Cameroun - Mounouna Foutsou: Le pagne n'est pas le marché du ministre, c'est une initiative des jeunes

Dans un mois, la tranche la plus importante de la population camerounaise sera en fête. La fête de la jeunesse sera rendue cette année à sa 50e édition.

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A l’occasion de ce cinquantenaire, le ministère de la Jeunesse et de l’Education civique (Minjec) innove.
Le Minjec a instauré un pagne qui sera arboré par les jeunes qui vont défiler à travers le territoire national. Ledit pagne est conçu en quatre couleurs : le vert pour les écoles primaires, le rouge pour les établissements d’enseignement secondaire, les écoles normales, les centres de formation professionnelle et les associations de jeunes, le jaune pour les établissements d’enseignement supérieur et le bleu pour les superviseurs du défilé. Les prix du pagne déjà disponible sur le marché est de 6900 Fcfa pour six yards, 3450 Fcfa pour trois yards et 2300 Fcfa pour deux yards.
En dépit de son caractère non obligatoire, l’institution du pagne de la fête de la jeunesse, qui a fait l’objet d’une communication du Minjec, Mounouna Foutsou, vers la fin de l’année 2015, fait déjà des vagues ici

et là. Beaucoup estiment que cela entraîne une dépense supplémentaire pour des parents et enseignants dont le pouvoir d’achat n’est pas terrible. Face au flot d’appels et de réactions indignés sur la question, la rédaction de Mutations s’est rapprochée du ministre de la Jeunesse, qui a répondu, avec le naturel et la franchise qu’on lui connaît, à toutes les questions qui lui ont été posées.
Plus de 100 jours après sa prise de fonction au Minjec, l’ancien secrétaire d’Etat aux Enseignements secondaires fait également le point sur d’autres sujets qui rythment l’actualité dans son département ministériel: la crise au Conseil national de la jeunesse, la campagne nationale de civisme et les activités du Pajer-U et du Pifmas.

Pourquoi instaurer un pagne pour la célébration de la fête de la jeunesse ?


Permettez-moi, avant tout propos, de vous remercier de l’occasion que vous m’offrez pour parler des préparatifs de la célébration du cinquantenaire de la fête de la jeunesse. Pour revenir à votre question, je voudrais vous dire qu’au cours des réunions préparatoires dudit évènement avec les représentants de notre jeunesse et les partenaires du ministère de la Jeunesse et de l’Education civique (Minjec), il y a un certain nombre d’idées novatrices qui ont été émises dans la perspective de rendre la célébration de ce cinquantenaire mémorable. Parmi ces idées, il y a la conception et la production d’un pagne pour célébrer la jeunesse. Je dois dire que c’est une initiative des jeunes, sous la férule du Conseil national de la jeunesse, qui a proposé l’institution de ce pagne. Ces jeunes ont procédé ensuite à sa conception. Ils ont lancé un concours à l’issue duquel un logo a été choisi avec toutes les thématiques voulues. Ce que nous avons fait au Minjec, c’est d’accompagner cette initiative, parce qu’elle participe de l’éducation civique et de l’intégration nationale.
Il faut dire que ce pagne peut servir d’outil de communication dans le cadre de la campagne d’éducation civique et d’intégration nationale en cours, à travers notamment les messages qui y figurent et qui participent du réarmement moral de notre jeunesse. Nous accompagnons donc cette initiative dans une approche participative avec nos partenaires. C’est à ce titre que nous avons sollicité la Cicam pour la production et la commercialisation de ce pagne. L’occasion faisant le larron, j’en profite pour remercier cette entreprise citoyenne qui malgré les contraintes techniques qui ont accru les coûts de production, nous a accompagnés. Car il faut savoir que ce pagne comporte huit couleurs, soit deux de plus que le pagne du 08 mars par exemple, et n’est tiré qu’en 100 000 exemplaires. Ce qui, du point de vue de l’économie d’échelle, rend sa production onéreuse.

