Cameroun: Quand la politique fait sombrer le Noun dans les ténèbres

Pendant qu’ailleurs les élites se mettent en bloc pour le développement, les guéguerres politiciennes entre les forces vives du département du Noun empêchent le développement. Assurément, la sortie de l’auberge n’est pas pour bientôt !

 

L’histoire du Cameroun est partie du Noun. Qui ne se souvient-il pas de la célèbre conférence de 1961 à Foumban ayant abouti à la fédération entre le Cameroun anglophone et francophone ? Eh bien, c’est une histoire qui restera à jamais gravée dans les annales, qu’on le veut ou pas. Mais la triste réalité ou alors le vrai « paradoxe du pays organisateur » pour emprunter cette célèbre expression du regretté Charles Ateba Eyené, c’est que le Noun, malgré la place de choix qu’il occupe dans l’histoire du Cameroun n’est qu’aujourd’hui l’ombre de lui-même. Il est plongé dans les méandres des assombrissements à cause des intérêts égoïstes et partisans. Un département (le plus vaste de la région de l’Ouest couvrant plus de la moitié de cette région) qui a produit des intellectuels chevronnés ayant servi avec dévotion ce pays. Njoya Arouna, premier sénateur camerounais et l’unique de l’histoire à avoir siégé au parlement français a contribué majestueusement au processus de la réunification du Cameroun, avant de récuser selon des sources concordantes, le fauteuil présidentiel au profit d’Amadou Ahidjo.

Félix Moumié a inscrit son nom dans le registre d’or des Martyrs de l’indépendance et de la réunification du Cameroun, même si à Foumban on évite d’évoquer ce nom alors qu’il est célébré ailleurs. C’est la preuve par 9 que nul n’est prophète chez soi. Le roi Njoya lui, a éblouit le monde entier de par ses inventions et son ingéniosité. Bref, il a marqué son temps et de la plus belle des manières. Adamou Ndam Njoya, ancien ministre de l’éducation nationale avait à son époque réussi l’exploit de faire bouger positivement le système éducatif camerounais. Il a en même temps participé à la création de l’institut des relations internationales du Cameroun (Iric) dont il a été le tout premier directeur. Ibrahim Mbombo Njoya quant à lui, a fait le tour d’une dizaine de ministères avant d’hériter le trône de Chare yen. Il est l’un des rares camerounais, pour ne pas dire l’unique à avoir parcouru autant de ministères au Cameroun. Arrêtons-nous volontiers à ces figures de peur d’entrainer une certaine exaspération. Mais toujours est-il, on ne peut s’empêcher de se demander à quoi aura servi d’avoir toutes ces puissances et toutes ces valeurs, si le Noun doit rester dans la profondeur de l’abime. Aujourd’hui, le maître mot c’est la politique.

Si on ne parle pas du Rdpc, forcément on parlera de l’Udc. Ces deux formations politiques ayant pignon sur rue dans le département constituent les arguments solides pour entretenir les rivalités entre les deux monuments vivants du temps contemporain. Dans le Noun et à Foumban, être du côté du sultan est synonyme d’appartenir au Rdpc, tandis que s’approcher de Ndam Njoya traduit qu’on est de l’Udc, donc opposant. Et le drame c’est que les familles parviennent à se diviser au nom de l’appartenance politique. Un vrai gâchis. La jeunesse du département sombrée dans le désespoir, emprunte la route de la facilité. Ils refusent pour la plupart de faire l’école du blanc. Ils n’ont pas d’activités. Mais ils réussissent à décrocher. Ces nouveaux riches. On les appelle les Zarguinas. Ils circulent en longueur de journée dans les artères de la ville, dans des grosses cylindrés qui coûtent des fortunes. La musique à fond. Les jeunes filles sont séduites par l’odeur du carburant et du pognon et sont rejetées après exploitation comme du papier hygiénique après usage. Personne pour

redonner le goût de l’effort. Personne ! Et comme en politique dit-on tous les coups sont permis, certains fins limiers du parti au pouvoir refusent de tomber sans attraper le leader de l’opposition Bamoun qu’on dit berner ses frères et freiner le développement du Noun. D’aucuns sont allés jusqu’à insinuer que le cinquantenaire de la réunification du Cameroun célébré à Buea devrait se tenir à Foumban, et que c’est à cause de l’opposition. Mais sauf qu’ils ont eu la mémoire courte pour ne pas se souvenir qu’en 2010, le cinquantenaire des forces armées avait eu lieu à Bamenda, une région où le Sdf domine les débats politiques

La guerre de positionnement : pour rien

Sans vouloir prendre la défense de qui que ce soit, chacun ayant sa part de responsabilité, nous pensons que le Noun pouvait être mieux que ce qu’il est aujourd’hui. Pourquoi le sultan de par sa proximité avec le président Biya ne peut-il pas influencer pour la réalisation de quelques projets structurants dans le Noun par exemple ? Pourquoi les élites Bamoun ne peuvent-ils pas faire comme ailleurs où le développement n’a pas de couleur politique ? Même parfois au sein d’une même famille politique ce n’est pas toujours de la sérénité. L’un des cas patents qu’il faille relever pour l’éveil des consciences, c’est cette bataille rangée entre Théodore Nsangou de Edc et Petouogbounkouo Amadou du projet du développement rural du Mont Mbapit, tous deux, élites de Koupa Kagnam qui ont juré de ne jamais se mettre ensemble. Et la conséquence de ces agissements c’est que l’électricité au Cameroun est gérée par un Bamoun, mais le Noun est sans lumière. Encore un paradoxe de plus. Pour toutes fins utiles, rappelons que le président du tribunal criminel spécial (Tcs) à Yaoundé est un fils de Foumban. Jusqu’à quand la politique va-t-elle cesser de détruire le Noun ? Dieu a-t-il tourné le dos à ce département ? Un bon jour viendra !

Camer.be

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