Cameroun - Manifestations Hotel Meurice Paris: Qui sont les «agresseurs» de Paul Biya?

Enquête sur le Collectif des organisations démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise (Code), ses actions, ses hommes et ses visées.Paul biya5 512x281

Parlez en bien du Code à un thuriféraire du régime de Paul Biya. Si vous êtes à l'extérieur, vous essuierez au moins un regard menaçant. Et si vous le faites au Cameroun, vous serez au moins «suivi de près». En fait, le Collectif des organisations démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise (Code), composé des Camerounais de l'extérieur, a décidé de pourrir la vie à Paul Biya, le Chef de l'Etat, à chacun de ses multiples voyages en Occident. Leur dernier forfait remonte au 7 décembre 2013 à Paris en France. Ce jour-là, en plein hall d'un hôtel, Paul Biya est pris à partie par trois activistes, qui, à quelques mètres de lui, déploient pancartes et affiches face à un Paul Biya visiblement gêné, mais taciturne. Le Président de la République du Cameroun est ensuite hué. Il prend un ascenseur, deux des activistes sont arrêtés. L'affront est sans précédent. Paul Biya est littéralement agressé. Ces activistes réfutent le vocable «agression» et parlent plutôt d'«interpellation». En tout cas, l'erreur est vite attribuée à la France qui n'a pas pu s’occuper, avec efficacité de la sécurité de son hôte. Les pro-Biya traitent ces activistes de «drogués», etc.

Coup d'éclat

Au fait, comment ont-ils réussi à «agresser» Paul Biya, lui qui est presque toujours surprotégé? Junior Zogo, l'un des organisateurs de cet exploit, explique dans les colonnes du Jour: «Le coup d'éclat de l'hôtel Meurice était supervisé par le président du Conseil camerounais de la diaspora, Robert Wafo Wanto (...). Il était assisté et conseillé par moi, le commissaire Junior Zogo, du fait de mon expérience, et enfin de notre chargé des relations extérieures. Nous avons agi dans le cadre de deux plates-formes associatives de la diaspora camerounaise: le Conseil camerounais de la diaspora (Ccd) et le Code, deux associations bien connues et déclarées auprès des autorités administratives, de nos pays d'accueil respectifs. Nous sommes en pointe dans l'activisme pacifique, mais pas passif, pour l'émergence d'un Etat de droit au Cameroun et d'une véritable démocratie. Ces associations ne sont d'ailleurs pas b leur premier coup d'éclat «Des coups d'éclat», ou simples manifestations. Le Code en compte plusieurs.

En 2011, le Code a organisé des manifestations portant pour la plupart sur l'élection présidentielle jugée de «mascarade». En janvier de l'année dernière, le Code avait empêché Paul Biya de se reposer à l'hôtel Intercontinental à Genève en Suisse, où il a ses habitudes. Les manifestants lui ont exigé de rentrer toutes affaires cessantes au Cameroun, question d'arrêter la «dilapidation» des biens publics. Ses compatriotes mettront d'ailleurs les responsables de l'hôtel en garde pour «recel des biens publics». Même sa femme n'a pas échappé à leur colère. Chantal Biya était suivie et huée lors de ses séances de shopping. Août 2011. Deux mois avant le scrutin du 9 octobre, Paul Biya dépêche une délégation interministérielle en Occident, à l'effet de discuter avec la diaspora camerounaise. A Birmingham, les Camerounais d'Angleterre sont réunis au Quality Hôtel. La réunion commence. Quelques éléments du Code s'introduisent dans la salle. Emmanuel Kemta, l'un des activistes, par ailleurs responsable local de la cellule opérationnelle, menace: «Arrêtez-moi vos conneries-là ! Allez dire à Paul Biya que votre mission a échoué».

La réunion s'achève par une bagarre entre les militants du Code et ceux du Rdpc. 06 novembre 2010. Le Code organise une manifestation fort courue à Paris sous le thème: «28 ans, ça suffit. Ils écrivent d'ailleurs une «motion de désolidarisation » à l'endroit de Paul Biya. Morceaux choisis: Considérant que chaque année, vous passez en tout plus de 10 mois hors de votre bureau, en vous prélassant notamment à l'hôtel Intercontinental à Genève et dans votre ranch de Mvomeka'a, à vous reposer paresseusement et à jouer au «songo'o» en buvant du vin de palme; tenons à nous démarquer clairement et à nous désolidariser de façon radicale de tous ces "appels» et autres «motions de soutien» que vous suscitez malhonnêtement à coups de milliards, pour justifier votre entêtement suicidaire à vous maintenir au pouvoir contre la volonté de notre peuple ».