Etant une initiative du Cnjc, ce pagne ne concerne-t-il que les associations de jeunesse ?


Pas du tout. Bien qu’étant une initiative du Cnjc qui est l’organe faitière qui fédère toutes les associations et mouvements de la jeunesse, nous avons pensé que ce pagne ne pouvait pas qu’être porté par ces derniers.  C’est la raison pour laquelle dans sa conception, on a pensé à toutes les catégories de notre jeunesse, notamment celles du primaire, du secondaire et du supérieur qui prennent part au défilé. Nous avons recommandé des couleurs. Le vert, le rouge et le jaune qui sont les couleurs nationales, et le bleu pour les encadreurs. Il faut relever que lors des célébrations précédentes de la fête de l’Unité ou de la Jeunesse, les encadreurs arboraient déjà un pagne, ceux de certaines universités aussi. Les jeunes ont voulu célébrer en couleur cet évènement et nous les avons accompagnés.

Compte tenu de la production de ce pagne en quantité limité, n’y a-t-il pas lieu de craindre qu’il ne fasse l’objet de spéculation ?


Nous avons tenu compte de ce risque. C’est la raison pour laquelle nous avons envoyé des lettres-circulaires à nos services déconcentrés et nous avons demandé à la Cicam d’en faire de même afin que la distribution de ce pagne se fasse convenablement et à l’abri de toute spéculation. Notre souci étant de permettre aux jeunes d’avoir accès à ces pagnes. Toutefois, il convient de rappeler le caractère non obligatoire de ce pagne et la flexibilité dans son usage. Vous savez, les défilés ce sont les mouvements d’ensemble où on a souvent recours aux gadgets. Ce pagne peut servir également pour les mouvements d’ensemble. Cela dépend de l’inventivité de chaque encadreur.

Le port de la tenue scolaire a été institué pour éviter la discrimination. Le fait que certains jeunes vont arborer ce pagne et d’autres l’uniforme de leur établissement n’est-il pas en soi une forme de discrimination ?


Je dois vous dire que malheureusement, malgré l’innovation que nous avons apportée, à savoir déconcentrer les défilés dans les arrondissements des grandes métropoles, il y aura toujours des établissements qui ne vont pas pouvoir défiler. Et au sein d’un établissement, il y aura des jeunes qui ne pourront pas défiler. C’est dire à quel point il n’y a rien de discriminatoire, c’est simplement un problème de programmation. Avant l’instauration du pagne, même avec la tenue, on sélectionnait déjà les élèves pour le défilé. Cette sélection se fait sur la base de quoi ? Nos encadreurs sont là pour organiser les choses de façon harmonieuse. Nous voulons que les jeunes en défilant au son des chants patriotiques devant les autorités et autres personnalités, que cela concourt à leur éducation civique et à leur ouverture. Vous savez que notre système éducatif forme des citoyens ancrés dans leur culture mais ouvert au monde. Nous avons également souhaité que les élèves du secondaire qui sont de plus en plus jeunes, puissent défiler au son des chants patriotiques.

Outre le pagne, y a-t-il d’autres innovations pour la célébration de cette 50ème édition de la fête de la jeunesse ?


Nous avons tenu à inviter tous les délégués pour leur expliquer toutes les innovations de cette célébration. Parce qu’il ne s’agit pas seulement du pagne. Il y a par exemple celle qui concerne le monument du cinquantenaire de cette fête, et la déconcentration dans les grandes métropoles. Parce que nous pensons qu’il s’agit d’un évènement mémorable et qu’il faut faire participer un maximum de jeunes aux défilés. Il a en effet été prouvé que dans les grandes métropoles, il y a des jeunes qui partent du primaire jusqu’au supérieur sans jamais avoir défilé. Hors, le défilé est un acte de citoyenneté et un acte d’éducation civique. Surtout qu’il y aura cette année l’hymne de la jeunesse et des chants patriotiques et c’est une autre innovation. L’essentiel étant qu’à travers ces chants, la même génération ait un certain nombre de valeurs communes sur toute l’étendue du territoire national. Comme pour le pagne, ces chants patriotiques ont fait l’objet d’une sélection dans le cadre d’un concours. Autre innovation, une fresque historique. Parce que notre jeunesse ignore souvent l’histoire de cette fête et même celle du pays. Il y a donc une fresque qui va retracer toute l’histoire du Cameroun en rapport avec la fête de la jeunesse.

