CAMEROUN - LIBERATION D’OTAGES FRANÇAIS : Qui a versé la rançon ! Paris ou Yaoundé

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Depuis vendredi dernier, Moulin-Fournier et sa famille respirent à pleins poumons l’air de la liberté en France, auprès des leurs.

19 février-19 avril : ces sept Français, pris dans un traquenard de Boko Haram, ont dû passer deux mois dans le couloir de la mort, avant de recouvrer leur totale liberté. Moulin-Fournier et ses compagnons devaient être les hommes les plus heureux au monde, car rien ne semblait garantir leur survie à la vengeance de Boko Haram dont le fondement idéologique demeure la haine contre l’Occident. Fort heureusement, ils ont la vie sauve. Le feuilleton de cet enlèvement connaît un « happy-end » salutaire à plus d’un titre, à comparer avec d’autres cas de prise d’otages, notamment par AQMI au Sahel malien et les Shebabs somaliens. Au fait, le schéma auquel les djihadistes nous ont habitués en cas de prise d’otages reste le long chantage pour se faire de la pub et les exécutions sommaires en cas d’échec des tractations.

Mais très rarement, ils lâchent vite des proies aussi précieuses que Moulin-Fournier et ses compagnons. En tout cas, beaucoup d’otages ont connu le triste sort de la mort et bien d’autres croupissent encore dans les geôles des fondamentalistes. Pour des raisons politico-diplomatiques, Paris, Yaoundé et Abuja se taisent et maintiennent un flou artistique sur certaines questions, notamment celle de savoir s’il y a eu oui ou non un versement de rançon. La seule certitude qui se dégage et sur laquelle des sources concordent est l’échange des prisonniers, matérialisé par la libération, en contrepartie, des prisonniers de Boko Haram.

Il n’empêche, on sait qu’il n’y a pas de fumée sans feu et que bien des choses se sont passées dans le tréfonds des tractations. En tout cas, il est difficile de croire que Boko Haram s’est contenté de la maigre libération de ses prisonniers pour lâcher des proies d’une aussi grande préciosité comme des otages français, lui qui se savait victorieux et détenait une force de frappe redoutable. On est loin de prétendre connaître, de fond en comble, les manœuvres insondables qui ont abouti à cette libération. Mais, il est fort à parier que les parties prenantes de la négociation ont dû payer lourd, rubis sur l’ongle, une rançon pour obtenir, vite, des résultats concluants.

A commencer par Yaoundé qui, comme on l’a vu, s’est mise au premier plan pour sortir la famille française des griffes des terrorites. L’implication de Paul Biya dans cette affaire aux allures politico-diplomatiques se comprend d’autant mieux que sa responsabilité morale et politique était engagée.

Le rapt des otages s’est produit sur une partie de son territoire transformée, depuis la nuit des temps, en un no man’s land où les narcotrafiquants, les bandits de grands chemins et les terroristes de tous acabits font leur loi. A la vérité, Biya s’est engagé pour redorer le blason de son pays, pour se refaire une santé politique et pour surtout contenter Paris.

Bref, s’il faut se féliciter de la libération de ces otages, il reste cependant une grosse inquiétude. L’échange des prisonniers, qui est un fait avéré, constitue en lui-même un danger. Boko Haram vient de marquer un gros point en faisant céder les Etats à ses desiderata. Ce n’est déjà pas mal pour des terroristes qui cherchent leurs marques. Mais, en plus de ce gain publicitaire, il y a aussi que les prisonniers libérés iront grossir et renforcer les rangs d’un groupe terroriste qui gagne déjà du terrain. La situation sera beaucoup plus complexe si l’on reste dans l’hypothèse qu’une rançon a été versée à ces redoutables fous de Dieu

En effet, avec la guerre au Mali, l’économie du terrorisme sous-régional s’est effritée et a besoin de renfort. Et quand on sait que la liaison AQMI-Boko Haram est établie depuis des lustres, il y a de quoi penser qu’une quelconque rançon ira nourrir et entretenir les terroristes maliens qu’on tente d’étouffer mais qui, jusqu’ici, n’ont pas dit leur dernier mot. Comment libérer les otages sans céder aux desiderata des terroristes : l’équation reste entière.

© Source : Le Pays

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