CAMEROUN / PLUS DE 700 MEMBRES DE BOKO HARAM EN PRISON À MAROUA.

Ils accroissent la population d’un établissement pénitentiaire déjà saturé. Un quartier de haute sécurité y est en construction.

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Les autorités judiciaires de la région de l’Extrême-Nord se font d’énormes soucis pour eux. « Pus de 700 détenus spéciaux, des membres de Boko Haram sont présents dans la prison centrale de Maroua », a révélé Joseph Belporo, le procureur général près la cour d’appel de l’Extrême-Nord. C’était à Maroua le 20 novembre 2015. D’autres sources crédibles parlent de près de 1200 détenus de Boko Haram gardés dans cette prison. Ces hommes, femmes et enfants relèvent du tribunal miliaire. Ils sont encore mêlés aux autres détenus pour un total de 1513 détenus prévenus et condamnés. Or, ladite prison a une capacité d’accueil de 350 places. Il y a donc selon les chiffres du procureur, 1163 en surpopulation dans cette prison

De plus, il y a 200 détenus contraints par corps. « La nuit venue ceux-là n’ont pas où mettre la tête. » Des détenus qu’il a qualifiés de Sdf seraient près de 9000 au Cameroun. « Le constat est sombre », a souligné Fonkwe Joseph Fongang le président de la cour d’Appel de l’Extrême-Nord. Revenu il y a peu de la réunion des chefs de cours des 17 et 18 septembre dernier à Yaoundé, le magistrat a organisé dans les locaux de la dite cour, une séance de restitution des travaux qui ont eu lieu dans la capitale. Le thème en était « la surpopulation carcérale au Cameroun ». Rapporté à la région de l’Extrême-Nord la situation, a-t-il dit, n’est pas plus reluisante. Les magistrats des six départements, les avocats, greffiers, les huissiers de justice et les membres de l’Administration pénitentiaire étaient présents. Ils ont écouté Joseph Belporo, faire un véritable réquisitoire de la situation dans nos prisons.c

Méthodique, le magistrat a brossé la géographie des 10 prisons que compte la région. Il a énuméré leur capacité d’accueil : 1765 places. Des dépassements absurdes : 350 places pour 1513 à Maroua, 323 pour 200 places à Kousséri, 461 pour 150 places à Yagoua, 479 pour 200 places à Mokolo… La déduction qu’il a fait de ce triste décompte est sans appel, il y en a trop. Le procureur a détaillé les causes de ce désastre : « Infrastructures qui datent de la période coloniale, personnel magistrat insuffisant, engorgement des procédures, timide application des dispositions du nouveau code de procédure pénale par rapport aux régions anglophones, accroissement de la population et explosion de la délinquance, nombre accrus de vagabonds qu’on ne peut laisser comparaitre libres au risque qu’ils ne s’échappent c amer . b e, pauvreté de plus en plus grande… ». Pour solution, il a requis le transfèrement dans les prisons les moins peuplées des condamnés définitifs, demandé que les juges rendent plus rapidement des décisions définitives et proposé la mise en liberté sous caution des personnes qui peuvent en bénéficier. Lors des débats qui ont été ouverts à l’assemblée, le président de la cour d’Appel a rappelé à ses collègues sa préoccupation :

« Notre souci est de savoir comment désengorger nos prisons. Il ne faut pas envoyer les gens en prison sans dire au procureur pour combien de temps on les y envoie, pour quelle période ils seront incarcérés. Il faut arrêter les dégâts ».

Le procureur général, pour sa part, a dit : « S’agissant des adeptes criminels de la secte Boko Haram, nous n’avons pas d’emprise sur eux.» Il a ajouté que le tribunal militaire, seul compétent pour les juger, n’avait pas de salle à lui. Donc, les audiences pour les juger dépendaient de la disponibilité des salles du palais de justice. La salle d’audience de la cour d’Appel leur a été prêtée et les audiences devraient s’accélérer. C’est d’autant urgent que des indiscrétions font état de ce que ces prisonniers particuliers risquent d’endoctriner leurs codétenus. Sauf que on peut tempérer que les Boko Haram de la prison de Maroua ne sont que du menu fretin et des comparses. Ceux soupçonnés d’être plus politisés ou plus engagés dans la lutte qu’ils livrent au Cameroun sont invariablement transférés vers Yaoundé quand ils sont arrêtés.

© Le Jour : Aziz Salatou

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