Cameroun - Leadership politique : Le chemin de croix de Victor Fotso

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L’homme d’affaires a pris des initiatives, récusées par le chef de l’Etat, dont il s’est toujours prévalu de la confiance.

Il n’est pas de nature à se dédire. Surtout lorsqu’il a l’habitude d’entonner le chant de ralliement de la communauté Bandjoun dont il est originaire. Victor Fotso est d’ailleurs de ceux qui crient au sacrilège, quand on change de discours du jour au lendemain. Malheureusement, l’homme d’affaires bien connu du public camerounais, vient de faire les frais du jeu politique. Sans doute parce qu’il n’en a pas fait son dada quotidien pour cerner les contours de ce qu’on appelle «consigne», en politique, à la veille d’une consultation électorale.

En prélude aux dernières sénatoriales, Victor Fotso croit si bien faire, en conviant ses pairs, maires issus du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) à l’Ouest, à voter blanc. En clair, après la disqualification de la liste du Rdpc à l’Ouest, il leur demande, au cours d’une rencontre tenue le 3 avril 2013 à sa résidence à Bandjoun, de ne choisir aucun des deux partis en lice, à savoir l’Union démocratique du Cameroun (Udc) et le Social Democratic Front (Sdf).

Le mot d’ordre vient de Bandjoun, du patriarche, comme on aime à l’appeler dans la zone. «Père Fotso» a parlé. Et quand on imagine sa proximité avec le président de la République, Paul Biya [qu’on dit être son ami], personne n’a le courage dire le contraire. Au risque d’être traité de rebelle. La même consigne est donnée, trois jours plus tard, au même endroit, en présence de quelques membres du gouvernement et autres dignitaires du parti au pouvoir à l’Ouest. Sans le moindre remous. Reste que, sous cape, tout le monde n’y adhère pas. Les plus aguerris n’ignorent pas qu’en votant blanc, le Rdpc offre un boulevard à l’Udc.

Une catastrophe pour le sultan des Bamoun, Ibrahim Mbombo Njoya. Quelques jours plus tôt, Adamou Ndam Njoya a eu un entretien avec Victor Fotso à ce sujet. Choisir de voter blanc n’est peut-être pas innocent. Il faut éviter des éclats de voix dans les rangs du Rdpc à l’Ouest. Ce qui oblige le Comité central (Cc) du parti du ‘‘flambeau’’ à dépêcher des émissaires à Bafoussam, le 8 avril 2013.

Impair

La mission spéciale, conduite par le secrétaire général adjoint du Cc, Grégoire Owona, rappelle qu’aucune consigne n’a encore été donnée depuis le haut. Les acteurs se regardent sans se dire un seul mot. La méfiance s’installe. Mais, Victor Fotso croit tenir le bon bout. Il essaye de clarifier sa position lors de cette grand-messe, organisée à la Maison du parti Rdpc à Bafoussam : «Je veux juste donner des conseils, encore une fois, à tous les maires Rdpc de l’Ouest. Il nous revient de prouver que nous sommes du Rdpc.

Après cette rencontre, chaque maire Rdpc doit convoquer ses conseillers municipaux pour leur parler de l’échéance du 14 avril prochain. Il faut prouver que vous êtes Rdpc», martèle le maire de Pété-Bandjoun. Non sans ajouter : «Vous n’avez pas de candidat, mais vous pouvez avoir quelque chose après cette échéance. Il y a encore trois places à conquérir et il faut prouver votre militantisme au président national du Rdpc. Sauf erreur de ma part, ça veut dire qu’il faut prouver que vous n’êtes pas des conseillers municipaux mendiants. Vous savez ce que vous allez faire».

Finalement, le 10 avril dernier, Paul Biya, par la voix du secrétaire général du Cc, Jean Nkueté, met fin au débat, en appelant ses camarades de parti, conseillers municipaux, à voter le Sdf. Victor Fotso se sent d’autant plus diminué, qu’on a choisi l’hôtel de ville à Bandjoun, ville d’où sont parties les premières consignes, pour taire les supputations. A 87 ans, l’industriel Victor Fotso a-t-il commis un impair en prenant une décision précipitée, sans l’avis du Prince ? Rien n’est moins sûr. Toujours est-il qu’il n’en revient presque pas. Une seconde déculottée en l’espace de quelques jours.

Entreprises

Puisque, dans la mouvance de la constitution des listes au Rdpc pour les sénatoriales, Victor Fotso, en a proposé. Laquelle liste, au finish, s’est noyée dans le principe de panachage, adopté par le bureau politique du Rdpc. A croire qu’il a essuyé un revers de plus, pour ce proche de Paul Biya qui n’a pas encore fini de digérer l’incarcération et la condamnation de son fils et héritier présomptif, Yves Michel Fotso, dans l’affaire BB-JII. Il s’y attendait le moins. Dans l’opinion locale, certains n’hésitent pas à soutenir, mordicus, que son engagement politique va prendre un coup.

Une défection pour quelqu’un qui se dit fidèle en amitié. Et qui, dans son Koung-Khi natal, a quelquefois fois été incompris de ses ‘‘convillageois’’. A titre d’exemple, en 1997, Victor Fotso négocie et obtient l’investiture de l’une de ses filles, Me Florence Fotso, avocate au Barreau du Cameroun, aux législatives au sein du Rdpc dans le Koung-Khi. Cette dernière est battue à l’élection, remportée par le Sdf. Au village, l’action du père Fotso est critiquée. Très critiquée. Une frange de la population estime qu’il fait montre d’un égoïsme. Qu’il veut faire la promotion des ses enfants. Au point où, quand Me Fotso décède quelques mois après, des suites de maladie, les détracteurs du richissime homme d’affaires, n’excluent pas une malédiction communautaire. Ce qui en rajoute aux observations faites en 1996, lorsque M. Fotso devient maire, brisant ainsi une pratique qui voudrait que ce poste revienne au chef supérieur Bandjoun. S.M Joseph Ngnié Kamga régnait à l’époque. Les derniers événements qui s’abattent sur Victor Fotso, suscitent des commentaires.

Paul Biya, pense-t-on à Bandjoun, a mis son ami en difficulté. Notamment en politique, où il aura de moins en moins à se faire écouter. Alors que M. Fotso, se bombait déjà le torse d’empoigner le leadership politique à l’Ouest. Une politique différente des affaires où il émerge depuis une soixantaine d’années, faisant de lui le promoteur de nombreuses entreprises : Safca, Pilcam, Ibis Douala, Unalor, Fabasem, Femenvam, Sopral. Ou encore Cbc-Bank, premier établissement indépendant mis sur pied avec l’appui technique du Crédit commercial de France. En attendant une éventuelle nomination au Sénat, s’il avait encore à écrire, l’auteur de ‘‘Le chemin de Hiala’’, ouvrage qu’il a commis en 1994 pour retracer son itinéraire [commerçant devenu industriel], ferait son introspection d’homme politique. Depuis son entrée au Rdpc en 1985, en passant par sa désignation comme membre du Cc en 1990, jusqu’à nos jours.

© Mutations : Michel Ferdinand

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