Cameroun - Opération épervier: Paulin Abono oublié en prison à Bertoua

Le pourvoi en cassation traîne devant la Cour suprême depuis près trois ans. « Je ne demande qu’à être jugé. Et que seul le droit soit dit. », confie Paulin Abono Moampamb à un proche venu lui rendre visite à la prison de Bertoua.

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C’était samedi 3 janvier. Profitant du temps d’ensoleillement qui lui est accordé, l’ancien secrétaire d’État aux Travaux publics reçoit les quelques rares personnes qui ont encore l’amabilité de venir le voir. L’homme au physique de baroudeur n’a pas perdu sa mine joviale. Il reconnaît néanmoins : « Avec le temps qui passe, derrière les barreaux, le corps a forcément pris un coup. Le moral aussi. » Maire de Yokadouma de 2002 à 2007, il a toute son attention braquée en direction de la haute juridiction. Avec chacun de ses visiteurs, il veut comprendre ce qui se trame au centre administratif de Yaoundé. Malgré l’assurance qu’il affiche, Paulin Abono Momapamb laisse transparaître quelques signes d’inquiétudes. Des d’interrogations se bousculent dans sa bouche : ‘’Je ne comprends vraiment pas. C’est depuis près de trois ans que nous sommes devant la Cour suprême. Nous avons fourni toutes les pièces et rapports qui nous ont été demandés. Mais jusque là, aucune ordonnance n’a été rendue.’’

Ses inquiétudes sont d’autant plus fondées que la procédure semble s’enliser au niveau la Cour suprême. Un habitué des couloirs de cette haute juridiction indique à cet effet : « Il n’y plus de partie civile dans cet affaire. La commune de Yokadouma ne veut pas témoigner à charge. Il a été demandé au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation de se constituer partie civile. Mais le Minatd ne se reconnait pas dans cette procédure, surtout que l’instruction s’est achevée depuis longtemps. C’est l’impasse totale. Personne ne réclame rien aux accusés. » Et de conclure : « La chancellerie est vraiment embarrassée. Tout se passe désormais comme si l’affaire Abono n’existe plus. Le dossier est rangé. »

Un enlisement qui suscite des craintes chez l’ancien délégué régional des Travaux publics pour le Centre. « J’ai été condamné à 12 ans de prison. Ma 8e année de détention commence en mars (2015, ndlr), je risque purger la totalité de ma peine alors que la Cour suprême n’a pas encore vidé le dossier. Qu’en sera-t-il ? Serai-je maintenu en prison ou alors je serai libéré ? D’ailleurs, si la Cour suprême avait agi avec une certaine célérité, j’aurai pu être bénéficiaire de la mesure présidentielle du 18 février 2014 portant commutation et remises des peines.», s’impatiente-t-il. « Il y a comme une volonté manifeste de le maintenir au gnouf », observe un natif du département de la Boumba et Ngoko. « Tout y passe, poursuit-il. Manipulation, intimidation … il suffit juste de jeter un coup d’œil sur les morts suspects autour de cette affaire. Une série noire qui n’a pas épargné le principal avocat de Paulin Abono, Me David Dipepe, décédé dans un accident de circulation du retour d’une audience consacrée à la cause. »

La Météo

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