CAMEROUN - MOTO-TAXIS : PAUL BIYA EMBARRASSE TSIMI EVOUNA

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S'appuyant sur le discours du chef de l'Etat à la jeunesse, les conducteurs de «bendskin » défient la Communauté urbaine de Yaoundé et s'attaquent à ses agents.

Une horde furieuse de «moto-taximen » s'est jetée mardi dernier sur le portail de la fourrière municipale à Yaoundé. Ils étaient plus de 200, de source bien informée, déterminés à brûler la fourrière et à récupérer toutes les motos qui y sont gardées.

Ils ont forcé le portait de l'enceinte et un affrontement a eu lieu entre eux et les agents communaux, soutenus par les éléments de la brigade de police de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy). 

Hier, les conducteurs de mototaxis interpellés devaient être déférés à la prison centrale de Yaoundé, comme l'ont été, en fin de semaine dernière, six autres, qui avaient été interpellés vendredi le 1er mars. Ils étaient eux aussi mêlés à un mouvement d'humeur au niveau de la fourrière municipale. Ils s'en sont notamment pris aux agents communaux à qui ils réclamaient leurs engins, confisqués quelque temps plus tôt parce qu'ils circulaient dans les zones dont l'accès leur est interdit.

Centre ville interdit d'accès

La tension est donc considérablement montée entre les fameux « bendskinneurs », connus pour leur capacité de nuisance, et la Communauté urbaine de Yaoundé, dont le délégué du gouvernement, Gilbert Tsimi Evouna, est bien déterminé à faire respecter les délimitations des zones de circulation des mototaxis et à combattre le désordre urbain. Il l'a rappelé au cours d'une réunion, en fin de semaine dernière, avec les responsables du syndicat des conducteurs de mototaxis.

Les tentatives des conducteurs de moto-taxis d'envahir le centreville de Yaoundé ont toujours été enrayées par la Cuy. Et il y avait déjà comme un accord tacite entre les deux camps. Les conducteurs de mototaxis se gardant bien de s'aventurer dans le centre ville de Yaoundé. Et puis, il y a eu le discours du président Paul Biya à la jeunesse le 10 février dernier. Les moto-taximen de Yaoundé ont d'ailleurs organisé, vendredi dernier, une marche de remerciement au président de la République pour les mots qu'il a eus à leur endroit et qu'ils ont considérés comme une légitimation de leur activité.

Ils ont d'ailleurs été reçus à l'esplanade du palais de l'unité par Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général à la présidence de la République. Ce qui a eu pour effet de booster encore plus leur moral. Les conducteurs de moto-taxis de Yaoundé estiment désormais qu'ils ont le droit de circuler partout où ils veulent et n'hésitent pas à évoquer le discours du chef de l'Etat pour se justifier. « Ils ont dit que le président a demandé qu'on les laisse tranquilles », nous a affirmé un agent de la Communauté urbaine de Yaoundé. Dans son message à la jeunesse, le président de la République avait estimé que les conducteurs de moto-taxis cherchaient juste à gagner leur vie et qu'il fallait organiser cette profession, en proposant notamment des stages à leur intention.

Un feu difficile à éteindre

Pourquoi le chef de l'Etat a-t-il tenu ces propos ? Souhaitait-il s'attirer la sympathie de cet important « lobby » à la veille de consultations électorales importantes? Voulait-il véritablement contribuer à une organisation d'un secteur non maîtrisé ? Paul Biya a certes parlé de la « possibilité offerte d'atteindre rapidement et à moindre coût des destinations difficiles d'accès », mais les moto-taximen de Yaoundé ne s'en sont tenus qu'au fait qu'ils ont été reconnus. Quant à Gilbert Tsimi Evouna, il s'en tient au texte qui exclut le centre urbain de Yaoundé des zones de circulation des moto-taxis. Toujours estil que le discours de Paul Biya a allumé un feu dans la ville de Yaoundé, qu'il pourrait être bien difficile d'éteindre.

© Le Jour : Jules Romuald Nkonlak

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