Des mauvaises langues disent que ce pagne serait en réalité un marché que le ministre va confier à un affidé…


Je dois dire que je suis surpris de cette réflexion d’autant qu’au début du processus, notre première réaction a été de saisir la Cicam afin qu’elle le produise et le commercialise. La Cicam nous a dit : d’accord, nous faisons le travail technique, mais nous avons besoin d’un régisseur. Donc à un moment donné, cette initiative de la jeunesse que nous voulions accompagner a été bloqué par un manque de financements, la Cicam ayant besoin d’un régisseur pour porter ce projet. Il a fallu qu’une institution financière de la place qui, dans le cadre des projets gouvernementaux, notamment le Pajer-U accompagnait déjà les jeunes, accepte de porter ce projet à travers un régisseur. Les négociations étaient conduites avec le président du Cnjc. Et c’est le bureau du Cnjc qui pilotait ce dossier jusqu’au moment du blocage.


C’est le Cnjc qui a conçu la maquette, l’a amené à la Cicam laquelle a exigé un régisseur. Les jeunes ont appris par la même occasion que le régisseur dans ce cadre voulait dire qu’il faut préfinancer le projet, qu’un contrat doit être signé et qu’il faut s’accorder sur la distribution, etc. C’est à ce moment que la situation a été portée à notre niveau. Et je vous dis, c’est par coïncidence parce que nous étions en train de faire un plaidoyer auprès des partenaires de la jeunesse pour renforcer le Fonds national d’insertion des jeunes (Fonij) que nous voulions opérationnaliser dès 2016. Donc nous voulions que les institutions financières apportent un peu plus de financements à cet organe- là qui fonctionne jusqu’à présent au sein du Pajer-U comme guichet. C’est un de ces partenaires qui était prêt à apporter son financement au guichet du Pajer-U qui a accepté de financer le régisseur, de signer un accord avec la Cicam pour garantir la production de ce pagne. Ce n’est donc pas un marché, encore moins celui du ministre comme certains peuvent le penser. Nous avons fait confiance aux jeunes et avons décidé de les accompagner en faisant un plaidoyer. Nous faisons également ce plaidoyer pour ce qui concerne le cinquantenaire de la fête de la jeunesse, afin que les entreprises citoyennes apportent leur contribution à diverses activités ou projets comme la construction des monuments dédiés à cette célébration.

Nous sommes exactement à un mois de la célébration de cette fête de la jeunesse. Est-ce que vous pouvez-nous rassurer que tout est bien articulé avec les autres départements ministériels impliqués en vue d’un bon déroulement de cet évènement ?


Pour l’organisation de la fête de la jeunesse, il est mis en place un Comité national qui comprend toutes les administrations partenaires, c’est-à-dire le Minatd, le Minedub, le Minesec, le Minesup, etc. Au moment où je vous parle, les répétitions des mouvements d’ensemble ont commencé à un échelon restreint pour encadreurs. Au niveau des régions, il y a des comités régionaux présidés par les gouverneurs et les réunions préparatoires sont en train de se tenir. Les délégués régionaux qui ont participé aux réunions nationales, ont fait les restitutions nécessaires à leurs collaborateurs départementaux. Tous vont participer aux réunions présidées par les autorités administratives au niveau régional, départemental et de l’arrondissement, pour cette fois, peaufiner l’organisation. Sur dix régions six ont déjà tenu lesdites réunions et les quatre autres le feront cette semaine.

