Cameroun - Opération Epervier : Ce que Dooh Collins a dit à la Pj

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L’expert financier a été auditionné le 8 mai dernier au sujet de l’affaire des faux comptes bancaires. Pourquoi et à quel titre Dooh Collins a-t-il produit les listings des comptes bancaires de personnalités fournies en 2010 à la chancellerie dans le cadre de l’opération Epervier ? A cette question, le procureur général près le Tribunal criminel spécial (Tcs), Emile Zéphyrin Nsoga, est certainement déjà édifié. D’après nos sources, Dooh Collins, l’expert financier mandaté par le gouvernement camerounais, notamment le ministre de la Justice d’alors, Amadou Ali a indiqué à la police judiciaire le 8 mai dernier, au cours d’une audition qui a duré 3h de temps environ, que tous les comptes qui ont été fournis proviennent des commissions rogatoires internationales, lesquelles ont été signées par le vice-Premier ministre, ministre de la Justice, Amadou Ali.

Incriminé pour « présomption de déclarations mensongères, diffamation et dénonciation calomnieuse », Dooh Collins a également soutenu devant le sous-directeur des enquêtes économiques et financières de la Pj, Enyegue Mbolong, qu’il n’a à aucun moment produit des comptes d’une personnalité sous enquête, autrement dit sous instruction judiciaire. Sur sa relation avec Amadou Ali avant l’accomplissement de ce travail dont les résultats jugés pour la plupart erronés ont servi de base au déclenchement de l’opération Epervier, Dooh Collins a confié que c’est M. Niels Marquardt, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Cameroun, fort de ce qu’il avait un cabinet d’intelligence économique à Genève en Suisse pouvant aider le ministre Ali à déployer des procédures d’investigations financières internationales et des commissions rogatoires internationales, qui l’a mis en contact avec le garde des Sceaux d’alors. « Je ne le connaissais pas avant », a-t-il juré la main sur le coeur.

Avant d’indiquer qu’il a été créé une cellule de renseignements financiers au ministère de la Justice donc le vice-Pm était le responsable, Mme Essomba et Mme Salatou en étaient les secrétaires et lui, Dooh Collins, le chargé des investigations financières internationales. Au sujet de la méthodologie qui a été utilisée pour tracer les comptes des « éperviables », l’expert mandaté par Amadou Ali a affirmé que la première étape consistait à dresser une « déclaration de soupçon » sur les personnes ciblées que la chancellerie avait données sur une liste. « Je n’ai donné aucun nom et je ne connaissais d’ailleurs personne ici », a déclaré Dooh Collins.

A l’en croire, la seconde étape consistait, pour le ministre de la Justice, à saisir des cellules de renseignements financiers étrangers, lesquelles ont demandé à l’expéditeur les motifs pour étayer les déclarations de soupçon. Selon Dooh Collins, c’est le ministre Amadou Ali qui avait fourni ces motifs sur la base desquels des commissions rogatoires ont été mises sur pied et ont permis d’obtenir les comptes bancaires querellés. L’expert, apprend-on, a indiqué q’au début, c’est le ministre des Relations extérieures qui envoyait les commissions rogatoires à l’étranger. Après quelques «incidents de parcours», il a été convenu de mettre directement à contribution les ambassades.

Tous les comptes qui font scandale aujourd’hui venaient des cellules de renseignements financiers étrangers saisis, sous plis fermés confidentiels à l’attention du vice-Premier ministre, Amadou Ali. « Le vice-Premier ministre avait-il d’autres sources de renseignement. Je ne sais pas. Je pense qu’il peut mieux édifier l’enquête sur la question», a déclaré Dooh Collins à la Pj. Une déclaration lourde de sens, qui pourrait au moins ouvrir la porte à une audition du vice-Premier ministre, ministre délégué à la présidence de la République chargé des Relations avec les Assemblées au Tcs.

© Mutations : Georges Alain Boyomo

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