Cameroun/Nigeria - Boko Haram - Pierre Moukoko Mbonjo: «Pour combattre Boko Haram, nous optons pour la patrouille simultanée

Le ministre camerounais des Relations extérieures, était l’invité Afrique de la chaîne mondiale Radio France Internationale (RFI) hier mardi 20 mai 2014.

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Pierre Moukoko Mbonjo Photo: © MINREX

L’image qu’on retiendra de cette conférence de presse de Paris, c’est le président camerounais Paul Biya et le président nigérian Goodluck Jonathan assis côte à côte. Quel était le sens de cette image ?

Ce n’est pas la première fois. Nous avons vraiment été surpris depuis l’annonce du sommet de Paris - qu’il faut saluer - de l’impression, la perception ici et là qu’il y aurait un problème entre le Cameroun et le Nigeria ou entre le président Biya et le président Goodluck Jonathan, ce qui est tout à fait faux. 

Lorsqu’en 1967, la guerre civile nigériane a éclaté, peu de personnes se souviennent qu’à l’époque le Cameroun avait refusé de servir de base arrière aux troupes biafraises. Et quelques temps après, en décembre 1993 lorsqu’une partie de Bakassi a été envahie par les troupes nigérianes, le président Biya a décidé de porter le problème au niveau de la Cour internationale de justice de La Haye, une solution qui a été saluée aujourd’hui. C’est pour cela d’ailleurs que le président Goodluck Jonathan, à l’occasion de la conférence de presse a dit: «La relation entre le Cameroun et le Nigeria est une relation robuste». Il n'y a pas de problèmes entre le président Biya et le président Goodluck Jonathan. 

Un mot sur Bakassi. Il y a eu cet arbitrage de la Cour internationale de justice il y a douze ans, mais malgré tout est-ce qu’il n’en est pas resté un climat de méfiance entre vos deux pays ? 

La frontière a été délimitée par la Cour internationale de justice de La Haye et je tiens à rappeler que nous avons 2 050 kilomètres de frontières terrestres avec le Nigeria. Nous en avons déjà démarquées près de 1 900. Il nous en reste autour de 95. On ne peut pas faire ce travail s’il n’y a pas une confiance entre le deux Etats. Simplement il peut arriver qu’il y ait des divergences ici et là. La méfiance c’est trop dire, mais la confiance ne se décrète pas, elle se construit. Ce que je voulais dire c’est que le 28 février 2012 - et c’est très important à savoir - nous avons signé avec le Nigeria un accord de sécurité transfrontalière qui prévoit la mise en place d’un comité mixte permanent qui a siégé pour la première fois les 7 et 8 novembre 2013 à Yaoundé et dont la deuxième session doit se tenir dans les tout prochains jours à Abuja. Ça sert à mutualiser nos efforts pour assurer la sécurité tout au long de nos frontières. 

Cela signifie la mise en place éventuelle de patrouilles mixtes comme l’a souhaité Goodluck Jonathan pendant la conférence de presse ? 

Ce n’est pas nécessaire qu’il y ait des patrouilles mixtes. Le plus important, c’est que le renseignement circule entre nos deux pays de manière à ce que chaque pays, dans le respect de l’intégrité territoriale de l’autre, agisse de manière simultanée. Le Cameroun préfère le concept de «patrouille simultanée». 

En cas de besoin, le Niger par exemple permet aux troupes du Nigeria de franchir la frontière afin de poursuivre des commandos de Boko Haram. Est-ce que le Cameroun pourrait faire de même ? 

Ce n’est pas tout à fait nécessaire. Le Cameroun a une armée dont l’efficacité est avérée. Nous avons des troupes d’élite dont le niveau est internationalement reconnu. Pour preuve, le fait que dans la lutte contre la piraterie maritime au niveau du Golfe de Guinée depuis 2011, il n’y a eu aucun acte dans nos eaux territoriales. 

Malgré tout, il y a eu ces enlèvements d’expatriés, il y a eu l’attaque de Kousseri, il y a eu l’attaque des expatriés chinois tout récemment... 

Il y a un prix à chaque chose. La liberté de circulation existe depuis 1962, le Cameroun et le Nigeria ont un accord de libre circulation de personnes. Les personnes qui entrent chez nous venant du Nigeria, il n’est pas écrit sur leur front qu’ils sont de Boko Haram. Ensuite depuis l’intensification de la guerre contre le groupe terroriste au Nigeria, nous avons accueilli plus de 15 000 réfugiés qui viennent du Nigeria, qui sont dans des camps chez nous. Et il n’est pas impossible qu’il y ait des infiltrations. Donc c’est le prix de la liberté de circulation. D’ailleurs avec le Nigeria, nous avons convenu qu’au mois de juillet prochain, nous allons revoir un peu cet accord parce que nous venons de signer de nouveaux accords de coopération dont le plus important est commercial. Les fruits de la paix avec le Nigeria, après l’accord sur Bakassi, sont là c’est-à-dire que le Nigeria est devenu le premier exportateur net de biens et services vers le Cameroun. Donc nous nous inscrivons en faux contre tous ceux qui prétendent ici et là qu’il y a du laxisme, une passivité du Cameroun. 

Mais alors pourquoi Goodluck Jonathan a-t-il demandé à François Hollande d’organiser ce sommet afin de développer la coordination avec votre pays ? 

Non, pas du tout. Ce n’est pas pour développer la coordination avec le Cameroun puisque nous avons des instruments juridiques qui existent. Je vous ai parlé de l’accord du 28 février 2012 ! Ce n’est pas aujourd’hui. Ensuite, dans le cadre de la Commission du bassin du lac Tchad le mois dernier [les 17 et 18 mars], s’est tenue à Yaoundé - pas ailleurs, à Yaoundé ! -, la réunion des ministres de la Défense et des chefs d’état-major de la Cblt [Commission du bassin du lac Tchad]. Le Nigeria, le Niger, le Cameroun et le Tchad. C’est pour vous dire que la coopération en termes de sécurité entre le Cameroun et le Nigeria est une réalité. Maintenant nous ne sommes pas des pays dits développés en tant que tels. Nous avons des moyens qui sont limités et nous avons besoin du soutien de la France, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Union européenne, du soutien de nos amis. 

Est-ce que les présidents Paul Biya et Goodluck Jonathan ont eu un tête-à-tête à l’occasion de ce sommet de Paris ? Les présidents, et je suis très bien placé pour le dire, se concertent très régulièrement. Donc ils n'en ont pas eu à cette occasion ?

Ils se concertent vraiment régulièrement.

Un mois après l’enlèvement de Chibok, beaucoup d’observateurs se demandent si les jeunes filles kidnappées ne sont pas aujourd’hui au Cameroun ?

Non, les jeunes filles ne sont pas au Cameroun.

Vous êtes formel ?

Je suis formel.

Par Christophe Boisbouvier, RFI

source:Le Messanger

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