CAMEROUN - POST-LÉGISLATIVES ET MUNICIPALES 2013: LES ALLIÉS DU RDPC , QUEL AVENIR?

cameroun-trois-opposants-pouvoir212.jpegL´UNDP, L`ANDP et le FSNC,les partenaires politiques du RDPC au gouvernement ont-ils encore un avenir, ceci à la lumière des scores anodins enregistrés lors du double scrutin législative et municipale du 30 septembre 2013 dernier? De quoi susciter des interrogations sur ces attelages entre un géant et des lilliputiens.

UNDP: Le progrès de la vocation régionale

Les résultats des élections du 30 septembre 2013 ne changent pas grand-chose dans la représentativité de l'Union nationale pour a démocratie et le progrès (UNDP). Si l'on peut noter un léger progrès aux municipales par rapport aux échéances antérieures, il convient cependant de noter que la bonification de cette formation politique sur le terrain est de faible amplitude. Insuffisant par rapport au niveau de représentativité de ce parti au lendemain des élections législatives de mars 1992 où le parti dirigé par M. Bello Bouba avait glané 68 sièges de députés à l'Assemblée nationale.

Les chiffres qui fusent de part et d'autre laissent entendre que l'Undp n'aura pas un nombre considérable de parlementaires. Le parti n'aura pas en clair de groupe parlementaire à l'Assemblée nationale. Comme depuis quelques législatures.

Rien ou presque rien ne va changer dans la répartition des sièges au parlement. Le nombre des parlementaires de l'Undp ne sera donc pas susceptible de faire le contrepoids pour l'adoption ou le rejet des projets de loi soumis à l'examen des chambres du parlement. On l'a vu par le passé: la majorité RDPC pesait de tout son poids pour l’adoption des textes, sans s'adosser sur son allié. L'Undp, depuis 1997, n'a pas réussi à être une force parlementaire dynamique sur laquelle le parti gouvernant pouvait s'accouder. Certains observateurs ne s'empêchent pas souvent de rallier les ambitions de ce parti politique à celles de son partenaire, le Rdpc.

Même en période électorale, son secrétaire général, M. Pierre Flambeau Ngayap affirmait récemment sur les antennes de la télévision nationale que l'Undp a une alliance avec le parti au pouvoir, tout en relevant cependant que ce n'est pas «une alliance électorale». Aux élections, «le Rdpc est notre premier adversaire». Sur le terrain, les lignes ne bougent pas beaucoup.

Le parti au pouvoir et l'UNDP ont noué une plateforme depuis 1997. Cette année-là, le Cameroun a organisé une élection présidentielle; le président de la République, M. Paul Biya, avait été réélu à la soviétique. Le SDF avait boycotté ce scrutin. Les autres concurrents en lice, parmi lesquels M. Bello Bouba, avaient eu des pourcentages insignifiants. Depuis que le Rdpc et l'Undp ont noué leur plateforme, M. Bello Bouba siège au gouvernement, sans discontinuer, malgré les fissures qui font émerger des mécontentements internes.

ANDP: L'alliance de la figuration

Ce serait une colle que de demander à un citoyen lambda dans les rues de Yaoundé ou Douala de donner le nom du président de l'Alliance nationale pour la démocratie et le progrès (Andp). De même, il serait aussi fastidieux de requérir le concours d'un quelconque compatriote pour identifier avec exactitude l'intitulé du poste ministériel de M. Hamadou Moustapha. Ceux qui sont au parfum des informations politiques jusque dans leurs détails anodins savent que cet originaire du Nord Cameroun est le président national de l'Andp depuis sa création. Ils savent aussi que M. Hamadou Moustapha est ministre chargé des missions à la présidence de la République.

Dernier détail de la trajectoire politique de ce transfuge de l'Undp: son parti politique grossit les rangs des partenaires politiques du régime de Yaoundé. Parlant de la formation politique dont M. Hamadou Moustapha a la charge, il faut relever que sa cote de préférence auprès de l'électorat au Cameroun n'en fait pas un foudre de guerre. L'expérience électorale de ce parti politique n'a pas de quoi pavoiser. Jusqu'à ce jour, les noms des militants de l'Andp ne figurent pas dans les registres des parlementaires élus.

