Cameroun - Liste et comptes des milliardaires camerounais : Amadou Ali bientôt traîné en justice

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L’ancien ministre de la Justice Garde des Sceaux, Amadou Ali, devrait répondre de la mise en circulation d’un document jugé confidentiel qui attribue à de hautes personnalités camerounaises, des comptes bancaires disséminés aussi bien au Cameroun, qu’à travers le monde et autres paradis fiscaux. La réaction des incriminés est imminente. Une affaire qui rappelle celle de Clearstream en France. Décryptage.

L’OEil du Sahel, hebdomadaire régional d’information du Nord Cameroun a encore défrayé la chronique dans sa publication N°518 du 12 février 2013. Un article sur l’opération Epervier démontrant comment le gouvernement a « fouillé » dans les comptes des dignitaires, suivi de toutes les personnalités concernées et leurs supposés comptes bancaires. Cette liste a d’ailleurs été reprise par de nombreux autres médias. En somme, c’est une liste de 44 personnalités qui a commencé à faire délier les langues des concernés, mais aussi de nombreux observateurs.

Parmi les concernés, on notera par exemple cette réplique musclée de Jean Baptiste Nguini Effa dans un démenti envoyé au journal de Guibaï Gatama. « En ce qui me concerne personnellement, je m’inscris totalement en faux comme étant le titulaire des comptes auprès des banques suivantes : Bred Caen Saint-Etienne S/C Guesne Claude marcel François Solde au 20 septembre 2009 : 556 750 000 FCfa – Banque Bpail Pornic Europ Solde au 31 décembre 2009 : 2 967 575 035 Fcfa », indique l’ancien Dg de la Scdp. Qui poursuit : outre le caractère exotique des noms de ces banques dont je n’ai jamais entendu parler, je ne connais pas de M. Guesne Claude Marcel François qui ne fait pas partie de mes connaissances au cas où il existerait réellement. » Jean Baptiste Nguini Effa reconnait juste un seul compte à Paris à la Bnp Paribas Boulevard Haussmann qui était un compte de transit pour ses frais de mission à l’étranger, un compte aujourd’hui clôturé débiteur.

Les 34 autres qu’on lui attribue sont « pure affabulation ». Dans le même ordre d’idées, Yves Michel Fotso dément formellement être détenteur du moindre compte inscrit sur cette liste. Quant à Haman Adama, elle ne reconnaît pas disposer de compte à l’extérieur. S’agissant de Patricia Enam Daisy, ex-employé à la Crtv, que votre journal a pu rentrer en contact, elle réfute purement et simplement être détentrice des comptes publiés par la presse locale. Aux dernières nouvelles d’ailleurs, elle serait sur le point de porter plainte à Paris contre l’ancien vice-Premier ministre chargé de la Justice Amadou Ali. Les motifs, estiment nos sources seraient la diffamation, la dénonciation calomnieuse et la fabrication de preuves.

Grand nord

Si celles des personnalités aujourd’hui résidant à l’extérieur et mises en cause dans cette liste qui ne se reconnaissent pas être détentrices de ces comptes à problèmes n’hésiteraient pas sur cette option de saisir les Tribunaux, celles qui résident au Cameroun ou encore celles qui sont déjà incarcérées dans le cadre de l’Opération Epervier ne voudraient pas se risquer d’attaquer Amadou Ali en justice. Non pas parce qu’elles n’ont pas d’arguments à faire valoir, mais parce qu’elles évitent les représailles d’un homme dont la longévité au gouvernement ainsi que les postes occupés en font une tour de contrôle de l’appareil administratif, politique et judiciaire camerounais.

Tout comme ses anciens collègues du gouvernement qui se trouvent aujourd’hui derrière les barreaux ne peuvent se risquer à attaquer ce redoutable adversaire qui a activement participé à défaire leur carrière. Cependant, quelque soit le bout par lequel on prend cette affaire, de nombreuses questions continuent à tarauder certains esprits avisés. Comment Amadou Ali a-til constitué sa liste des comptes à espionner ? Pourquoi, à l’exception de Mme Haman Adama, il n’y a que des personnalités autres que celles du Grand Nord ? Pour tenter de répondre à cette dernière question, certains observateurs estiment que la logique de l’ancien vice-Pm en charge de la Justice serait de décimer toutes les élites en vue du côté du « pays organisateur » (Centre, Sud, Est) et celles de la région de l’Ouest.