«Le Parlement»

Le Code ne se résume pas seulement aux manifestations. Il y a aussi du lobbying. En effet, le Code rencontre souvent des personnalités, question de les associer à leur lutte, ou au moins bénéficier de leur soutien. Ils étaient voir, par exemple, les responsables du Comité contre la torture des Nations unies. «L'entretien a eu lieu dans le bureau de M. Nataf, le secrétaire du Comité contre la torture, dont l'adjoint, M. Leoz, a salué notre démarche. Nous avons démontré la dégradation continue des droits humains au Cameroun, mais nous avons également constaté que le Cameroun n'a jamais commencé à mettre en œuvre ses propres engagements et les recommandations issues du rapport de 2010. Et j'ai interpellé le représentant des Nations unies à ce sujet, dénonçant la passivité de son institution face à ce constat qui n'est ignoré de personne», témoigne Moïse Essoh, le responsable du Code. Comment s'organisent ces manifestations, et qui sont les membres actifs de ce collectif? Le Code dispose d'une plate-forme de communication: Un blog plutôt bien tenu par le biais duquel, les membres, répartis travers l'Europe, sont informés des différentes manifestations.

Le blog contient des photos, des comptes rendus de manifestations, des interviews des activistes, des archives, etc. Si Célestin Djamen, aujourd'hui militant Sdf, était au début de ce mouvement, les membres actifs sont, en ce moment, connus. Il s'agit de: Moïse Essoh, Wanko, Tene Sop, Brice Nitcheu, Christophe Junior Zogo (ancien commissaire de police révoqué), Elong, Djoumi et aussi Robert Wafo Wanto (responsable du Ccd), etc. Mais qu'ont-ils en commun ? Ils sont tous en désaccord avec le régime de Yaoundé. Ils sont pour l'essentiel dans la quarantaine. Ils ont tous fait de longues études. Plusieurs d'entre eux disent, par exemple, être titulaires d'un Doctorat. Mais, en fouillant dans leur passé, on se rend bien compte qu'ils sont pour l'essentiel des anciens du « Parlement », du nom du regroupement d'étudiants de Yaoundé révoltés qui, dans les années 90, avaient affronté ouvertement le pouvoir de Yaoundé. «Ils sont d'anciens parlementaires.

En ces années de braise, les chancelleries étaient promptes à accorder des visas à ces étudiants. Et ils sont partis en nombre, nourrissant une haine viscérale contre un pouvoir qui leur était très hostile», témoigne Alicha, elle-même «parlementaire» vivant aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Junior Zogo corrobore: «Robert Wafo Wanto était le leader du Parlement estudiantin en 1990 lors des émeutes de Ngoa -Ekellé, plus connu sous le pseudonyme de général Collin Powell».

Financement

Et puis, comment se finance le Code? Sur leur blog, il existe une rubrique intitulée «faire un don au Code». Mais, selon nos informations, les membres du Code ont pour l'essentiel une bonne assise financière. « Ils ont tous gagné leur vie en Occident. Et ils financent leurs activités eux-mêmes», explique une source proche de ce mouvement. Junior Zogo n'en dit pas moins: «Je suis un homme comblé et ma famille est à l'abri du besoin pour le moment». En rappel, le Code est créé en août 2003 à Hambourg en Allemagne par «quelques jeunes progressistes camerounais et amis du Cameroun». Ils visent, selon ses fondateurs, à «contribuer à la lutte de notre peuple pour le renversement du régime antipopulaire au pouvoir et pour l'instauration d'un véritable changement démocratique au Cameroun». Mais pour mener ses activités, il travaille avec d'autres regroupements partageant les mêmes visées. Il en est ainsi du Ccd avec qui le Code organise ses manifestations. Les batailles de ces deux organisations seront déportées au Cameroun «bientôt», à en croire leurs responsables.

Les autres organisations de même nature et leurs responsables:

Conseil national pour la resistance - Mouvement Umnyobiste (Cnr - Mun) M. G. Tend SOP, Allemagne Cameroon Diaspora for Change (Camdiac) M. Jean-Bosco Tagne, Cercle Félix Moumié (Cfm), Patrice Ndjoumi, Belgique, Demokratisches Netzwerk für Kamerun (Dnk), Jean Robert Wanko, Allemagne, Front pour l'Evolution et la République (Fer) ; M. Guy Simon Ngakam, Belgique Front Panafricain (FP), M. Robert Waffo Wanto, France ; Conscience du Cameroun (Cdc), Corantin Talla, Usa

© Younoussa Ben Moussa | Le Jour

Commentaires (1)

1. hubert manga (site web) 28/03/2015

pour moi je dis c'est pas normal huer son propre chef d’état à l’étranger c'est pas normal rentrons chez nous asseyons nous autour d'une mémé table et trouvons les solutions pour un meilleur avenir je pense que le dialogue reste la meilleur solution comment voulons nous que les autres nous respecte si nous mémé
on ne se respecte pas.*

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