Cameroun - Mohammed Iya : Un président perturbé

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Ses pairs du Comité d’urgence ont retourné leur veste et lorgnent désormais le fauteuil de celui qui avait pourtant reçu une motion de soutien de l’assemblée générale le 26 mars.

Invité à prononcer un discours hier, 9 avril 2013, à l’occasion de la cérémonie de remise des insignes de commandeur de l’ordre de la valeur à Issa Hayatou, le président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) a souffert le martyre devant le micro : la lecture de son speech était saccadée plus que de coutume, les mots avalés ou tordus et une prestation d’ensemble pathétique. Dans la nombreuse assistance, des personnalités étouffaient le rire, mais ses fans habituels du comité exécutif de la Fécafoot s’efforçaient de déclencher des applaudissements.

Comptant parmi les personnalités de la République les plus médiatisées, mais la cote de popularité de M. Iya Mohammed Shagari Salim a néanmoins pris un coup ces trois dernières semaines. Le président sortant de la Fécafoot a en plus perdu manifestement de sa superbe. Le 26 mars dernier, au cours, une correspondance du ministre des Sports et de l’Education physique (Minsep), Adoum Garoua, était parvenue en pleine session de la dernière assemblée générale de la Fécafoot, enjoignant Iya Mohammed et son équipe de surseoir momentanément au processus électoral en cours dans ladite fédération. Mais le message du Minsep est tombé dans les oreilles des sourds, et les élections poursuivirent leur bonhomme de chemin.

Cet acte qualifié de bras de fer entre le patron des Sports et le patron du football camerounais est suivi quelques jours seulement par la dénonciation de la gestion d’Iya Mohammed (62 ans) à la Société de développement du coton (Sodecoton) dont il est le manager général. Il lui est en effet reconnu 20 fautes de gestion par le Conseil de discipline budgétaire et comptable du Contrôle supérieur de l’Etat, le 29 mars dernier. Il est aussi déclaré débiteur de plus de 9 milliards de F Cfa et est frappé d’une amende de 2 millions F Cfa, mais surtout il écope d’une déchéance de sept ans, période pendant laquelle il ne saurait être responsable d’une quelconque administration ou de la gestion des services publics.

Et depuis lors, certains observateurs s’appuient sur cette décision pour faire le parallèle d’avec les élections à la Fécafoot. Les opposants au président sortant n’hésitent pas à brandir l’article 35 des statuts de la Fécafoot pour écarter toute possibilité de candidature de M. Iya aux élections de cette structure. Celui-ci dispose : «Tout candidat au poste de Président ou de membre du Comité Exécutif de la Fécafoot doit […] n’avoir pas été convaincu de malversations financières […]». Entre conflit ouvert contre la tutelle au sujet du processus électoral avec en toile de fond l’arbitrage de la Fifa qui récuse l’ingérence de l’Etat du Cameroun dans les affaires du football, la gestion douteuse de la Sodecoton, le climat délétère d’avec certains anciens Lions indomptables regroupés au sein du Comité citoyen de redressement du football camerounais (CCRFC), le président d’honneur du Coton sport de Garoua doit désormais composer avec le désaveu de certains de ses pairs d’hier, membres du Comité d’urgence de la Fécafoot. Il s’agit entre autres de John Begheni Ndeh, David Mayebi, Antoine Essomba Eyenga, Pierre Semengue, Alioum Aladji… qui, dans une correspondance adressée le 8 avril dernier au Secrétaire général de la Fifa, Jérôme Valcke, se désolidarisent de « toute démarche tendant à exacerber les tensions que connaît actuellement la famille du football camerounais…

Certains dirigeants de la Fédération sont même allés jusqu’à établir de faux procès-verbaux d’élections départementales, apparemment sous l’instigation de l’administration fédérale, créant ainsi une situation qui risquerait d’engendrer des incidents graves lors des élections régionales si ces procès-verbaux venaient à êtres validés ». L’étau semble donc se resserrer autour de celui qui est arrivé à la présidence de la Fécafoot en juin 1998 par un concours de circonstance : le président élu en décembre 1996, Vincent Onana, accusé de pression sur les billets de stade de la Coupe du monde et d’outrage à membre du gouvernement, avait été embastillé à la prison de Kondengui sur plainte du ministre des Sports de l’époque, Joseph Owona. Mohammed Iya, 1er vice-président, assura donc l’intérim jusqu’à la fin du mandat de M. Onnan en 2000, avant d’être élu puis réélu depuis lors, non sans affronter une kyrielle de crises avec ses ministres de tutelle (Bidoung Mkpatt, Philippe Mbarga Mboa, Augustin Edjoa notamment). Survivra-t-il à celle en cours avec son «frère» du grand Nord Adoum Garoua ?

© L'Actu : Yannick Kenné

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