Cameroun - Querelles de leadership à l'Ouest: Comment 2 jeunes attisaient la haine entre Niat Njifenji et Tchouta Moussa

Ils ont réussi à monter une fausse histoire pour opposer les 2 élites du département du Ndé. Trainant au passage de hauts responsables du Comité central du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc) dans la boue.

Evocation.

Après l'élection de Marcel Niat Njifenji au perchoir de la Chambre haute du parlement camerounais, en plus des nombreuses motions de soutien adressées au locataire d'Etoudi, les militants du Rdpc de la région de l'Ouest ont clairement formulé le vœu de voir leur champion se représenter à la présidentielle de 2018. Une prise de position forte qui ne cache pas le rôle d'arbitre que pourrait désormais jouer la région de l'Ouest sur l'échiquier politique national. Seulement, comme nous l'indiquions dans l'une de nos précédentes éditions, il est fort à craindre que la dynamique ainsi créée dans toute la région de l'Ouest après l'élection de l'élite du Ndé à la présidence du Sénat, ne se heurte aux manœuvres déstabilisatrices de ses propres frères.

Certains observateurs pessimistes se souviennent en effet de cette querelle de leadership qui a opposé dans les années 92 Tchouta Moussa à Marcel Niat Njifenji. Des sources très bien informées, tout est parti d'une histoire montée de toutes pièces par Robert Nagmo Tamze, actuel secrétaire général de l'Union sportive de Douala et son ami Jules Kemayou. Informés que Tchouta Moussa traîne la réputation d'un bienfaiteur humain et très bienveillant qui gâte pratiquement ses hommes de main avec ses exorbitantes largesses, à l'instar d'un certain Esaïe Nana à l'époque, vont s'asseoir dans une officine secrète pour concocter un document dont nous avons réussi à obtenir l'orignal. C'est ce document écrit à la main par Robert Nagmo Tamze, qui leur sert de paravent pour monter en épingle cette élite du Ndé contre son ami de longue date, Marcel Niat Njifenji.

Comme on le découvre aujourd'hui, Robert Nagmo Tamze et son ami sont conscients du fait qu'il faut faire l'apologie du Cercle de réflexion et d'action pour le triomphe du Renouveau (Cratre), pour toucher la sensibilité de Tchouta Moussa. Il faut pour cela évoquer la «déculottée du Rdpc à la présidentielle de 1992 - 10% » - et surtout présenter Marcel Niat Njifenji comme une élite jalouse du succès du Cratre présenté comme un «cercle d'amis convaincus du Renouveau décidés contre vents et marées à faire admettre le Rdpc à l'Ouest.» Les 2 jeunes opportunistes du Ndé indiquent clairement dans leur rapport que face à l'implantation de l'opposition dans cette partie du pays, ce n'est que Tchouta Moussa qui a réussi à «trouver une stratégie qui permette au Rdpc de reconquérir l'Ouest du pays». C'est donc en s'appuyant sur les mauvais résultats du Rdpc (10%) enregistrés dans la région de l'Ouest en 1992 que les 2 manipulateurs ne vont pas hésiter à présenter «Tchouta Moussa comme un messie pour le Renouveau et Paul Biya» et le Cratre comparé comme ces Clubs perspectives et 89 au Rpr en France». Un Cratre qui compte dans ses rangs des «hommes clés et influents» tels que Victor Fotso (président d'honneur), Pierre Tchangue (président) Tchouta Moussa (vice-président), André Sohaing (trésorier) et le député du Noun de l'époque, un certain Koutou entre autres.

Activisme

Pour mieux aguicher leur cible à déplumer, Robert Nagmo Tamze et Jules Kemajou vont avec emphase et cynisme démontrer que le Cratre, à peine né, sous l'impulsion de Tchouta Moussa, dépasse déjà largement le cadre de la région de l'Ouest, puisqu'il compte dans ses rangs «des hommes comme Garba Aoudou», homme d'affaires bien connu à Douala. Pour mieux enfoncer le clou, Robert Nagmo Tamze et Jules Kemajou vont par la suite égrener à l'intention de Tchouta Moussa, comme si lui-même ne les connait pas, le chapelet des réalisations des têtes d'affiche de cette association qui «se préoccupent des problèmes quotidiens des populations de l'Ouest ».