On imagine que le contexte sécuritaire a été pris en compte dans cette organisation…


Absolument. Vous savez que la situation sécuritaire du pays préoccupe le gouvernement. D’ailleurs, le thème de la dernière conférence des gouverneurs y était relatif. Nous avons présenté un exposé au cours de cette conférence, ce qui témoigne de la synergie d’actions au sein du gouvernement. Localement, nos responsables tiennent compte de cet aspect essentiel. Pour le cas de l’Extrême-Nord auquel vous faites sans doute allusion, nous pensons que le gouverneur a pris, avec le concours des forces de défense et de sécurité, toutes les dispositions pour que la jeunesse soit bien encadrée et protégée. C’est notre préoccupation, et nous voulons qu’avant le lancement officiel, que quelque chose soit fait pour cette région. Et nous sommes à pied d’œuvre pour le réarmement moral de ces jeunes.

Vous êtes arrivez au Minjec en pleine crise au sein du Cnjc. Quelle est la situation à ce jour dans cette institution ?


La crise que nous avons trouvée était déjà en voie de résolution, puisque je dois le reconnaitre, mon prédécesseur avait déjà pris un certain nombre d’actes qui certes n’étaient pas acceptés, mais mon rôle a été de faire accepter cette démarche qui était celle de la conciliation et de garder le statut quo en annulant l’assemblée générale qui avait été organisée dans des formes irrégulières. Au terme des réunions que nous avons tenues, les parties ont signé un communiqué pour mettre un terme à la crise et se sont mis ensemble pour réfléchir sur les défis qui interpellent le Cnjc. La crise est née du fait que certains organes qui devaient être mis en place pour encadrer le Cnjc manquent encore à l’appel. C’est le cas notamment du secrétariat permanent qui devait être constitué des experts jeunesse qui devaient encadrer et conseiller ces jeunes. Ce secrétariat n’étant pas en place, les jeunes qui sont de formation et d’horizons divers ne se comprennent pas toujours, ou ne comprennent pas toujours  les règles. D’où les rumeurs ou les informations erronées distillées et qui laissent croire aux uns qu’ils sont trompés par les autres. Il y a donc une crise de confiance entre les membres d’un même bureau. L’un des défis c’est de mettre en place cet organe. Nous avons mis en place un comité ad hoc qui va s’y atteler et élaborer une feuille de route parce que nous sommes dans l’approche du budget-programme.
Le Cnjc bénéficiant des subventions de l’Etat, doit être imprégné de cette logique managériale et au respect des textes. La crise a montré que les textes actuels du Cnjc ont des limites. Parce que lorsqu’il y a en vide juridique, les gens peuvent l’exploiter car ce qui n’est pas dit, est permis dit-on souvent en droit. L’ambition est donc de combler ce vide aussi bien dans les statuts que dans le règlement intérieur, mais également de doter le Cnjc d’un manuel de procédures pour codifier tous les rapports et relations. Le comité ad hoc avait 45 jours et il a rendu sa copie mais nous l’avons remis au travail parce qu’il y a encore des chantiers. C’est le cas par exemple du manuel de procédures. Le bail de ce comité a été prorogé jusqu’au 15 janvier prochain pour évaluer les documents qui vont nous être présentés. Nous avons par ailleurs fixé à mi-mars la date limite pour l’organisation de l’assemblée générale du Cnjc.

Certains disent du Cnjc qu’il n’est pas l’émanation véritable de la jeunesse camerounaise et l’accuse d’être un instrument de propagande au service du régime…


