Cameroun : Les uniformes des forces de l'ordre dans la rue

Les civils se procurent ces tenues dans les marchés comme des vêtements ordinaires.

militaires070709275.jpg

C’est le délégué départemental de la communication du mbam et Kim à ntui, région du Centre qui révèle les faits, le lundi 27 mai 2013 à la Cameroon Radio and Television (Crtv). «Salihou Djoulde, 31 ans, et Salifou Tangui, 27 ans, deux présumés coupeurs de route, ont été interpellés par la brigade territoriale de Ngambé Tikar», raconte Paul alain abena. il ajoute que les deux bandits transportaient dans leurs valises une kalachnikov, une mitrailleuse, 77 balles, deux tenues militaires entre autres. Selon nos sources, les deux malfrats ont immédiatement été transférés au Tribunal militaire à Yaoundé.

Il y a deux semaines, la brigade de gendarmerie de Bafia dans le mbam et inoubou, a mis la main sur un jeune qui se faisait passer pour un élément de la base militaire de Limbé dans le sud-Ouest. Celui-ci arborait un treillis. Le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, dans son édition d’hier, relayait le cas d’une jeune dame, appréhendée samedi au carrefour Boumnyebel, alors qu’elle arborait la tenue de la garde présidentielle, et se présentait dans un car de voyage en commun comme appartenant à ce corps chargé de la sécurité du président de la République. Ces exemples, parmi tant d’autres, qui passent parfois inaperçus, montrent à suffisance le danger qui guette les Camerounais au quotidien d’autant plus que la plupart de ces usurpateurs sont auteurs de forfaits auprès des paisibles citoyens.

Ce qui peut davantage troubler leur quiétude si des dispositions ne sont pas prises pour y remédier. mais comment se peut-il que des hommes n’ayant rien à voir avec l’armée aient aisément accès aux treillis, aux tenues claires et les arborent sans se soucier des conséquences? Le faux militaire interpellé par la brigade de gendarmerie de Bafia a confié que la tenue (treillis) qu’il arborait habituellement pour ses forfaits lui avait été offerte par son ami en service à l’armée de terre. La présence récurrente des tenues de nos forces de défense et de sécurité dans les rues n’est pas un sujet banal pour la hiérarchie militaire. au ministère de la Défense, le sujet est pris au sérieux et traité avec beaucoup de discrétion. selon une source là-bas, ce type d’information relève du «secret défense». Toutefois, le port de la tenue militaire par des usurpateurs est la conséquence de la libéralisation. «Les treillis sont déballés comme d’autres vêtements à la friperie.

Au marché de Mokolo, par exemple, n’importe quel individu peut acheter autant d’uniformes qu’il veut sans en être inquiété», lâche notre source. Une révélation assez grave, aux dires de certaines personnes approchées, qui convoquent le texte du chef de l’etat signé le 22 novembre 1982, et qui précise que toute tenue militaire ou tout ce qui lui est semblable est interdite au civil. Au marché de mokolo, les uniformes sont effectivement vendus sous le manteau. selon un vendeur, «il y a des tenues françaises, américaines et de bien d’autres pays». Le jeune commerçant en question vend les vêtements de seconde main et c’est dans les ballots qu’il retrouve des uniformes de toutes sortes.

Ces tenues militaires sont vendues à 9.000Fcfa ou 15.000Fcfa, en fonction de l’état du vêtement et du niveau du client. Ce commerçant qui souffle que certains soldats l’approvisionneraient, jure ne vendre les uniformes qu’aux hommes en tenues, mais sur la base de leur simple déclaration. Plusieurs militaires disent se ravitailler par cette voie. Un questionnement persiste tout de même dans l’opinion sur ce que sont devenues les campagnes d’interpellation des individus portant illégalement les tenues militaires, lancées il y’a quelques années par le ministère de la Défense (mindef). Cette campagne visait les vendeurs nonagréés. au mindef, nos sources se sont déclarées incompétentes pour y donner une information sur cette campagne, tout comme elles n’ont pas pu dire l’origine des armes retrouvées entre les mains des malfrats.

© Mutations : Adrienne Engono Moussang

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 11/06/2013