CAMEROUN/SECTEUR BANCAIRE: PAUL KAMMOGNE FOKAM PRIT EN FLAGRANT DÉLIT DE MALVERSATIONS

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Afriland First Bank sur le grill. La découverte récente de pratiques peu orthodoxes dans la banque a mis en doute la pseudo santé liquidité de celle-ci, bâtie qu'elle en fait sur une manipulation pernicieuse des dépôts des épargnants et pire, du détournement de fait de certains desdits dépôts.

Pour ce faire, il aura fallu la signature en 2010 d'une convention entre le ministère des forêts et de la faune et une structure de gestion des projets de développement, en l'occurrence Camdev fondée par sieur Tagne Kamga.

Convention qui autorisait ladite banque à réaliser par le truchement de Camdev des investissements sociaux dans les domaines prioritaires de l'éducation, la santé et les infrastructures de communication. Mais se fondant très certainement sur la faible consommation des crédits par l'Etat ou de ce qui en tient lieu, Afriland First Bank a cru devoir en accélérer ladite consommation en se substituant littéralement au ministère de l'environnement des forêts et de la faune qui normalement devrait être le donneur d'ordre pour la libération des financements, en s'appuyant à l'occasion sur Camdev, devenu par la force des choses, le seul signataire des décaissements à ponctionner sur les dépôts y afférents émanant du ministère des forêts et de la faune écartant ainsi Elvis Ngole Ngole, alors chef de ce département ministériel.

Or, la procédure normale de décaissement élaboré d'accord parties devrait être gérée par pas moins de quatre signataires conjoints pour se prémunir de toute irrégularité et maîtriser au mieux la dévolution réelle des fonds ainsi mobilisés dans la cadre de la somme de F Cfa 1,7 milliard, déposée en cette banque à cet effet.

Mais par un savant jeu d'écritures bancaires, Afriland First Bank entreprit de créer par-devers le mandataire attitré qui n'est autre que le ministère des forêts et de la faune, des sous-comptes ayant la même racine que le compte principal, question de permettre ainsi à Camdev de rapidement mettre en branle les déclinaisons opérationnelles relevant des missions qui lui étaient dévolues dans le cadre de la convention évoquée supra. En fait, lesdits sous-comptes concédaient prioritairement à Tagne Kamga la possibilité d'opérer les mouvements de fonds sans recourir aux autres signatures requises.

C'est à ce titre qu'Afriland First Bank ne s'offusqua guère d'opérer des virements directement dans les sous comptes, au détriment du compte principal. Une manoeuvre insidieuse à plus d'un titre tant il est vrai qu'elle induisait que le ministère des forêts et de la faune n'était plus partie prenante dans les décaissements de fonds qui s'opéraient désormais avec la seule signature de son partenaire Camdev et partant, de sieur Tagne Kamga. Bien plus, cette pratique concéda à Afriland First Bank de s'approprier littéralement la gestion des mouvements des dépôts du Minfof. Au final, lesdits dépôts furent détournés de leur dévolution réelle, la banque domiciliataire se servant du paravent de Camdev, pour les écarter de leur destination initiale.

I- SUBTERFUGE

Analyse faite, le cas des fonds Ppte du Minfof est loin d'être un cas isolé, tant il est désormais de mise qu'il s'agit en fait d'une pratique récurrente ayant cours à Afriland First Bank. Et à en juger par les artifices utilisés par les dirigeants statutaires et opérationnels de cette banque dans le cas d'espèce, on peut valablement croire que ces derniers se mirent volontairement en marge des dispositions afférentes à la gestion des fonds publics qui de surcroît étaient des dépôts à terme, en garantie des investissements que devrait réaliser Camdev. A preuve, c'est sur la base desdits dépôts qu'Afriland First Bank accorda des avances à hauteur desdits à terme à Camdev, en prenant bien évidemment le soin de les transformer en bons anonymes afin de brouiller toute trace pouvant permettre d'en identifier les détenteurs ou bénéficiaires. Un subterfuge savant qui lui octroyait la possibilité de souscrire en toute légalité auxdits bons anonymes et de renflouer au passage sa trésorerie plutôt mise à mal par des placements improductifs. En effet, autant la souscription aux dépôts à terme n'est autorisée qu'aux seules personnes morales, Afriland First Bank qui savait ne pouvoir y accéder et les manipuler à dessein s'en tint à émettre de nombreux bons de caisse qu'elle savait plus accessibles en leur affectant le caractère anonyme. En somme, ladite banque entendait ainsi se prémunir des poursuites judiciaires, tant il est vrai que les dispositions réglementaires en la matière de la Béac concède aux personnes physiques résidentes ou non de souscrire à ces titres d'épargne. Mais au regard de la récurrence de ce mode opératoire à Afriland first Bank, on en vient plutôt à l'assimiler à un artifice savant pour spolier les ressources financières publiques dont elle avait à charge la gestion.