«Les membres du Cratre ont offert une université de technologies (Uit) et tout un complexe Bandjoun à l'Etat camerounais; offert un stade omnisport à l'Etat à Bandjoun; offert des maisons de fonction et des bureaux aux autorités administratives; offert des véhicules de fonction aux autorités administratives; offert des centres de santé, écoles et lycée à l'Etat; distribué des remèdes pour plus de 25 millions à l'Ouest; offert des fournitures scolaires et des tables bancs dans presque toutes les localités de l'Ouest; offert des églises à l'Ouest; offert plus de 1000 bourses aux élèves et étudiants méritant à l'Ouest; mis de la peinture dans beaucoup d'écoles, lycées et hôpitaux; offert des engrais et pesticides dans certains villages de l'Ouest; organisé des cours de vacances pour plus de 5000 élèves à l'Ouest.» vont-ils recenser à l'envi pour mieux toucher la fierté de Tchouta Moussa.

Par ailleurs, les 2 amis ne manquent pas d'évoquer, comme 2 griots louangeurs, les avancées opérées par le Rdpc dans la région grâce au Cratre, ceci en comparant avec la situation de 1992. « Lors des dernières élections municipales, le Rdpc a fait 40% à l'Ouest (progrès réel par rapport à 10% des présidentielles 92). précisent-ils dans leur rapport manuscrit avant d'ajouter. Grâce au Cratre, le Rdpc a avancé l'Ouest, alors que l'opposition a régressé.» Pour eux, ce sont des « vérités qu'il faut savoir et dire.» Et de poursuivre: «On ne fait Os de la politique sans tenir compte des statistiques qui permettent de maitriser les chiffres ».

En clair, pour eux, Tchouta Moussa doit pouvoir se doter d'une cellule de communicateurs susceptibles de rendre publiques toutes ces réalisations et ces avancées du Rdpc dans la région de l'Ouest. De peur que son ennemi» très opportuniste ne mette à son compte ces diffé¬rentes actions menées sur le terrain par le Cratre. D'ailleurs, ils n'hésitent pas à cet effet d'indiquer que «Marcel Niat Njifenji est une élite qui n'a rien fait pour la promotion du Rdpc dans la province de l'Ouest.» Certaines sources se souviennent, néanmoins aujourd'hui que Joseph Charles Doumba, Sg du Comité central du Rdpc avait à l'époque dénoncé l'activisme de certains responsables du Cratre qui voulaient se substituer aux instances dirigeantes du parti. Dans leur document, les 2 manipulateurs tentent de faire croire que, jaloux du travail abattu sur le terrain par Tchouta Moussa et son Cratre, c'est Niat Njifenji qui aurait motivé cette sortie du Sg du Comité central de l'époque.

Subtiles manœuvres

C'est à cet effet qu'on peut donc comprendre pourquoi dans leur document, Robert Nagmo Tamze et Jules Kemayou, en fins manœuvriers, se lancent dans cette série d'interrogations et d'invectives à l'endroit des responsables du Comité central de l'époque. « En quoi est-ce que avec toutes ses réalisations, le Cratre peut-il être taxé d'organisation maffieuse par le Sg et le Sga du Rdpc? Ces derniers peuvent-ils nous dire où sont leurs fiefs et de quels poids ils pèsent politiquement pour pouvoir occuper d'aussi importantes fonctions dans le parti? Ne doivent-ils pas leur poste par une décision du prince? Heureusement qu'avec les nouvelles reformes du Rdpc, leurs postes passent de 2 à 7 et en cas d'élection, ils ne pourraient jamais battre un membre du Cratre. Pourquoi en vouloir à un homme qui réussit en politique (percée du Rdpc à l'Ouest) (...) Qu'est-ce qui fait peur aux Sg et Sga du Rdpc par rapport au Cratre ? Les résultats palpables du Rdpc à l'Ouest? La réussite du Rdpc par une stratégie d'adhésion différente à celle souvent utilisée où on impose le parti aux populations? Les actions plus efficaces du Cratre que leur Ce pal et Cepirc mal conçus?