La générosité discrétionnaire du président de la République a permis à ce parti politique de pouvoir siéger au Sénat, l'une de ses militantes ayant été nommée. Un acte qui n'a pas un grand mérite politique surtout lorsqu’on est issu des rangs d'une force politique alternative au parti régnant. L'Andp, en tant qu'allié du Rdpc, a du mal à convaincre l'électorat.

Son aura se désagrège au fil des ans. Même le nord Cameroun, qu'on aurait considéré comme son bastion sociologique et politique ne lui sourit pas trop. Les dernières consultations électorales l'ont confirmé.

FSNC: en attendant le salut de l´électorat

La représentante du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc) avait bon espoir aux travaux de la commission nationale de recensement général des votes. La brave dame croyait qu'elle allait infléchir les positions des autres membres de la commission. Pour que dans la répartition des quatre sièges de députés du Mayo Louti, région du Nord, le Fsnc ait un parlementaire, avec ses 6%. Peine perdue. Ce score est largement en dessous des performances des autres partis en compétition dans la même circonscription. En clair le parti de M. Issa Tchiroma ne siégera pas à l'Assemblée nationale pour le compte de la prochaine législature.

Cette formation politique, alliée du Rdpc au pouvoir, n'aura pas aussi l'opportunité de contrôler des exécutifs communaux, même dans le nord, région natale de son président. Dans toute cette contrée, le Fsnc n'a remporté que 9 conseillers municipaux: un à Baschéo, quatre à Garoua 1er et trois à Garoua 2ème. Cette formation politique était également en lice aux municipales à Bafia dans la région du Centre.

Mais, ses 30% de voix sont insuffisants pour glaner des sièges de conseillers municipaux. Le Rdpc y a eu la majorité absolue. Ces résultats montrent clairement que le Fsnc n'a pas encore une envergure politique considérable. La magnanimité du président de la République a concédé un siège de sénateur nommé au parti de M. Issa Tchiroma Bakary. Pas de quoi vraiment pavoiser; cette représentativité parlementaire est anodine. Elle ne peut, en aucun cas, infléchir la balance au parlement. C'est juste un siège pour meubler le décor largement aux couleurs du parti de la flamme.

Après avoir été ministre du temps où il fut militant de l'Undp et après une rupture brutale des bans avec cette formation politique, M. Issa Tchiroma est l'un des fondateurs de l'Alliance nationale pour la démocratie et le progrès au même titre que M. Hamadou Moustapha, avec qui il est exclu de l'UNDP. Motif: ils auraient obtenu leur entrée au gouvernement sans l'assentiment de leur hiérarchie politique de l'époque.

Par la suite, M. Issa Tchiroma décide de voler de ses propres ailes; il crée le FSNC dont il devient logiquement le président. Jusqu'en 2008, l'opinion connaissait le leader de ce parti politique pour ses diatribes et ses prises de positions sans circonlocutions sur les dysfonctionnements qui émaillent la gouvernance du régime qu'incarne M. Paul Biya. Lorsque le débat sur la modification de la constitution bat son plein, le président du Fsnc fait un revirement spectaculaire et opportuniste: il prend fait et cause pour le vœu de M. Biya de lever le verrou de la limitation des mandats présidentiels.

L'Assemblée nationale adopte le projet de loi portant modification de la constitution en avril 2008. Le 30 juin 2009, remaniement ministériel: M. Issa Tchiroma Bakary est nommé ministre de la Communication. Une fois revenu au-devant de la scène politico-médiatique, l'homme politique défend bec et ongles le président de la République avec une rhétorique qui lui attire beaucoup de répugnance; certains estimant que son propos est trop démagogique et qu'il occupe abondamment la scène sans persuader.

Au lendemain de la présidentielle d'octobre 2011, le président de la République prolonge le bail gouvernemental de son ministre de la communication. Son parti n'a pas la possibilité de postuler aux sénatoriales d'avril 2013. Au terme des élections municipales et législatives du 30 septembre 2013, les chiffres en faveur du FSNC sont ridicules; ils ne sont pas de nature à conforter une alliance politique de bonne facture.

© Repères : Arthur L Mbye

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Date de dernière mise à jour : 17/10/2013