Je ne pense pas. Parce que si l’on regarde l’histoire de la mise en place du Cnjc, le Cameroun est l’un des rares pays au monde à avoir un Conseil national de la jeunesse mixte. C’est-à-dire, qui sert d’interface entre le gouvernement, la société civile et qui est autonome. Parce que dans la plupart des pays ce Conseil est présidé par le ministre de la Jeunesse. Quelques rares Etats qui ont tenté l’expérience d’un organe indépendant, cela a débouché sur des dissensions plus graves que celles que l’on a pu voir au Cnjc. Donc imaginez ce qui se serait produit si on avait laissé simplement les jeunes s’organiser entre eux. C’est la raison pour laquelle au Cameroun on a adopté le système mixte où le Cnjc fédère les associations de jeunesse tout en bénéficiant de l’encadrement du gouvernement. Cette option a été choisie parce que notre jeunesse est très vulnérable. Une association pour fonctionner a besoin des cotisations de ses membres. Une fois que cette condition est absente cela pose problème. Le gouvernement a donc décidé d’apporter un appui tant financier que technique au Cnjc. Il faut dire que le Cnjc est jeune. Il a été mis en place en 2009. C’est seulement la deuxième mandature de son bureau exécutif. Les dissensions sont le reflet de cette jeunesse.

A quoi sert ce Cnjc ?


Le Cnjc est l’interlocuteur du gouvernement pour les questions en rapport avec la jeunesse. Avec le Cnjc, les partenaires au développement on également un interlocuteur. Avant le Cnjc, notre jeunesse était décrédibilisée. Pourquoi ? Parce que chaque jeune qui a créé une association pouvait demander l’appui de n’importe quelle organisation internationale. Et dès que l’appui était là, c’était devenu un créneau et vous comprenez l’esprit civique qui était en train de faire défaut au niveau des jeunes avec des maux comme la « feymania » notamment. On avait donc des situations où une association après avoir reçu des financements disparaissait et lorsque l’organisation venait sur le terrain voir comment les fonds octroyés ont été utilisés, elle ne trouvait personne. La conséquence directe de ce comportement était d’annihiler les chances d’autres associations de jeunes de bénéficier d’autres appuis des partenaires. Aujourd’hui le Cnjc est bien structuré avec des représentations aux échelons des régions, des départements, des arrondissements et des communes. Cela veut dire que toutes les associations doivent être inscrites sur le fichier. Et nous pouvons témoigner que cette organisation est effectivement légale et qu’elle existe. Cela rassure les partenaires au développement, crédibilise les organisations de la société civile qui sont fédérées par le Cnjc. Cette crédibilisation est également au plan national, puisqu’avant les jeunes écrivaient à n’importe quelle société en disant nous voulons faire telle activité alors qu’en réalité il s’agit d’un projet de monsieur et madame.

Que comptez-vous faire pour crédibiliser le Cnjc auprès des jeunes qui se plaignent de ne pas voir cette institution poser des actions concrètes en leur faveur ou d’en entendre parler uniquement dans un contexte de crise en son sein ?  


Nous devons accompagner le Cnjc qui est jeune et devons l’aider à rayonner. Parce que ces jeunes qui se plaignent de ne pas voir les actions concrètes du Cnjc sur le terrain se trompent. Ils pensent que cette institution a été créée pour venir donner de l’argent à chacun. Et c’est cela qui pose problème aujourd’hui y compris au niveau du bureau exécutif, où il y a une crise de confiance entre ses membres. Certains sont convaincus que le président est allé négocier un contrat et qu’il n’a pas déclaré le montant. Nous devons apprendre aux jeunes la vie associative, la dynamique du groupe. C’est notre mission au Minjec. Il faut savoir que la tutelle de ce Cnjc, c’est la direction de la vie associative et de la participation des jeunes. Nous avons envoyé des lettres circulaires aux 434 centres multifonctionnels de promotion des jeunes à travers le territoire national. Leur rôle c’est l’accompagnement de proximité des jeunes. Nous avons par ailleurs demandé que le Cnjc au niveau des arrondissements s’installe dans ces centres multifonctionnels. Toutes ces mesures visent à encadrer ce mouvement associatif et le rendre crédible vis-à-vis du gouvernement notamment. Parce que nous avons besoin d’interlocuteurs valables. Il faut que lorsque le Cnjc nous dit que les jeunes veulent telle chose, nous soyons sûrs que cela est véritablement l’émanation de la majorité de notre jeunesse. Au plan international, nous pouvons dire nous avons une jeunesse responsable, aidez-là à s’épanouir, à s’insérer dans la société.

