Cameroun - Succession de Paul Biya: Le vrai message d'Amadou Ali aux Béti et aux Bamileké

Quel est le vrai sens à donner aux propos attribués il y a quelques années à Amadou Ali alors vice-Premier Ministre en charge de la Justice? C'est la question que tentent de répondre aujourd'hui certains analystes. Décryptage.

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Au commencement étaient les entretiens avec l'ancienne ambassadrice des Etats-Unis au Cameroun, la bien nommée Janet Garvey. C'était en 2009. Ensuite vint Wikileaks, qui relaya ce qu'il désignait comme les propos tenus à cette occasion par le fils de Kolofata, à l'époque, tout puissant vice-Premier Ministre, en charge de la Justice et notamment, chargé de la mise en œuvre du projet du Chef de l'Etat de lutte contre la corruption, devenu plus tard «opération Epervier».

Vous l'avez compris: il s'agit de Monsieur Amadou Ali. Selon «le corbeau», Amadou Ali aurait affirmé que le septentrion, constitué de 3 régions, continuera à apporter tout son soutien au Président Paul Biya, dans son action en tant que Chef de l'Etat. Ce, aussi longtemps que ce dernier serait aux affaires. Semble-t-il, l'homme d'Etat Amadou Ali aurait aussi indiqué que le Chef de l'Etat n'avait pas absolument besoin de Béti, ni de Bamiléké pour se maintenir au pouvoir. D'abord parce que les Béti sont numériquement peu nombreux pour prétendre faire face aux ressortissants du Grand Nord et à l'ensemble des autres composantes nationales; ensuite par ce que les Bamiléké, malgré leur ouverture à quelques élites du Grand Nord pour des alliances «n'avaient aucune chance de réussir pour soutenir un pouvoir politique Bamiléké». Quel était donc le sens exact du propos du fils Kanouri islamisé de Kolofata?

I- le paradoxe du pays organisateur

Le titre emprunté au truculent écrivain prolixe Charles Ateba Eyene est évocateur du mal profond caractéristique de cette partie du pays dont est issu le Président actuel. Peut-on croire que ses ressortissants soutiennent réellement le projet de société du Chef de l'Etat? L'implantation de son parti politique, le Rassemblement démocratique du Peuple camerounais (Rdpc) le laisse croire. Surtout les scores que ce parti y récolte aux différentes consultations. Seulement, les autres faits de société permettent de penser le contraire. Tenez par exemple: au moment où le Chef de l'Etat est résolument engagé dans la lutte contre la corruption, force est de constater que nombre de citoyens interpellés se recrutent parmi ses frères de case. Non pas que le Chef de l'Etat doive hésiter à faire fonctionner les institutions de la République. Mais plutôt, qu'il peut lui arriver de se demander si réellement «ses frères» sont convaincus du bien-fondé de sa politique sociale. Question que tout observateur de la scène politique pour¬rait être amené à se poser. En y répondant froidement, rien ne l'empêcherait de conclure à une sorte de trahison du Prince par les siens.

Comment donc imaginer qu'ainsi salis dans l'opinion, le peuple puisse encore accorder sa confiance à l'un d'entre eux? Pourquoi même ne pas imaginer que des personnalités ainsi compromises ne conspirent pas en vue de bouter hors, celui qui, pour eux, passerait bientôt pour un empêcheur de «bouffer en rond»? Telles sont quelques-unes des inquiétudes qui, semble-t-il, habitaient Amadou Ali dans sa conversation avec l'arrière-petite-fille de l'oncle Sam. D'ailleurs, Amadou Ali déclare: «je n'ai rien contre les Beti». Il s'interroge simplement, estiment certains analystes, quant à leur distraction face aux enjeux de la République. Il se dit d'ailleurs qu'il a beaucoup d'amis dans le Sud profond. Son maitre d'école primaire, indique une source bien renseignée, est originaire d'Ebolowa, dont il a aidé à faire émerger les enfants.

