Cameroun : Paul Biya se relance à Paris

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En obtenant la libération des sept otages français, le chef de l’Etat camerounais, en froid avec son homologue français, a l’occasion de se rabibocher avec Paris.

AParis, on ne tarit plus d’éloges à l’égard du président Biya. Médias, politiques et citoyens ordinaires saluent la discrétion et l’efficacité avec lesquels le président de la République du Cameroun a mené l’opération ayant abouti à la libération des sept Français enlevés le 19 février dans l’Extrême-Nord du pays par des adeptes de la secte nigériane Boko Haram. Paul Biya s’est impliqué pour qu’on en arrive au happy end du 18 avril. Sans bouder son plaisir, le président de la République a reçu les membres de la famille Moulin-Fournier, accompagnés du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, au palais de l’Unité.Occasion pour le président Biya, dans son discours, de rappeler une fois de plus que le Cameroun demeure une terre d’hospitalité, de tolérance, de stabilité et de paix.

Le dénouement heureux de l’affaire des sept otages français arrange tout le monde. Paul Biya d’abord. Malmené par la presse française et un certain nombre d’Ong pour ses 30 ans de pouvoir sans partage et ses biens supposés mal acquis, le chef de l’Etat camerounais a reçu un accueil glacial en janvier dernier lorsqu’il a effectué une visite de travail à Paris. On lisait alors dans les journaux français que Paul Biya, 80 ans, fait partie de ces dirigeants africains avec lesquels Hollande ne souhaite pas s’afficher. Lui qui, au moment où il arrive à l’Elysée, annonce qu’il mettra fin à la Françafrique. Désormais, les temps semblent avoir changé.

Depuis que Paul Biya a libéré les otages français, il est plus fréquentable. François Hollande l’a d’ailleurs remercié publiquement lorsqu’il est allé accueillir les anciens otages samedi au petit matin à l’aéroport. Paul Biya tient désormais l’occasion rêvée de se rabibocher avec Paris.

Amadou Ali

Autre acteur qui tire profit de l’histoire des otages, c’est Amadou Ali. Selon de nombreuses sources, c’est l’ancien Vice-Premier ministre en charge de la Justice quiamanoeuvré en coulisse, avec l’appui du Bir. Bon connaisseur de la région de l’Extrême-Nord dont il est originaire, Amadou Ali s’est servi de ses contacts auprès des chefs traditionnels locaux, notamment le lamido de Kolofata, qui seraient entrés en contact avec les hommes de Boko Haram pour des négociations qui ont abouti à la libération des Français. Cette libération intervient au moment où la presse abonde de révélations sur une affaire de détournement de 800 millions FCfa destinés à la traque des fonds publics camerounais détournés et supposés dissimulés dans des comptes bancaires à l’étranger.

Des révélations qui montrent la manipulation à des fins personnelles de l’opération Epervier par l’ancien Vice-Premier ministre en charge de la Justice. Quant à François Hollande, la libération des otages est une occasion pour lui de souffler. Alors qu’il est au plus bas dans les sondages et que sa politique est de plus en plus critiquée, le président français n’avait d’autre choix que de se montrer aux côtés de ces otages dont l’enlèvement avait ému les Français. S’agissant des Camerounais, dans l’ensemble, ils se réjouissent de la libération des otages français. C’est la fin heureuse d’une histoire qui aurait pu être tragique.

Une histoire humaine qui met en scène une famille française tranquille, sans histoire, pieuse et bien intégrée au Cameroun depuis deux ans. Mais une question reste : Paul Biya se serait-il impliqué de la même manière s’il s’était agi des Camerounais ? Pas sûr. Il n’a pas pipé mot lorsque ses compatriotes ont été enlevés et tués à Bakassi, à l’Est à la frontière avec la Rca, etc. Pas le moindre mot non plus lorsque des dizaines de jeunes filles ont été égorgées à Mimboman…

© Le Jour : Jean-Bruno Tagne

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