Cameroun - Sécurité au sommet de l’Etat - Garde prétorienne: Enquête au cœur du bouclier sécuritaire de Paul Biya

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 Garde présidentielle (Gp), direction de la sécurité présidentielle (Dsp), Etat-major particulier (Emp), direction générale de la recherche extérieure (Dgre), délégation générale à la sureté nationale (Dgsn), secrétariat d’Etat à la défense spécialement chargé de la gendarmerie (Sed)... l’interminable nomenclature des organes en charge de la sécurité du premier Camerounais n’est pas exhaustive. Le locataire d’Etoudi ayant récemment réorganisé et renforcé la panoplie de son appareil sécuritaire en substituant l’ancien bataillon léger d’intervention (Bli) par le bataillon d’intervention rapide (Bir); les dernières nées de ces structures étant évidemment la commission nationale des frontières (Cnf), la direction de la surveillance du territoire (Dst) et le conseil national de sécurité (Cns).

Au lendemain du coup d’Etat avorté du 06 Avril 1984, tous ceux qui ont vécu ces évènements dramatiques de près, s’accordent à reconnaître que Paul Biya n’a véritablement plus jamais été le même.

Des bérets rouges aux bérets violets

Des sources testimoniales rapportent que lors de ses premières années de présidence, l’actuel chef de l’Etat était très proche du peuple… qu’il participait à tous les cultes dominicaux à la cathédrale Notre dame des victoires, jouait au golf, faisant même du footing au parcours Vita ; lorsqu’il ne se contentait pas de quelques ballades en ville à bord de sa belle jaguar de couleur blanche (don de son ami d’alors, le milliardaire de Nsiméyong Omgba Damase) sans tralala protocolaire ni escorte motorisée.

C’est suite à l’insuccès du fameux putsch du 06 Avril, que Paul Biya se serait primo, « bunkerisé » ; secundo, évertué à constituer un impénétrable bouclier sécuritaire autour de lui… en confiant la tâche délicate de formation et d’encadrement des hommes chargées de sa garde rapprochée à un ex marine américain d’origine texane, qui l’aurait à son tour, sous-traité aux experts de Tsahal l’armée Israélienne.

Dés 1985 en effet, l’ancienne garde républicaine essentiellement constituée de bérets rouges (gendarmes), changea ainsi de dénomination pour devenir garde présidentielle (Gp) ou troupe des hommes aux bérets violets. Depuis lors, la protection rapprochée du président de la république et celle des membres de sa famille avait été attribuée aux forces étrangères et plus précisément aux israéliens, parmi lesquels on retrouva quelques privilégiés locaux, à l’instar du général Ivo Désancio (diplômé de l’école des officiers de Verdun en France et transfuge de l’ex garde républicaine).

Armée - services secrets - France

Pour un adjudant retraité, de la division des transmissions de la garde présidentielle, casernement d’Obili, qui s’en souvient encore avec nostalgie… aux premières années de fonctionnement de la garde présidentielle, tous les fantassins étaient directement formés en Israël, bénéficiaient d’un statut particulier et de nombreux avantages. À cette époque là, prétend notre interlocuteur, n’était pas recruté à la garde présidentielle (Gp) qui le voulait. Au fil des temps, avec l’avènement de la crise économique du début des années 1990, et la réduction des budgets subséquents, notre source indique que seuls quelques privilégiés et des officiers trillés sur le volet, avaient continué à bénéficier des stages de perfectionnement et de recyclage de haut niveau au pays de Ben Gourion. Avec la création du centre d’instruction de la Gp de Minkama par Obala, l’objectif était davantage axé sur l’accroissement substantiel des effectifs. Dans cette opération moins onéreuse, la garde présidentielle s’est enrichie annuellement de quelques centaines de fantassins, armés et hyper entraînés, placé sous l’autorité du bouillonnant lieutenant-colonel Ebogo Titus. La mission de formation et d’encadrement incombant ainsi à un colonel israélien (conseiller militaire) qui en quittant le Cameroun, avait pris le soin de recommander Avi Sirvan, un autre officier israélien expérimenté, à Paul Biya.

