Cameroun - Sénatoriales : Le malaise demeure dans le Rdpc à l'ouest

A Mbouda dans les Bamboutos, entièrement acquis à la cause du Rdpc, les grands électeurs se sont réunis hier dimanche 14 avril 2013, chez le ministre Nganou Djoumessi pour aller en rang serré voter pour le... Sdf ; à Bangangté dans le Ndé aussi, le même scenario s'est répété chez Niat Njifendji.

Par contre le ‘deuil est dans la case' Bandjoun dans le Koung-Khi et à Baham dans les Hauts-Plateaux, ces nouveaux départements découpés au couteau de la grande Mifi au milieu des années 90. Les mines résignées traduisent bien le désarroi des grands électeurs de ces départements, obligés de suivre la ligne tracée par le Rdpc en faveur du Sdf, mais qui auraient aimé envoyer un message de mécontentement en direction de leur parti.

A cela, plusieurs raisons. La liste Rdpc où figuraient les chefs supérieurs Bandjoun et Baham a été disqualifiée. Si ce n'est pas un crime de lèse-majesté, cela ressemble à s'y méprendre à un affront. Tout l'espoir réside, affirme une militante de Bandjoun, sur le chef de l'Etat qui pourrait les réhabiliter en les nommant dans la liste des 30, afin que leurs sujets ne se sentent offensés. Seulement voila : il n'est prévu que 3 sénateurs nommés par région. Or, la région compte 8 départements. Le gâteau risque d'être trop petit. L'autre raison du désenchantement des militants Rdpc de l'Ouest tient à la danse bafia des dirigeants du parti.

En moins de deux semaines, deux gros pontes sont venus faire leur show politico-médiatique autour des militants « mortifiés ». C'est d'abord Fotso Victor qui prend sur lui de réunir une trentaine de maires et d'adjoints à son domicile pour évaluer les conséquences de la disqualification de leur liste. La motion de soutien adressée à Biya ne trompe personne. Elle prend soin de mentionner le « choc » qu'a suscité la disqualification de la liste Rdpc de l'Ouest. Au passage, le magnat en perte de vitesse dans sa région oriente les grands électeurs pour un vote blanc à l'Ouest. Le 8 avril 2013, Grégoire Owona, le Sg adjoint du comité central, séjourne à l'Ouest pour une rencontre avec l'ensemble des 788 conseillers municipaux Rdpc, les présidents de section et des élites de l'Ouest à la maison du parti de Bafoussam. Il se refuse à donner une consigne de vote : « Chacun doit voter selon sa conscience ». Pour autant, beaucoup de grands électeurs soutiennent la ligne de défense de Fotso Victor pour exprimer leur mécontentement par un vote de protestation.

Ibrahim Mbombo Njoya, le sultan-roi des Bamoun, redoutant la victoire de l'Udc saute le pas vers une nouvelle direction : « Il vaut mieux pour nous que le Sdf l'emporte ». Cette dernière posture sera appuyée lourdement par le Sg du Rdpc, Jean Nkuete qui en séjour à l'Ouest dévoile enfin la consigne officielle du parti : s'allier au Sdf pour contrer ce que d'aucuns ont appelé ‘le parti départemental', c'est-à-dire l'Udc de Ndam Njoya.

La boucle est-elle bouclée alors que l'on s'achemine allégrement sur une victoire sans partage du Sdf à l'Ouest ? Les responsables du parti du flambeau, faisant un amalgame entre la région de l'Ouest et le Rdpc, affirment par la voix d'un maire du Haut-Nkam, que : « l'Ouest n'a aucune personnalité à la tête des différentes structures de l'Etat. Pour nous montrer qu'on ne nous force pas à la marginalisation, le président du Sénat doit sortir des futurs sénateurs à nommer chez nous». D'autres voix embrayent sur le même registre : des conseillers municipaux estiment que c'est la seule manière de mettre fin au malaise suscité par la disqualification de leur liste aux sénatoriales. Un président du sénat nommé, sans légitimité à la base ? La politique a ses raisons que la raison démocratique ignore...

© Le Messager : Edouard Kingue

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