Cameroun – N’Gaoundéré : Intensification de la lutte contre le carburant frelaté

Depuis que l’ex gouverneur de la région de l’Adamaoua, Abakar Ahamat  a ordonné l’interdiction de la vente des produits issus de la contrebande dans la ville de N’Gaoundéré, il ne passe aucune semaine sans que la police n’arrête des vendeurs du carburant frelaté.

Samedi dernier encore, quatre policiers donc deux étaient en civil et deux autres en uniforme ont mené une opération musclée contre la vente du carburant frelaté au quartier Burkina. Au cours de cette action jugé troublante par les populations, 3 personnes ont été arrêtées et plusieurs autres personnes, en particuliers des jeunes, ont été molestées. Pour certains, c’est par la clé du champ qu’ils ont été échappées aux matraques des policiers. Selon ses explications de certains habitants du coin, cette arrestation a été louche. Car selon eux,  la destination prise par les policiers est restée introuvable jusqu’à l’apparition des vendeurs du carburant frelaté le lendemain. C’est-à-dire dimanche. « Quand ils ont pris les vendeurs du zoua-zoua, nous avons fouillé tous les commissariats de la ville et ils n’y étaient pas. C’est le matin c’est-à-dire ce dimanche matin qu’on a retrouvé les quatre jeunes à Baladji II. Ils disent qu’ils ont versé beaucoup d’argent aux policiers pour qu’ils soient libérés. Et ici, cette histoire est devenu monnaie courante. Nous allons saisir les autorités pour cette façon de traiter les citoyens cesse dans notre quartier» relate Ibrahima Mamoudou, habitant du quartier. Cette dernière action de ces éléments de la police est loin d’être un cas isolé.

 

Le 15 juin dernier, en plein mois de ramadan, la police de N’Gaoundéré sous l’injonction du procureur de la République près du tribunal de N’Gaoundéré a mené une opération musclée contre la vente du carburant issu de la contrebande. Dans la foulée, 15 personnes ont été arrêtées et gardées à la légion de gendarmerie de N’Gaoundéré. L’opération avait fait un grand bruit parce que des mineurs figuraient parmi les détenus. Ces derniers ont passés 15 jours dans les cellules en violation de la loi. Approché par nos soins, un officier de police nous a révélé que l’activité est proscrite et que tous ceux qui s’y adonnent sont passibles de condamnation quel que soit le statut. Selon certains indiscrétions, cette pratique qui s’apparente à une arnaque bien orchestrée se déroule aux vu et su de tous. Les pauvres débrouillards qui occupent leur temps à collecter 50 FCFA de gain par litre vendu se retrouvent en perte. Les exactions vont parfois à des réclamations de 1 000F à 5 000 FCFA. Et s’ils sont arrêtés et ou conduit dans les services de police, il faut payer gros pour obtenir sa liberté. Pourtant, certains de ces débrouillards n’ont pas le choix que de vendre ce produit. « Je suis dans la vente de l’essence parce qu’on manque quoi faire. Je n’ai pas le choix et c’est avec cela que je me débrouille. A la fin de la journée je peux gagner 2 000 FCFA c’est avec cet argent que je nourris ma petite famille» déclare Moustapha, vendeur au centre-ville.

Aujourd’hui, la menace qui pèse sur l’activité de détaillants attise leur colère chez les populations de N’Gaoundéré. Car ceux-ci se disent marginalisés et arnaquées par des policiers mal intentionnés. Ahmadou vendeur de zoua-zoua nous fait savoir que « les policier connaissent les livreurs et ils ne font rien pour s’acharner sur nous parce qu’on a personne pour nous défendre ». Avant d’ajouter qu’ « ils préfèrent nous déranger, nous arrêter et nous enfermer ».  Certes la vente de carburant frelaté est interdite mais l’impression qui se dégage est que les actions menées sont orientées vers les mauvaises cibles ou alors les plus vulnérables du système. « On constate que la police arrête les petits vendeurs et ignore les grands importateurs du produit » s’étonne un observateur averti. L’on se souvient qu’avec l’ancien gouverneur,  l’Adamaoua a connu des vastes opérations et parfois des coups de force contre les trafiquants de carburant, mais désormais ceux-ci semblent avoir de beaux jours sous l’ère Kildadi Boubar, l’actuel gouverneur de cette région.

 

Correspondance particulière de Jean Akoum Amiri,

Reporter à l’Œil du Sahel

CAMERPOST

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