La paix est-elle définitivement revenue au sein de l’Agence nationale du service civique?


Ce dont vous parlez relève peut-être d’un passé lointain. Je n’ai pas trouvé cet esprit. La dernière activité que vous avez dû suivre c’est la sortie des jeunes volontaires du service civique, promotion 2015. Cette activité s’est très bien déroulée et le compte rendu que j’ai eu de la formation des appelés pendant les vacances indique c’est une activité également réussie. C’était des éléments de notre feuille de route qui sont ainsi pleinement remplis. Il y a, à mon avis, un climat de sérénité. J’ai vu la feuille de route pour 2016 qui est vraiment en cohérence avec la vision du gouvernement et il n’y a pas de problème au sein de cette structure. Nous nous proposons de lancer ce qu’on a appelé l’intensification de l’éducation civique et de l’intégration nationale et de l’insertion des jeunes. Pour réussir ce challenge, avec les ressources qui sont rares, nous avons décidé de spécialiser nos programmes et de les mettre en cohérence. C’est la raison pour laquelle l’Agence va s’occuper d’un certain nombre d’aspects : entre autres l’éducation civique et le volontariat de mission que nous voulons opérationnaliser. Mais cela doit être conçu au niveau de notre direction compétente parce que c’est encore un projet. Nous allons redimensionner et spécialiser le Pajer-U dans la formation et l’accompagnement des jeunes. Le Fonds national d’insertion des jeunes qui était en son sein sera opérationnalisé comme c’était prévu. Parce que dans le programme, il était prévu son autonomisation, sa pérennisation pour financer les jeunes et les structures d’accompagnement des jeunes. C’est-à-dire le Pajer-U, les centres multifonctionnels, l’Agence nationale du service civique. Le revolving found qui était donc là va servir de base de lancement. Il ne revient pas par exemple au Pajer-U de financer entièrement un jeune qui s’installe dans l’agriculture. L’agriculture a des projets qui donnent des appuis aux jeunes et qui les forment techniquement. Le Pajer-U dans ce cas, au plan entrepreneurial, l’aide à monter son business plan et le projet le finance.

Où en est-on avec la campagne nationale d’éducation civique lancée en grande pompe ?
Comme vous le savez, le Premier ministre chef du gouvernement a lancé le 29 septembre 2015, la campagne nationale d’éducation civique et d’intégration nationale en tant que représentant du chef de l’Etat. Après le lancement national, il y a eu des lancements régionaux par les gouverneurs. Parce que je dois vous dire que pour cette campagne, il y a des comités au niveau des régions, des départements et des arrondissements qui sont présidés par les autorités administratives. Nous avons également des clubs d’éducation civique et d’intégration nationale qui sont présents dans les établissements scolaires notamment. Toute cette organisation s’est progressivement mise en place. Nous devions évaluer la mise en place de cette machine en fin d’année, et c’est ce que nous sommes en train de faire. C’était d’ailleurs l’objet de ma communication lors de la dernière conférence des gouverneurs. Nous voulons boucler cette évaluation au plus tard le 15 janvier prochain. Pour 2016, nous voulons intensifier cette campagne à travers les médias citoyens à qui nous demandons de réserver dans leurs colonnes ou leurs programmes un espace civisme. Et nous voulons même primer cet acte de civisme. C’est-à-dire que l’organe de presse ou la chaîne qui aura touché la cible soit primé. Nous avons lancé la même campagne sur les réseaux sociaux qu’affectionnent particulièrement les jeunes avec le concours du Cnjc. Parce que pour les jeunes, ce qu’on fait sans eux, est contre eux.