Pendant les années dites de braises, marquées par la contestation populaire et la haine presque instinctive que voue la quasi majorité des Camerounais (sous les programmes d’ajustement structurel) à leur président. Paul Biya s’appuie sur le trinôme : armée-services secrets- France ; pour contenir la grogne et rasseoir son pouvoir.

Il tire ainsi les premiers avantages de la superpuissance, la force de dissuasion de sa garde prétorienne (Dsp sous Pierre Minlo Medjo, Etat-major particulier dirigé par Blaise Benae Mpeke) qui réduit au silence toutes les velléités de putsch qui couvent dans la grande muette ; de la redynamisation des services de renseignements revigorés par le rappel de Jean Fochivé (un expert de l’espionnage et du contre-espionnage) qui trône à la tête du secrétariat d’Etat à la sécurité intérieure (Sesi), mais surtout de la France qui ne voudrait pour rien au monde voir, un anglophone (Ni John Fru Ndi, le vainqueur putatif de l’élection du 11 octobre 1992) accéder au palais d’Etoudi.

Selon Michel Emvana l’un des biographes de l’actuel chef de l’Etat ; Paul Biya aurait fait l’objet de plusieurs tentatives avortées de coups d’Etat à cette même période.

Le Bir comme contrepoids à la Gp

Avec le départ à la retraite de celui qui tout seul, avait fini par incarner la garde présidentielle (Gp), de nombreuses indiscrétions estiment que la nomination du colonel Jean-Paul Mengo (originaire du département de l’océan comme Benae Mpeke) n’avait pas été accueillie avec euphorie au sein de la troupe.

Considéré par certains éléments de la Dsp comme un simple colonel de l’armée de terre, sans aucune expérience, par d’autres comme un officier supérieur dénué de personnalité. Moult de nos investigations ont laissé apparaître que, c’est le penchant pour le défunt colonel à voir les périls et les tentatives de coups d’Etat partout, qui avait causé sa perte.

L’on évoque alors, une de ses apparitions à la loge présidentielle, quelques minutes avant l’envol de l’aéronef du couple présidentiel, qui se rendait, en Europe pour un séjour privé… attifé dans des combinaisons avec gilet pare-balles, parachute et tout le tralala, Jean-Paul Mengo n’avait pas manqué de créer l’effroi, y compris chez Paul Biya qui nous dit-on, avait été à l’occasion plus effrayé qu’ému.

C’est ainsi que quelques années plus tard, le colonel Mengo est remercié et remplacé par le capitaine de corvette Mendoua.

A l’époque, même si nos sources soutiennent que la GP était déjà en proie à certaines crises internes, liées aux promotions et à la gestion des crédits de carburant.

L’arrivée de Jean Mendoua, un marin formé dans les académies militaires israéliennes et ayant fait l’essentiel de sa carrière au sein de la Gp, où il a occupé les fonctions de commandant en second, après avoir été commandant du centre d’instruction de Minkama, ne manqua pas de ramener la sérénité et la concorde au sein de cette unité d’élite.

Toutefois, pour parer aux effets dévastateurs d’une mutinerie, Paul Biya conseillé par ses stratèges militaires israéliens dont feu le colonel Avi Sirvan, s’employa à mettre sur pied, une nouvelle force spéciale composée essentiellement de commandos rompus aux combats (calquée sur le modèle israélien).

Les premières tâches à elle assignées, étant : la participation (aux côté des troupes régulières), aux batailles rangées qui opposent l’armée Camerounaise aux forces nigérianes pour le contrôle de la péninsule de Bakassi, (plus tard, la sécurisation des côtes Camerounaises, à travers le Bir delta) ; la croisade contre les coupeurs de route dans le grand nord; mais également, la mission d’escorte et de protection des cortèges présidentiels.

© Yves Junior N GANGUE | Cameroon-Info.Net

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Date de dernière mise à jour : 02/12/2013