'accord d'étape paraphé par le Cameroun en décembre 2007 avait des clauses de rendez-vous où l'Union européenne devait concourir à une mise à niveau de notre économie, mais elle ne les a pas respectées. Quelles conditions pensons-nous pouvoir lui poser maintenant qu'elle respectera? Aucune», s'indigne un observateur de ce dossier. M. Bernard Njonga, Président de l'ACDIC, l'une des associations à avoir manifesté son opposition à l'APE, pense que «tout compte fait, si le Cameroun signe, c'est lui qui sera perdant».

© Parfait N. Siki | Repères

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