CAMEROUN,RETRO: QUAND LA DÉBROUILLARDISE DEVIENT LE LOT QUOTIDIEN

beigneteuse130712300.jpgDepuis que Ngongang a perdu son emploi, Tchapdié son épouse, fait bouillir ses marmites grâce à son petit restaurant ( tourne dos) du quartier Brazzaville à Douala au Cameroun. Un commerce de l'informel qui permet malgré tout de faire face aux dépenses de la famille.Il est à peine 6 heures du matin mais, comme à l'accoutumée, les clients commencent déjà à affluer vers le restaurant du coin de la rue. Ce restaurant s'appelle dans le jargon populaire Tourne Dos. Tourne dos par ce que les clients assis sur des bancs, ont le dos tourné vers la rue.

 Chez Madame Tchapdié, il n'y a pas assez de table car les plats dans leur majorité sont à emporter.Assise sur un tabouret, la jeune femme de la trentaine est entourée de plus de 3 grands récipients remplis des beignets et de deux bassines remplies respectivement de sauce, haricots… Elle arbore un sourire avenant.. Munie d'une louche, elle pioche ça et là dans les différents récipients.

 Les plats de beignets haricots accompagnés de la bouillie de mais sont à emporter ou à consommer sur place. Les clients ne semblent pas rares. Du moins si l'on se fonde sur l'affluence d'aujourd'hui. A combien s'élève sa recette journalière, la patronne des lieux ne parvient pas à donner des chiffres précis.. Questions de confidentialité NDLR

 Il y a quelques années, Ngongang son époux avait été licencié de l'entreprise qui l'employait par ce qu'il avait osé réclamer ses arriérés de salaires. Il a donc ainsi perdu son travail. Il a fallu donc nourrir une dizaine de personnes constituant la famille avec les revenus tirés du restaurant. Ngongang n'a toujours pas retrouvé d'emploi. C'est donc le restaurant qui leur permet de payer le loyer et s'occuper de leurs 8 gosses.

 Le restaurant est ouvert du lundi à Samedi et les dimanches consacrés aux réunions de tontines. Les journées de travail se succèdent suivant un rituel immuable. Réveil à 4 h du matin, préparation du repas du jour. Bref tout doit être prêt avant six heures du matin. Les sommes ainsi récoltées leur permettent d'accroître leur revenu et de subvenir du moins à leurs besoins élémentaires. Madame Ngongang ne désespère jamais même quand son chiffre d'affaire est en baisse. Généralement les chiffres d'affaires sont en hausse à la rentrée des classes mais, il ne faut pourtant pas oublier que les dépenses liées à l'éducation des enfants sont énormes poursuit cette dernière.

 Dans leur foyer, Monsieur et Madame Ngongang continuent d'assumer leur rôle respectif, suivant les règles traditionnelles.

 Depuis bientôt un peu plus de 10 ans que Monsieur Ngongang a perdu son boulot, son épouse n'est retournée au village qu'une seule fois. De temps en temps, elle aimerait bien pouvoir partir pour visiter ses parents, ses frères et sœurs qu'elle n'a plus revu depuis quelques années. Mais elle n'en a pas les moyens. En plus, il faut qu'elle reste pour faire tourner son restaurant, sinon elle perdra sa clientèle. Nombreux sont des ménages qui vivent des situations similaires et qui sont obligés de se lancer dans l'informel pour joindre les deux bouts. Situation inquiétante car bientôt l'on assistera à un spectacle où il y aura plus de vendeurs que d'acheteurs. A méditer.

© Camer.be : Hugues SEUMO

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