Cameroun - Remaniement Ministeriel: Les négociations avec le SDF bloquent le nouveau Gouvernement

Pour la première fois, le principal parti de l'opposition pourrait compter des ministres en son sein.Biya fru ndi bamenda 2010 02 thn 475

 Fru Ndi - Paul Biya (Archives - Bamenda, Decembre 2010) Photo: © Le Cam

Rarement, à la suite des élections législatives au Cameroun, un remaniement ministériel n'a été aussi attendu. En moyenne, il a fallu deux mois à Paul Biya, depuis les élections législatives de 1992, pour remanier son gouvernement. Trois mois après les dernières échéances électorales, l'attente se poursuit. Même si celles-ci n'ont pas produit de gros bouleversements au niveau de l'Assemblée nationale, l'on fait de plus en plus allusion à l'entrée de nouvelles forces politiques au gouvernement. A côté du Rdpc, large vainqueur, le Sdf, l'Upc, l'Undp, l'Udc, le Mdr et le Mrc siègent désormais à l'Assemblée nationale.

Les représentants de ces partis de l'opposition siègeront-ils également au prochain gouvernement ? Oui, répondent certaines sources. Et l'on parle même du plus important d'entre eux, le Sdf. De source bien informée, des négociations sont en cours entre les cadres de ce parti et la présidence de la République, à travers notamment le directeur du Cabinet civil, Martin Belinga Eboutou.

Pourtant, de façon officielle, au sein du Social Democratic Front, l'on réfute toute discussion formelle allant dans ce sens-là. Le premier à s'être prononcé ces derniers temps sur la question, Joshua Osih, premier vice-président du Sdf, a déclaré au cours, de l'émission la vérité en face sur Equinoxe Tv: « La question a été posée de façon informelle». Contacté hier par Le Jour, il a précisé son propos: «Au Cameroun, c'est tout le monde qui vous parle d'entrée au gouvernement, mais rien de formel n'a été engagé.

Nous ne sommes pas braqués contre l'entrée au gouvernement. Seulement, il faut que ce soit un gouvernement d'union nationale, avec un programme défini à l'avance et que l'on accepte au moins l'essentiel de nos conditions. Ce n'est pas comme si on n'avait peur d'entrer au gouvernement mais ce n'est pas à nous d'aller cogner à la porte. Nous savons que les ministres de Paul Biya sont des faire-valoir, si nous allons au gouvernement ce n'est pas pour être des faire-valoir, c'est pour travailler».

Fru Ndi: Biya doit demander mon avis

Le Chairman du Sdf, John Fru Ndi, contacté également par Le Jour, va plus ou moins dans le même sens. « Le Sdf est un parti comme tous les autres et peut naturellement apporter sa contribution à la bonne marche du pays. Cependant, M. Biya doit faire des propositions et nous négocions par la suite. Je n'ai pas sollicité l'entrée du Sdf au sein du nouveau gouvernement, mais je dois dire que l'admission des membres de mon parti doit être négociée. Toute entrée du Sdf dépend au préalable d'une proposition de la part du Chef de l'Etat et d'une négociation avec moi. M. Biya ne doit pas seulement dire « je vous donne tel ministère ou tel autre» tel un os qu'on lance à un chien qui doit se débrouiller pour l'attraper. Il doit demander mon avis ».

La hiérarchie du Sdf ne confirme pas les rumeurs de la rentrée prochaine du parti au gouvernement, mais ne repousse pas l'éventualité. En octobre dernier, juste après la publication des résultats des municipales et législatives, John Fru Ndi déclarait à propos de l'entrée de son parti au gouvernement : « Depuis 23 ans, on ne m'a jamais approché sur le sujet. Je ne pense pas que je dois passer mon temps à penser à ce que je ferai si le parti au pouvoir me demandait cela ». Au début de l'année qui s'achève, John Fru Ndi avait déjà tenu un discours similaire s'agissant de la participation du Sdf aux élections sénatoriales. Il s'engagerait si Paul Biya et lui établissait des règles, avait-il dit.

Il a finalement été candidat. John Fru Ndi exige une négociation au préalable, Joshua Osih affirme que rien de tel n'est encore engagé pour l'heure, mais évoque des conditions préalables qu'il ne cite pas. Une source du Jour pense savoir que des cadres du Sdf ont déjà préparé leurs Cv en vue de la course aux cinq postes qui leur seraient proposés dans le prochain gouvernement. Il parle de postes de ministres, ministres délégués et secrétaires d'Etat. L'une des conditions posée également par le Sdf serait la nomination de ses militants comme délégués du gouvernement dans les communautés urbaines où il est majoritaire. Le parti attendrait également au moins une place au sein du futur Conseil constitutionnel. Et parmi les éventuels candidats du Sdf, on cite pêle-mêle des cadres comme Joseph Mbah Ndam, Joshua Osih, Kofele Kale...

 © Jules Romuald Nkonlak | Le Jour

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