Cameroun - Peter Mafany Musongué: Prochain Président du Sénat

Après sa nomination comme sénateur par le Président de la République, jeudi dernier, l'ancien Premier Ministre tient fortement la baffe dans la course au fauteuil du premier Sénat camerounais.

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Après les élections sénatoriales du 14 avril dernier qui ont donné les résultats qu'on connaît, et la nomination dans les délais des 30 sénateurs par le Président de la République comme le dispose la loi, la Chambre Haute du Parlement entre dans l'histoire de la vie parlementaire nationale ce mardi, avec la tenue de la première séance de plein droit du Sénat camerounais. Le premier de la vie politique au Cameroun. Du coup, les regards sont désormais tournés vers la personnalité qui aura l'insigne privilège de diriger cette jeune institution.

Des multiples analyses de certains observateurs avisés du paysage politique camerounais, le nom de Peter Mafany Musongué n'a pas souvent été cité parmi les favoris à la tête du Sénat. Il a même semblé pour certains observateurs que son poste de Grand Chancelier des Ordres ne lui permettrait plus de servir ailleurs. Vision étriquée de la notion que Paul Biya a du casting de ses collaborateurs et autres commis? Possible. Et pourtant, votre journal, dans son édition N°210 du lundi 11 mars 2013, annonçait déjà les couleurs et donnait des pistes de lecture qui se sont finalement révélées exactes.

A cet effet, «La Nouvelle» titrait à sa grande Une: «Sénatoriales 2013, le match au sommet: Cavaye-Musongué». Jacques Blaise Mvié, l'auteur de ce chef d'œuvre en analyse politique se référait alors aux grandes manœuvres qu'avait engagées le Président de l'Assemblée Nationale pour se faire élire membre du Sénat, afin de lorgner par la suite le prestigieux poste de Président du Sénat, histoire de se maintenir dans sa position de N°2 dans l'ordre protocolaire des grands corps de l'Etat. En tout cas, pour votre journal, le PAN qui voulait migrer de la Chambre Basse vers la Chambre Haute voulait ainsi forcer la main du Chef de l'Etat, même s'il n'avait pas le bon profil pour assurer la Présidence du Sénat. Toujours dans la même livraison, La Nouvelle se souvenait qu'en décidant de mettre en place le Sénat, le Président Paul Biya avait déjà mis en place tous les scenarii, même les plus improbables, afin de réussir sa manœuvre sans faille.

C'est ainsi que dans la foulée, le journal révélait que le Sénat devait revenir aux Anglophones, au regard du rôle d'arbitre que ces derniers avaient joué entre «Sudistes» et «Nordistes» en 1984, au sommet de la crise ouverte entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya. En tout cas, un rôle qu'ils pourraient de nouveau jouer en ces instants incertains où se profile à l'horizon la succession à la tête de l'Etat. Pour les tenants de cette hypothèse, Paul Biya voulait ainsi imposer à la tête du Sénat Peter Mafany Musongué dont les qualités de grand commis de l'Etat, la justesse de ses positions quand il faut donner son avis sur la marche de l'Etat, sa prudence, sa réserve, son sens de la mesure, font l'unanimité dans l'opinion nationale. Ce sont toutes ces qualités qui faisaient de l'ancien PM une bonne carte pour Paul Biya pour confondre tous les oiseaux de mauvais augure. Jeudi 9 mai dernier donc, le Président de la République a donné en partie raison à la justesse de cette analyse de votre journal en nommant Peter Mafany Musongué parmi les 30 sénateurs que la loi l'autorisait à nommer pour la constitution du Sénat camerounais.

Grands équilibres

En attendant donc la mise en place du bureau du Sénat, en revisitant la liste des 30 sénateurs nommés par le Chef de l'Etat, force est de constater que là encore, votre journal, qui s'était essayé de lire dans la boule de cristal dans son édition N°217 du 29 avril 2013, en supputant sur les probables sénateurs du Président Paul Biya, ne s'est pas éloigné du casting présidentiel. C'est ainsi que dans la Région du Centre, se basant sur le fait que lors des investitures, les Départements du Nyong-et-Mfoumou, de la Mefou et Akono et la Haute Sanaga (contentée par une suppléante) avaient été quelque peu oubliés, l'on supposait que le Chef de l'Etat allait pallier ces omissions en nommant en priorité les ressortissants de ces départements. C'est donc chose faite. Avec en prime la nomination du Pr. Pius Ondoua (Nyong et Mfoumou) et de Laurent Nkodo (Mefou et Akono), 2 noms sur lesquels votre journal avait jeté son dévolu. Dans le Département de la Mefou et Ako¬no plus précisément, nous avons eu le flair juste de repérer Laurent Nkodo au moment où tout le monde l'avait confiné aux calendes grecques, comme un paria. Surtout en se référant aux fausses listes de Dooh Collins et d'Amadou Ali, les oiseaux de mauvais augure avaient commencé à faire fleurir des hypothèses les plus saugrenues par rapport à l'avenir politique de l'ancien Directeur Général des Impôts.