Il- L’Ethno fascisme Bamiléké

Parlant des Bamiléké, ils sont dits économiquement puissants. Aussi croient-ils mériter absolument le pouvoir politique. Étant donné leur propension connue à tout revendiquer pour eux, («tout pour moi, rien pour les autres»), il est difficile d'imaginer que le peuple camerounais entier leur octroie ses suffrages. Or, ils ne constituent pas l'ethnie majoritaire, contrairement à ce que quelques-uns de leurs leaders d'opinion tendent à le laisser entendre, pour exacerber le repli identitaire. Ils ne peuvent donc, sur cette base, prétendre remporter d'office la majorité, en cas d'élection fondée sur le poids ethnique. Voilà pourquoi, il leur est difficile de prendre le pouvoir politique. La région du Grand Nord est incontestable¬ment la plus peuplée au Cameroun. De loin. Cela n'empêche pas que dans le contexte actuel, les fils du peuple Bamiléké bénéficient des postes de choix dans les affaires.

Regardez: ils ont occupé le poste de vice-Premier Ministre, avec Son Excellence Marcel Niat Njifenji et bien d'autres postes prestigieux, tel celui de conseiller spécial du Président de la République occupé par le jeune Luc Sindjoun. (La rédaction note, par exemple aussi les postes de Président du Sénat ou de Président du Gicam qui a été jusqu'ici la chasse gardée des Bamiléké). Il appert que Wikileaks a dénaturé le sens des propos tenus de bonne foi par Amadou Ali. Il est vrai, d'aucuns à qui nous a été rapportée cette mise au point ont adopté une moue dubitative. Ils ont jugé la mise au point bien trop tardive, ont demandé pourquoi Wikileaks n'a pas démenti les propos que certains veulent dire déformés aujourd'hui, et ce que gagnerait ce Wikileaks qui n'est pas en odeur de sainteté dans son pays, à aider son gouvernement dans son projet déstabilisateur des «Républiques têtues».

Nous savions que ces questions ne s'adressaient pas à nous. Nous n'avons pas tenté d'y répondre. Car nous savions que c'est de bonne guerre. La cabale qui a suivi les révélations de Wikileaks n'avait-elle donc pas pour finalité de diffamer un proche collaborateur du Chef de l'Etat, fidèle parmi les fidèles. Nous savons que les ressortissants du Sud Cameroun ont ainsi accoutumé de dénigrer tout individu qui, selon eux, gagnerait du terrain aux yeux du Chef de l'Etat. Sinon, d'où est venue la disgrâce de J.O. (lisez Joseph Owona)? Celle de Charles Etoundi? Und so weite und so weite. Amadou Ali a accompagné de manière déterminante le Chef de l'Etat dans la lutte contre la corruption, avec des résultats probants. Qui est donc Amadou Ali? Le fils de Kolofata est un très haut commis de l'Etat.

Après son diplôme de l’École nationale d'Administration et de Magistrature (Enam) et à l'Institut international d'Administration publique de Paris dont il sort major, le jeune fonctionnaire est nommé 1er adjoint préfectoral à Ngaoundéré de 1971 à 1972. Puis il devient tour à tour Directeur de l'Organisation du Territoire au Ministère de l'Administration territoriale, Secrétaire général du Ministère de la Fonction publique, Délégué général au Tourisme, Délégué général à la gendarmerie nationale, avec rang et prérogatives de Ministre. D'où il viendra comme Ministre de la Défense, avant d'être promu vice-Premier Ministre en charge de la Justice, Garde des Sceaux. Marié, père de 3 enfants, Amadou Ali a engrangé des distinctions honorifiques: chevalier du mérite camerounais, officier du mérite camerounais, commandeur de l'ordre de la valeur, grand Officier de l'ordre de la valeur. Arrêtons là. En international, il aura été grand officier de la légion d'honneur française. Difficile de dire mieux. Amadou Ali est aujourd'hui âgé de 70 ans qu'il porte très bien.

© Darline Datchoua | La Nouvelle

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