En fait, il s'agissait à travers ce procédé de financer des projets fictifs au travers des fonds ponctionnés des dépôts à terme publics en s'appuyant sur des projets y afférents élaborés par Camdev. Des projets qui n'aboutirent malheureusement pas, mais pour lesquels des décaissements furent pourtant opérés pat Camdev, avec la complicité agissante des cadres d'Afriland First Bank. Ainsi en a-t- il été notamment de celui relatif à la fourniture à Camtel des kits de téléphones mobiles et des accessoires, dont le financement émanait du nantissement des dépôts à terme souscrits en garantie du marché y relatif. Dès lors, il devenait plus aisé à ladite banque d'opérer des sorties de fonds publics dont elle assurait la gestion, quitte à opérer plus tard des renflouements en déclarant les marchés infructueux, eu égard à leur caractère fictif à l'essence.

II- Mise à mal de l´orthodoxie bancaire

Analyse faite, on en vient à croire qu'Afriland ait littéralement opté pour des pratiques maffieuses en ce qui concerne la gestion des dépôts publics émanant du Minfof. Ce d'autant plus qu'elle se sera grassement servie sur lesdits nfonds publics pour concéder aux affidés de la banque, des financements indus sans bourse délier. Ce d'autant plus qu'en accédant aisément aux fonds de garantie tenant aussi bien des bons de caisse anonymes et même des dépôts à terme, Afriland First Bank savait en modifier la dévolution initiale à des fins mercantilistes par simple jeu d'écriture. Il s'en suivit conséquemment des dysfonctionnels opérationnels que n'a pas hésité en son temps de mettre en lumière un rapport conséquent de la Cobac. Ce d'autant plus qu'avec la découverte de ces manoeuvres peu orthodoxes, la prétendue surliquidité de la banque a pris un sérieux coup. A preuve, les conclusions alarmistes du rapport de la Cobac, lui aura fait craindre que cette banque soit en réalité, le paravent par excellence utilisé pour spolier les disponibilités financières publiques.

Et ainsi pris, cela constitue à n'en point douter un crime économique à réprimer comme tel. Mais tenant à garder sauve sa notoriété induite, cette banque n'a pas hésité de sacrifier littéralement bon nombre de son personnel d'encadrement et surtout le promoteur de Camdev sur qui elle s'appuya pourtant pour assouvir son désir de puissance. Aussi comprend-on aisément que dans la même logique, elle ait cru se soustraire à la justice en instrumentalisant le juge d'instruction saisi fort à propos par l'exministre des forêts et de la faune. Et même si cette saisine a permis de mettre aux arrêts depuis 8 mois, Tagne Kamga de Camdev pour complicité avérée dans la distraction des fonds publics, le sursis accordé aux dirigeants d'Afriland qui s'empressèrent de restituer la somme de 1,7 milliard de F Cfa. En effet, c'est à la faveur de l'appropriation dudit dossier par le tribunal criminel spécial que l'affaire sera mise au-devant de la scène, non sans que le rebondissement y afférent ne mette à nu les velléités de corruption évidente du juge d'instruction.Un scandale d'autant plus nébuleux que pas moins de sept cadres de cette banque auront été mis aux arrêts, traduisant en fait le cloisonnement récurrent de la gestion des fonds publics au sein de celle-ci.

Toutefois, à en juger par l'origine des cadres interpellés, on comprend aisément qu'il s'est agi d'une conspiration savamment huilée où chacun des intervenants tient un rôle bien défini. Preuve que l'embellie financière présumée qui est la leur, se fonde essentiellement sur des pratiques maffieuses de cet accabit.

III- Black-out médiatique

Bien que relevant d'une affaire nationale, le scandale du détournement des fonds Ppte du ministère des forêts et de la faune ne connaîtra aucun traitement dans la presse, si ce n'est au travers d'organes de presse échappant au contrôle du lobby financier dirigeant Afriland First Bank et dont les connexions s'étendent à de nombreuses rédactions de notre paysage médiatique national. Et malgré la sonnette d'alarme tirée fort à propos par la Cobac au travers d'un rapport conséquent, seul un organe de la place se résolut de dénoncer les dysfonctionnements relevés par l'organe de contrôle bancaire sous régional. En somme, ce n'aura guère été intéressant pour une certaine presse pourtant à l'affût du moindre scandale quand celui-ci implique des Camerounais d'origine différente que celle des membres du lobby financier évoqué supra. Sinon, comment penser que même lors de la revue de la presse par des chaînes de télévision, l'affaire n'ait jamais été évoquée ? Des constats amers à plus d'un titre qui trahissent malheureusement une subtile volonté de cloisonner l'information.

Dans la foulée, on ne s'offusque guère à exacerber le réflexe identitaire et trouver quelque sauf-conduit pour crier à la marginalisation. A ce titre, quelle crédibilité donner au quotidien national Cameroon Tribune dans sa livraison n°10 264 du lundi 21 janvier 2013 qui évoque de manière épistolaire les recettes réalisées par le Tribunal Criminel Spécial sans en donner les origines ? Ignorance ou malveillante volonté de protéger une banque qui en la matière n'est pas à son premier coup ? Comme quoi, on aura beau retarder la dénonciation des agissements répréhensibles de cette institution bancaire, la récurrence des accusations qui s'en suivra viendra mette à nu la descente aux enfers vers laquelle elle s'achemine inéluctablement, après la sonnette d'alarme tirée fort à propos par la Cobac.

© L´Equation : Richard Bondol

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