Les mêmes observateurs se demandent pourquoi ces enquêtes n’ont pas été diligentées contre les personnalités du Grand Nord dont la longévité aux affaires en fait des « Eperviables » en puissance. Le seul cas de Iya Mohammed, près de 3 décennies à la tête de la Sodecoton est suffisamment illustratif pour démontrer la complaisance de l’ancien Garde des Sceaux. Pour nos analystes, la stratégie mise en place par Amadou Ali ne viserait qu’à isoler le président Paul Biya en l’éloignant des personnalités loyales et des alliés politiques des autres régions du pays.

Dénonciation calomnieuse

D’autres analystes, scrutant les manoeuvres peu orthodoxes de l’ancien Garde des Sceaux, estiment que Amadaou Ali, conscient qu’il est le leader naturel d’une région présentée comme la plus peuplée du pays, miserait sur ce critère démographique pour faire chanter le régime en permanence. Alors question : est-ce qu’en démocratie le seul critère qu’il faille prendre en compte est celui de la démographie ? Si tel était le cas, que fera-t-on de la protection des minorités. En tout cas, avec ces manifestations des listes des milliardaires, certains observateurs se demandent comment le président de la République qui fait confiance à des collaborateurs, peut décider en toute objectivité et diriger notre pays avec efficacité, car les fausses prémices conduisent forcément aux conclusions erronées.

En définitive, en décidant de traîner Amadou Ali devant les Tribunaux, l’on s’achemine vers la jurisprudence française de l’affaire Clearstream dont les principaux protagonistes furent Nicolas Sarkozy et Dominique De Villepin. Pour mieux comprendre cette affaire, c’est en 2004 que le juge français Renaud Van Ruymbeke enquêtant sur l’affaire des frégates de Taïwan reçoit plusieurs lettres anonymes et Cd-Rom prétendant révéler l’existence d’un réseau international d’influence et de malversations, ainsi que celle de 895 comptes bancaires occultes qui, ouverts chez Clearstream, une société luxembourgeoise, par de nombreuses personnalités dont Nicolas Sarkozy auraient fait transiter l’argent des frégates. La liste des comptes occultes (16 121) envoyées par le corbeau auraient été trafiquée afin d’impliquer des personnalités étrangères. Le juge comprendra plus tard qu’il s’agit d’une manipulation, les noms des personnalités ayant été rajoutés aux listes, parfois grossièrement.

S’agissant du cas de Nicolas Sarkozy, accusé, sous les ordres de Dominique De Villepin alors ministre de l’Intérieur, de détenir des comptes en Italie à la Banca Popolare di Sondrio aux noms de Stéphane Bosca et Paul de Nagy, les recherches du juge s’aviseront infructueuses. Dominique De Villepin est mis en cause comme étant celui qui a donné des instructions pour « balancer » Sarkozy. Le 27 juillet 2007, Dominique De Villepin est mis en examen pour complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d’abus de confiance et complicité d’usage de faux. Alors question.

Cette jurisprudence ne pourrait-elle pas faire tâche d’huile dans le cadre de cette affaire des supposées comptes des personnalités et des procès contre Amadou Ali à venir ? Ce serait sans doute le salaire d’un collaborateur zélé du chef de l’Etat qui use de toutes sortes d’artifices pour régler des comptes politiques. Car il ne faut pas l’oublier, le grand enjeu aujourd’hui c’est le Sénat, la Primature et le Conseil constitutionnel et il serait question qu’un ressortissant de Grand Nord se place en pôle position dans la succession à la tête de l’Etat.

© La Nouvelle : Boris Armelle Mbock

Commentaires (1)

1. Angelo Djengue 19/10/2015

quel dureté de coeur ,avec toute la misère qui tue les camerounais au pays ,savent-ils ne baignent que dans du sang humain ? ,je propose deux sanctions pour eux: la récuperation de tous les fonds et les fusillés
.

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