Cameroun : Paul Biya et les fantômes de Mimboman

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Cameroun : Paul Biya et les fantômes de MimbomanL’image du président de la république a disparu des écrans de la télévision nationale pendant son discours aux jeunes. Pour de nombreux téléspectateurs, c’est la preuve que les morts ne sont pas morts !

Le 10 février 2013, les jeunes du Cameroun attendaient, comme à l’accoutumée, le traditionnel discours du chef de l’Etat à 20h. L’actualité majeure étant axée sur la Coupe d’Afrique des Nations dont la finale se jouait en Afrique du sud, a obligé la modification de l’heure habituelle prévue pour la transmission du discours présidentiel. Ainsi, au lieu de 20h, c’est à 18h30 que le discours de Paul Biya sera lu sur l’ensemble du réseau de la Cameroon Radio and Television (Ctrv). A cette heure là, les jeunes sont amassés, nombreux devant les petits écrans et postes de radio ou appareil de téléphone pour écouter « les grandes annonces » par ces temps de « Grandes réalisations ».

A 18h29, l’hymne national est lancé pour annoncer le début du discours du chef de l’Etat. Seulement, pendant que Paul Biya déroule son propos, son image disparait des écrans de télévision avant de réapparaitre plus tard. Cette scène pour de nombreux jeunes, est loin d’être anecdotique. Car, Paul Biya « a passé son temps à tancer les jeunes, alors qu’il est quand même à l’origine de leurs malheurs : chômage généralisé, scolarité chère, frais d’apprentissage insupportables, pas d’infrastructures de loisir, les vieux sont maintenus à leurs postes après l’âge de la retraite au détriment des jeunes, les concours sont payants, plusieurs jeunes Camerounais sont maltraités, dépouillés et rapatriés sans ménagement au pays sans que cela puissent préoccuper les autorités publiques », pour Jean Claude, le tableau est donc sombre.

Et pourtant, le droit à l’éducation, au travail et à la protection, sont des devoirs régaliens de toutes les autorités publiques de par le monde entier. Mais beaucoup de jeunes Camerounais n’en bénéficient pas malheureusement toujours. Et le fait que le chef de l’Etat n’ait pas évoqué la situation des jeunes filles enlevées et assassinées au quartier Mimboman à Yaoundé, semble avoir choqué plus d’un. Car, ils attendaient tous ce réconfort de leur guide. Cela allait les rassurer que le président est au courant de ces faits macabres et que rien sera plus comme avant, par ces temps où la peur a gagné toutes les familles.

L’autre pomme de discorde est provenue de ce que Paul Biya a révélé que les jeunes de son pays occupent la « Une » des faits divers dans les journaux, du fait de la dépravation des moeurs qui les caractérisent aujourd’hui. Du côté des jeunes, même l’annonce de création des 200 mille emplois en 2013, n’a pas semblé suffisant pour les enthousiasmer. Conclusion, entre sourds, le dialogue n’étant pas clair, les jeunes sont retournés dans leurs activités quotidiennes dans les milieux de débauche, tout juste après le défilé. C’était comme pour rappeler à Paul Biya, une expression vivante en milieu jeune : « parle ta part, et laisse nous faire notre part ! » Dans ces conditions, il apparait urgent que le chef de l’Etat rattrape le « fer » qui s’échappe de la lance qu’il tient, parce que ces derniers ont été de tous les combats du Renouveau, et sacrifier leur avenir serait trahison.

© Diapason : François MBOKE

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