La satisfaction du Prince par rapport au travail du Cratre?» Autant de questions soumises à Tchouta Moussa dans le rapport par Robert Tamze et Jules Kemayou. Pour répondre à toutes ces interrogations, il n'y a encore que nos 2 manipulateurs pour trouver leurs réponses appropriées, surtout en faisant feu de tout bois pour démontrer à Tchouta Moussa que c'est Marcel Niat Njifenji et ses amis du Comité central qui sont la source de ses mal¬heurs. «Charles Doumba, financièrement pompé par Niat, ne peut qu'agir dans le sens de ce dernier qui a perdu toute crédibilité et contrôle l'Ouest par sa politique de bourgeoisie. Au nom de quelle discipline ou pouvoir peut-il mépriser publiquement un ministre d'Etat? Jusqu'où peut mener l'ingratitude au nom de la tribu?» S’interrogent-ils pour mieux se faire convaincants. Comme on va le remarquer par la suite, le Sg du Comité central du Rdpc est loin d'être la seule cible de Robert Nag¬mo Tamze et Jules Kemayou.

Et la preuve: « Grégoire Owona peut-il nous dire combien de marchés il a gagné au Port du fait de son appartenance politique au Rdpc? Pense-t-il qu'il a gagné tous les marchés parce qu'il était plus compétent que les autres Camerounais en concurrence avec lui? D'ailleurs, certains marchés gagnés par lui ont été refinancés par le Dg du Port parce qu'ils ont été mal exécutés. Pourquoi n'en parle-t-il pas? Grégoire Owona peut-il dire combien de Camerounais il a aidé dans sa vie en dehors de sa famille et de sa belle-famille directe ? Quelle réalisation personnelle de lui a bénéficié son village natal, pour ne pas parler du département ? Ce qu'il fait des nombreux dons (avec son Sg) reçus de bonne volonté du Rdpc? Qu'est-ce qu'il visait en faisant croire aux Camerounais à la veille des présidentielles 92 que l'opposition voulait mettre le pays feu et à sang? N'est-il pas de ceux qui attisent les haines tribales? Ce n'est pas ce que le président national attend d'un métis égaré dans le multipartisme et qui se sert du Rdpc au lieu de le servir.»

Plus loin dans leur document manuscrit, Robert Nagmo Tamze et Jules Kemayou vont carrément demander au chef de l'Etat de «mettre les postes de Sg en concurrence pour leur débarrasser des métis - entendez Joseph Charles Doumba et Grégoire Owona qui gênent la bonne marche du parti». Non sans indiquer qu'aucun texte du Rdpc n'interdit la création des mouvements ou des cercles de réflexion d'amis pour faciliter l'adhésion des Camerounais au Rdpc. Après avoir reçu ce document qui en fait est une demande de collaboration que Robert Nagmo Tamze et Jules Kemayou adresse à Tchouta Moussa. Ce dernier n'hésite pas à tomber dans le piège des 2 barjos. Ceux-ci vont davantage contribuer à inoculer de l'intérieur le poison de la haine entre Tchouta Moussa et Niat Njifenji. Le plus souvent en inventant carrément de fausses histoires.

Grâce à ces subtiles manœuvres, ils vont entrer dans les bonnes grâces de Tchouta Moussa pendant de longues années. Qui n'a pas vu il y a quelques années ces 2 fils du Ndé régner, avec une liberté de renard dans un poulailler, au Port de Douala l'époque de Tchouta Moussa? Les Robert Nagmo Tamze et Jules Kemayou existent certainement encore dans notre société et méritent d'être démasqués.

© François Owona | La Nouvelle

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