Cameroun - Succession de Paul Biya: Philémon Yang, Essimi Menye et Adama Modi à cœur ouvert

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Avant la révision constitutionnelle de mars 2008, ils se sont confiés à l'Ambassadeur Janet Garvey sur les intentions du Chef de l'Etat. E-Mail Imprimer Réagir Bookmark and Share Il n y a pas que Paul Biya qui s'est confié aux diplomates américains sur les membres de son gouvernement et la gouvernance au Cameroun. Ses ministres et même ses députés sont passés à table. Tous les sujets étaient abordés. Y compris celui de la succession de Paul Biya. Un câble de wikileaks daté du 28 janvier 2008, soit trois mois avant la révision constitutionnelle de mars 2008, qui a levé le verrou de la limitation des mandats, nous livre la vision de Philémon Yang, Premier Ministre (alors Secrétaire général adjoint de la présidence de la République), Essimi Menye, Ministre de l'Agriculture et du développement rural (alors Ministre délégué aux Finances), Adama Modi, Député à l'Assemblée nationale, sur la question de la révision constitutionnelle.

Philémon Yang a indiqué que «depuis 2003, certains «militants du Rdpc plaidaient pour la modification de la limite du mandat présidentiel». D'après lui, «Biya pensait que ses commentaires sur la chaîne France 24 en octobre 2007, dans lesquels il a indiqué que la révision constitutionnelle pouvait attendre, pouvaient amener les militants du Rdpc à renoncer à ce projet». D'autre part, le Premier Ministre a fait savoir à l'Ambassadeur qu'à cette date (janvier 2008) aucune décision n'avait été prise sur la question et qu'il devait avoir une discussion avec l'opposition. Ce qui n'a pas eu lieu.

Cet entretien entre le Premier Ministre et Janet Garvey, a eu lieu trois mois avant la modification constitutionnelle, qui est intervenue au mois de mars de la même année. Cette modification a permis à Paul Biya, dont le deuxième mandat arrivait à terme en 2011, de se représenter pour un nouveau septennat. Remettant ainsi le consensus politique ayant lors l'élaboration de la constitution de 1996 qui prévoyait un septennat renouvelable une fois. Si l'on se réfère aux propos du Premier Ministre face à la diplomate américaine, Paul Biya n'était pas favorable à cette modification. M. Yang souligne d'ailleurs que «le Chef de l'Etat se comportait toujours [en janvier 2008, ndIr] comme quelqu'un qui ne devait plus être candidat en 2011».

Une lecture partagée par l'entourage d'Ephraïm Inoni, Premier Ministre en 2008. D'après le câble de wikileaks, le conseiller de l'ambassadeur, Poloff, s'est entretenu avec «un membre de la famille du Premier Ministre, qui a reconnu que Paul Biya veut utiliser le changement constitutionnel comme un moyen de se mettre hors du jeu politique, tout en assurant la sûreté et la sécurité de sa famille, de son groupe ethnique et de la nation». Dans cet entretien, qui a eu lieu avant celui, avec Philémon Yang, il est déjà indiqué que «la Constitution devait être changée en mars. On devait lever le verrou sur la limitation des mandats présidentiels et créer un poste de vice-président». Cette dernière option n'a pas été validée.

Garanties

Celui qui à l'époque était Ministre délégué aux Finances, Essimi Menye, n'était pas aussi optimiste que Philémon Yang et Ephraïm Inoni sur un éventuel départ de Paul Biya de la présidence de la République. L'actuel Ministre de l'Agriculture affirmait aux Américains que Paul Biya devait modifier la Constitution pour se représenter en 2011. Une démarche qui était justifiée selon lui parce qu'il «y avait trop de taureaux au gouvernement et que le Chef de l'Etat essayait de réduire les dissonances au sein de son administration». La députée Rose Abunaw Makia estimait, quant à elle, dans une conversation avec le conseiller Poloff que «Paul Biya n'attendra pas la session ordinaire de mars pour modifier la Constitution et qu'il convoquera, plutôt une session extraordinaire de l'Assemblée nationale en février [2008] pour le faire». Pour Adama Modi, autre parlementaire du Rdpc, reconnu par les Américains pour son «franc-parler», la principale préoccupation de Paul Biya avant la modification constitutionnelle était d'obtenir des garanties sur «la sécurité de sa famille et de la nation» après son départ de la magistrature suprême. A en croire ce Député, «si Biya avait eu l'assurance qu'il n’y aurait pas de représailles contre lui, son ethnie et sa famille, il allait quitter la présidence en 2011».

@cameroon-infos.net

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