Dans la Région du Sud, considérant les grands équilibres entre les Boulou, Fong, Ntoumou, Bene, Batanga et les Ngoumba, nous pensions donc que le Département de l'Océan, qui compte le plus grand nombre d'arrondissements avait en son sein les Ngoumba, une minorité autochtone à Lolodorf. Mais du fait que l'Océan était représenté par un Fang, nous indiquions alors que ce département se verrait moins marginalisé si parmi les 3 sénateurs à nommer figurait le nom de Pierre Ngally Ngoua, un ancien Directeur à la BAD. C'est chose faite depuis le 9 mai dernier. La justesse de nos choix s'est confirmée dans la Région du Littoral avec la nomination de Siegfried David Etame Massoma, une histoire de taire quelques possibles mécontentements dans le Moungo qui aurait pu se sentir lésé lors des investitures. Idem à l'Ouest où nos pronostics quant à la nomination du Sultan Roi des Bamoum, Ibrahim Mbombo Njoya, qui paraissait plutôt évidente.

Remaniement ministériel

Dans la Région de l'Extrême Nord, votre journal aura également vu juste en misant sur le nom du Président du MDR, Dakole Daïssala. Nous le présentions alors comme un allié indéfectible du Président national du RDPC, et que sa nomination au Sénat n'était qu'une juste récompense après que cet ancien Ministre des Transports ait été sur tous les fronts pour imposer au Cameroun la démocratie apaisée. Dans le Nord, la nomination de Mohamadou Bayero Fadil comme suppléant nous a confortés davantage dans nos pronostics. A L'Est, notre choix sur l'ancien Ministre René Zé Nguélé s'est révélé exact. Tout comme dans la Région du Sud-Ouest, nous avions la justesse de prévoir la nomination de Peter Mafany Musongué, présenté déjà comme l'un des favoris au poste de Président de la Chambre Haute.

Dans la foulée de nos analyses, nous avons également misé sur la possibilité par le Chef de l'Etat de nommer quelques-uns de ses alliés politiques notamment du côté de l'UNDP, du FNSC ou encore de l'ANDP. Sans doute, en raison de leur présence au Gouvernement, le choix du Chef de l'Etat s'est plutôt porté sur leurs seconds couteaux. C'est le cas du FNSC du MINCOM, Issa Tchiroma, dont le N°2, Hamadou Abbo, rentre au Sénat. Ou encore l'ANDP qui siègera à la Chambre Haute à travers sa présidente de la sous-section de Belabo, Georziane Marlyse Aboui. L'UNDP de Bello Bouba Maïgari y sera présente à travers son Secrétaire Général, Pierre Flambeau Ngayap. Vous avez dit avoir raison? La Nouvelle n'était pas loin des secrets présidentiels.

Au moment où le Senat rentre en activité, tout porte également à croire que le calendrier politique va aller en s'accélérant avec, sans doute dans les prochains jours, un remaniement ministériel. De quelle ampleur sera-t-il? Difficile à dire. Toujours est-il que si d'aventure, les supputations qui font du prochain Président du Sénat un ressortissant de la partie anglophone du pays venaient à se concrétiser, l'on serait dans une situation où 2 Anglophones contrôleraient 2 importantes institutions de la République. Or, fidèle à sa tradition de maintenir les grands équilibres au Cameroun, il serait donc impérieux que la Primature change de main et de région. Et comme nous l'indiquions déjà dans une de nos dernières livraisons, l'on pourrait bien voir ce poste revenir à un ressortissant de l'Ouest. Et si tel est le cas, ce ne sont pas les candidats qui vont manquer à l'appel.

L'on peut citer le patron des Brasseries du Cameroun, André Siaka, dont les états de service dans l'une des plus grandes industries du Cameroun ont fini par le positionner parmi les meilleurs gestionnaires du pays. Jean Nkuété pourrait aussi hériter de ce poste au regard de son cursus d'économiste. Ce qui n'est pourtant pas le cas avec l'universitaire Jean Marie Ngankou, qui avait étalé ses insuffisances dans le dossier des privatisations des entreprises publiques. Ce remaniement ministériel pourrait alors intervenir avant les législatives avec une certitude que le perchoir de l'Assemblée Nationale restera la propriété d'un ressortissant du Grand Nord. En tout cas, Paul Biya avait promis de laisser à la postérité un Cameroun prospère et démocratique. Le processus est plus que jamais irréversible. Dans la paix et la concorde.

© Charles Nwe | La Nouvelle

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