Cameroun - Mutilation du corps du Révérend Père Englebert Mveng: Ma part de vérité - Par Sontia Sadate, Ancien Directeur de la Police Judiciaire

"...Sortant de ma réserve de fonctionnaire retraité qui lutte plutôt pour sa survie et ayant enterré déjà toutes ces choses derrière lui, j’ai estimé restituer la vérité dans cette histoire aussi dramatique que douloureuse en ce qui concerne le Révérend père Mveng et dire ce que je sais et ce que j’ai vu étant Directeur de la Police Judiciaire à l’époque de l’assassinat du prélat en question... "

sontia-sadate-001-ns-600.jpg Sontia Sadate Photo: © Sondia Sadate

C’est avec indignation et une bonne dose de colère que je viens de lire une interview d’un certain Charles Ateba Eyene se disant écrivain parue dans Cameroon Info-net du 31 Juillet au sujet du corps mutilé du Révérend Père Mveng. Cet illuminé affirmait que ‘’le Révérend Père Engelbert Mveng a été assassiné; son cerveau a été vidé.’’

Face à une telle ineptie, je me suis dit qu’il y a des moments où le silence peut porter atteinte à l’honneur de tout un pays et créer une confusion générale.

C’est pour cette raison que, sortant de ma réserve de fonctionnaire retraité qui lutte plutôt pour sa survie et ayant enterré déjà toutes ces choses derrière lui, j’ai estimé restituer la vérité dans cette histoire aussi dramatique que douloureuse en ce qui concerne le Révérend père Mveng et dire ce que je sais et ce que j’ai vu étant Directeur de la Police Judiciaire à l’époque de l’assassinat du prélat en question.

Dans le cadre de mes attributions, j’ai été le premier à en être informé et un des premiers à arriver sur place pour les constats d’usage avec une équipe d’enquêteurs. Le Procureur de la République et le Délégué Général à la Sûreté Nationale à qui j’avais rendu compte avant notre descente sur les lieux du crime sont arrivés aussitôt après.

Selon les constats d’usage de la Police en présence de ces deux hauts responsables de la République avant le transfert du corps à l’hôpital pour une autopsie, le Père Mveng avait été étranglé dans sa douche où il avait été visiblement surpris par ses agresseurs et le corps ne présentait aucune autre trace de violence et aucune arme d’aucune nature que ce soit n’avait été utilisée lors de cette agression. Mes éléments et moi, nous nous sommes mis ensemble pour transporter ce corps pour le mettre dans son lit car il était bien costaud et c’est nous qui lui avons porté des vêtements parce qu’il était juste en petite culotte. Après, les éléments de la Police, aidés cette fois par des voisins et des membres de sa famille accourus sur les lieux, l’ont transporté de son appartement au premier étage de l’immeuble qu’il occupait pour le mettre dans le véhicule qui devait le conduire à la morgue. Ainsi, nous avons eu tout le temps de faire le constat et de voir le corps dans toutes ses formes.

Ni le constat de la Police que j’ai signé personnellement, ni l’autopsie au niveau de l’hôpital n’avaient fait état du prélèvement d’un de ses organes. C’est dans cette interview que j’apprends cela pour la première fois.

Je ne comprends pas comment quelqu’un qui dit ne pas faire de la science-fiction peut dire des choses aussi sérieuses et aussi douloureuses avec tant de désinvolture et de légèreté pour des fins inavouées qui relèvent de la manipulation des consciences, de la mauvaise foi et de la malhonnêteté intellectuelle. A cette époque, ce phénomène criminel n’était pas encore connu dans notre pays. Pourquoi n’est-il pas allé à la Police qui a fait les constats ou à l’hôpital qui a procédé à une autopsie ou dans les services du Procureur de la République qui a reçu tous ces documents pour prendre des renseignements ou tout simplement vers les voisins qui avaient assisté à toutes les phases du constat et du transport du corps dans le véhicule devant évacuer le corps à la morgue.

Entre pénétrer les milieux de dangereux assassins pour avoir tant de détails sur leurs méthodes d’opérations et les prix des organes humains dans toutes leurs spécificités (vagins frais, souillés, lubrifiés par le sperme et autres parties du corps) et aller dans ces services de l’Etat pour prendre des renseignements, qu’est ce qui est le plus facile ou le moins risquant. Peut-être a-t-il des affinités particulières avec les autres qu’il donne l’impression de bien connaître.

Aucune blessure ouverte n’ayant été constatée sur ce corps et par conséquent aucune goutte de sang, peut-être que le prélèvement de son cerveau a été fait plutôt mystiquement. Dans ce cas, mon équipe et moi, nous n’avions pas l’expertise et les équipements nécessaires nous permettant de faire ce genre de constat.

Je me suis permis de donner la vraie version des faits comme je les ai vécus afin qu’elle soit connue de tous. 

Sontia Sadate (PhD), Commissaire Divisionnaire à la retraite,

                            Ancien Directeur de la Police Judiciaire.

@Cameroun-info.net

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Date de dernière mise à jour : 01/08/2013