Cameroun - Sud: Lolodorf, localité ensorcelée

C'est l'une des plus anciennes villes du Cameroun, mais elle reste depuis plus d'un siècle confinée dans un sous-développement qui ne dit pas son nom.

«En ma qualité d'administrateur colonial du grand Lolo, j'ai un réel plaisir de constater que, son climat, son environnement, ses forêts encore sauvages, son cours d'eau toujours glacé (Lokoundja son accès facile à partir d'autres localités, concourront dans 35, voire 40 ans à une ville de Lolodorf développée», avait rêvé M. Gilbert Andze Tsoungui, alors premier sous-préfet noir de cette localité du Sud en juillet 1956. Le patriarche Ewondo, selon des archives et d'anciennes notes de service encore disponibles à la sous-préfecture, voulait faire de Lolodorf, aidé par le colon, le principal centre commercial et d'échanges de la grande province du Centre-sud-est, un véritable poumon économique local.

Bien avant lui, dans les années 1910, allemands et missionnaires américains avaient déjà posé les jalons du développement. Création de trois comptoirs commerciaux à Bipindi, Madong et Ngovayang: Création de la toute première école de théologie au Cameroun à Bibia et du premier hôpital de «référence» dans la même localité. Création des routes départe¬mentales reliant Lolodorf à Kribi, Ebolowa, Mbalmayo et Eseka, pour fluidifier les échanges. «En cette époque-là, on peut dire que Lolodorf créait le rêve. C'était l'endroit où convergeaient malades, forestiers, apprenants de théologie et commerçants», soutient le patriarche Mabiang Josué, âgé de 93 ans aujourd'hui.

Il poursuit en affirmant que les villes de Kribi et Ebolowa prenaient déjà un sérieux coup, parce que Lolodorf était à cette époque plus développée qu'elles. Tous ces efforts consentis en vue de faire de Lolodorf l'une des premières villes développées du Cameroun n'ont abouti à rien. Les mêmes vieilles bâtisses qui datent des années 1900 font office d'immeuble. Le tracé urbain, dit-on, est celui qu'avaient laissé les colons.

MALÉFICES SUR LE DÉVELOPPEMENT

A Lolodorf, soutiennent certaines vieilles gens, la sorcellerie se transmet de père en fils. Elle s'établit de génération en génération. «Les sorciers ont un dénominateur commun: bloquer le développement de Lolodorf. Selon mes recoupements, ils s'associent en comité pour détruire toutes velléités de développement, tuer leur fille et fils qui veulent se démarquer», observe M. Epente Tazeu, sous-préfet de Lolodorf. M. Rufin Tsagadigui, qui se dit tradi-praticien, avoue être souvent présent dans certaines «réunions compliquées» où se décident le sort de tel ou tel autre, ou de l'arrêt par des voies mystiques de tout projet de développement. Il s'amuse même à dénombrer les grands sorciers qui peuplent les 28 villages que compte l'arrondissement. «Nous sommes généralement près de 136, subdivisés en comité.

Ces comités opèrent par secteur. Je n'ai pas de parole en Assemblée générale parce qu'on dit que je fais une sorcellerie positive. Mais je vous assure que ce sont les sorciers qui gouvernent à Lolodorf», explique-t-il. Il en veut pour preuve: l'arrêt total des travaux de construction de la route Yaoundé-Kribi, en passant par Olama et Lolodorf. «Le premier tronçon, Yaoundé- Olama est prêt. Mais celui qui relie Olama à Lolodorf est bloqué. Le gouvernement parle de financements, c'est faux. Je vous assure que les sorciers du secteur est ont bloqué les travaux, il faut un consensus préalable», commente ce tradi-praticien. Aussi, avoue-t-il, ce sont toujours ces braves seigneurs de la nuit qui sont les responsables des problèmes d'électricité à Lolodorf.

«Dès qu’ils ont appris que Aes Sonel procédait à des installations électriques, ils ont décidé de foudroyer les transformateurs. Ils ont par la suite touché le groupe de relais qui avait été installé. Aujourd'hui, les populations ont le courant 4 jours sur 30. Vous savez que c'est dans l'obscurité que la magie s'opère». A Aes Sonel, les agents n y peuvent rien. La direction régionale du Sud est déjà fatiguée de réparer ces transformateurs. «Nous vivons au rythme de ces gens-là», lance dépité l'un d'eux. Le Maire M. Emmanuel Nguiamba Nloutsiri ne dit pas mieux. «Nous on a fait ce qu'on pouvait, mais avec des forces comme celles-là vous sortez d'où pour les combattre? Sinon c'est votre peau que vous allez laisser», pense-t-il. Autres indices, cette confrérie a décidé de mener la vie dure aux filles et fils dynamiques de cet arrondissement.