Vous avez été coordonateur national du Pajer-U et vous avez donné quelques indications montrant la mutation de ce programme. L’opinion publique a été informée de l’arrestation du coordonnateur de cette institution. Comment les choses sont-elles gérées aujourd’hui?
Ce n’est pas parce qu’il y a un membre d’une institution qui est en disgrâce que toute l’institution est en disgrâce, et a plus forte raison lorsqu’il s’agit d’une institution gouvernementale. Il se trouve que le coordonnateur du Pajer-U a des soucis avec la justice. J’ai appris son interpellation à mon retour de mission après mon installation comme Minjec. Pour la continuité de service après avoir constaté son indisponibilité, j’ai désigné un intérimaire afin de rassurer aussi l’opinion publique et partant les jeunes. Dans un deuxième temps, j’ai commis un audit sous l’égide de l’inspection générale de nos services. Cet audit est en cours, la procédure judiciaire également. Notre division des affaires juridiques représente le ministère dans cette affaire. Je ne puis en dire davantage. Ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a continuité du service public. Le nouveau coordonnateur par intérim a pris un certain nombre d’actes. Les jeunes qui étaient en cours de sélection sont en cours de financement. C’est plutôt les programmes d’avenir qui nous préoccupent. Parce que nous devons renforcer, redynamiser et spécialiser nos programmes d’encadrement des jeunes pour les rendre plus efficaces.

100 jours après votre prise de fonction comme Minjec, est-ce qu’on peut dire qu’il est facile ou difficile d’être ministre de la Jeunesse au Cameroun ?


Pour répondre à votre question, il aurait fallu que je fusse ministre de la Jeunesse dans un autre pays avant d’occuper cette fonction dans mon pays. En revanche, si vous me demandez comment je ressens cette responsabilité, je vous dirai tout d’abord que je témoigne une fois de plus ma gratitude au chef de l’Etat qui a bien voulu porter son choix sur ma modeste personne. Cette tâche que m’a confiée le président de la République est exaltante. Je reviens dans une maison que j’avais connue en tant que directeur à la promotion économique des jeunes et en tant que coordonateur national du Pajer-U. Je reviens donc dans cette maison à un échelon stratégique de décision, et les tâches qui étaient les miennes, qui n’étaient déjà pas faciles parce que l’insertion des jeunes est un grand enjeu au regard du sous-emploi, ajouté à cela la préoccupation d’éducation civique ; parce qu’une jeunesse mal préparée si vous lui donnez tous les moyens du monde, elle va échouer. C’est la raison pour laquelle nous devons l’accompagner. A côté de cela, il y a cette jeunesse que je ne dirai pas sceptique, mais mal informée.

Le vrai problème de la jeunesse aujourd’hui c’est cela parce que le gouvernement et ses partenaires au développement ont beaucoup d’opportunités que la jeunesse devrait saisir mais elle n’est pas au courant, parce qu’elle n’a pas cherché à être au courant. En outre, cette jeunesse est mal caractérisée, c’est-à-dire qu’elle n’est pas connue de tout le monde. Où sont-ils, ces jeunes ? Que veulent-ils ? Quelles compétences ont-ils ? C’est notre responsabilité de localiser ces jeunes, de les caractériser, de les promouvoir dans toute leur diversité. Nous devons faire en sorte que l’offre corresponde aux exigences de la demande. Et c’est le caractère transversal du ministère dont nous avons la charge. La tâche est d’autant plus exaltante que cette demande de la jeunesse est pressante et parfois aveugle puisque la jeunesse n’est souvent pas au courant de ce qui se fait pour elle. S’il y a quelque chose qui m’émeut, c’est de porter cette charge et surtout, de ne pas décevoir celui qui a porté son choix sur ma modeste personne. Nous travaillons donc nuits et jours, y compris les week-ends, pour que nos propositions puissent recueillir l’aval de la très haute hiérarchie afin que la jeunesse croit en un avenir meilleur et qu’elle contribue à l’émergence du Cameroun tel que voulu par le chef de l’Etat.

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