«Dès que vous voulez poser un parpaing, soit pour y construire une activité économique, soit pour édifier votre maison, vous êtes poursuivis par une série de maladies qui peuvent entrainer à la mort si vous insistez», évoque M. François Binzounly, fils de Lolodorf et haut cadre dans une société d'hydro carbures. Comme lui, plusieurs élites de l'arrondissement peinent à investir. «Le sénateur Ngally Ngouah qui a un domicile familial à Limanzouang (quartier situé au centre-ville), préfère souvent dormir incognito dans les hôtels de la place de peur d'être pris en partie par les sorciers», observe un de ses proches qui plus est notable de la chefferie Ngoumba.

Conséquence directe, le centre-ville n'a rien de nouveau. Les bâtisses coloniales sont encore présentes. En dehors d'une trentaine de nouvelles constructions, soit du fait de l'Etat, ou de la mairie, le centre-ville de Lolodorf côtoie aisément la grande forêt. Des villages entiers ont disparu. Seules indications de la modernité, 8 km de routes bitumées au centre-ville et l'existence de la téléphonie mobile.

Une population paresseuse

«Il y a deux extrémités à Lolodorf, des vieux qui ne peuvent plus travailler et des jeunes qui refusent d'aller à l'école et de se livrer aux travaux champêtres et autres. La population est paresseuse et se limite à sa survie. Les jeunes comme leurs parents sont beaucoup plus portés vers l'alcool et la drogue. Conséquence, les habitudes alimentaires connues aux peuples, d’ici ont changé», soutient M. Epente Tazeu, le sous-préfet de l'arrondisse¬ment. L'autorité administrative croit si mal le dire. Pas moyen de manger un gibier au centre-ville, au marché c'est soit du maquereau, soit du porc ou du poulet congelé qu'on vous sert. «Ce n'est pas du fait du hasard. Ces jeunes, en majorité nés ici ne peuvent plus rien. Ils ont été moulés par les sorciers.

C'est pourquoi au lieu de travailler, ils préfèrent déambuler au centre-ville, fumer du chanvre et ingurgiter des alcools forts pour mieux aimer les petites filles et les engrosser», fait remarquer M. Tsagadigui qui pense que l'une fin des activités phare pour tout le monde à Lolodorf, c'est le sexe. Encore que, pour ceux qui pensent à travailler; la moto reste un pis-aller. A part ça, on fait un tour en ville, gratter quelques pièces, soit en chargeant dans les agences de voyages, soit en misant sur les cartes, on remonte à la maison vers 13 heures pour se reposer et en fin d'après-midi c'est parti pour des soirées arrosées au forestier, l'un des rares bars à avoir le groupe. Voilà le train-train quotidien des jeunes de cette ville», souffle un jeune venu de l'Ouest Cameroun pour chercher fortune.

La paresse des jeunes, soutient-on à. Lolodorf, est l'un des facteurs aussi important de l'immobilisme dans lequel vit cet arrondissement. Les grandes plantations de cacaoyers ont disparu avec leur promoteur, soit devenu trop vieux, soit mort. Ce qui est à la mode à Lolodorf, c'est le «King Arthur», le «Kitoko » et le chanvre indien. Des substances que les jeunes raffolent. «Ce qui peut parfois les pousser à commettre de petites agressions et des viols dans la nuit». «C'est pourquoi lors de ma tournée de prise de service, j'ai invité tout le monde à prendre conscience du retard qu'observe Lolodorf, à reprendre le destin de l'arrondissement en main. Je leur ai conseillé le travail et rien que le travail, d'être des populations laborieuses», note l'autorité administrative.

© Ferdinand Ngoun | Repères

Commentaires (2)

1. yannick mamiah 26/06/2014

Cc

2. olivier apiang 23/09/2014

votre papier, à défaut de relever de l'imaginaire témoigne juste de votre mauvaise foi.toutes les localités du monde sont gangrainées par certains fléaux.

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