Cameroun : Le Tribunal Criminel Special exige l'audition d'Amadou Ali

Sur la foi du procès verbal d'audition de Dooh Collins la Pj, le rapport du Procureur général adressé à la Chancellerie serait sans appel.

amadou-ali-008-ns-520.jpg

Les numéros de comptes domiciliés à l'étranger et attribués à la plupart des «éperviables» seraient tout faux. L'ex-Garde des Sceaux pourrait même rendre gorge. Seulement, qui va réparer le tort qu'il a causé à tant de personnes? Au cours de son audition, le 8 mai dernier à la Police judicaire, Francis Théodore Dooh Collins Ebosse a édifié les fins limiers de la Police judicaire (Pj) au sujet des faux comptes bancaires attribués à certaines personnalités. Dans sa déposition, l'expert financier aurait soutenu n'avoir jamais donné personnellement des comptes d'une personne sous enquête. Il aurait laissé entendre que «toutes les cellules de renseignement financiers étrangers que nous avons saisies nous ont demandé d'étayer des déclarations de soupçons, c'est encore Amadou Ali qui a donné les éléments que j'ai envoyés à tous les pays».

L'agent de l'ancien Ministre de la Justice ne s’est pas fait prier pour livrer pratiquement son mentor, seul responsable susceptible d'édifier la justice. Aux enquêteurs, Francis Théodore Dooh Collins Ebosse alias Dooh Collins dira avoir travaillé sous la responsabilité d'une cellule des renseignements financiers au Ministère de la Justice. Vérification faite au niveau des services spéciaux, cette prétendue cellule (?) n'aura travaillé que sur les éléments biaisés au départ. D'où les appréhensions du Procureur général près le Tribunal criminel spécial (Tcs) dans son rapport qu'il aurait adressé à l'attention du Ministre d'Etat, Ministre de la Justice.

Et dans ses conclusions qui, dit-on, fourmillent de détails croustillants, le rapport d'Emile Zéphirin Nsoga, visiblement daté de mi-mai dernier, à Laurent Esso, serait sans appel: après vérification, il s'est avéré que certains comptes ont été attribués à tort à plusieurs personnalités telles que Emmanuel Ondo Ndong, Dieudonné Nguema, et autres Gilles Roger Belinga, du moment où les fiches déposées par Dooh Collins au Ministère de la Justice courant 2010 se sont avérées fausses. Tout ce qui constitue, préciserait le même rapport, des infractions de déclarations mensongères, diffamation et dénonciation calomnieuse à l'encontre de l'homme de main du fils de Kolofata. Interprétation: à la suite des déclarations de l'expert financier camerounais à la Pj, le Tcs exigerait sans plus ni moins qu'Amadou Ali soit à son tour auditionné, pour la manifestation de la vérité sur cette affaire qui a quand même pompé plus de 800 millions de FCFA.

En plus de ces fonds, ce qui fait problème, c'est la vie brisée de ces grosses légumes de la République. «En parcourant cette liste, il n'est pas démontré que tous ceux qui y figurent ont forcément des comptes réels et /ou suffisamment fournis dans les paradis fiscaux. Pire, le complot de l'ancien Ministre de la Justice apparaît au grand jour, si l'on se réfère-au câble diplomatique américain présentant Amadou Ali comme un prétendant sérieux à la succession de Biya», commente un politologue.

Règlements de comptes

De toutes les façons, pense un Avocat au barreau du Cameroun, malgré les assurances de Dooh Collins, l'Etat aura été dupé dans cette affaire, et c'est l'opération Epervier qui a ainsi pris un sérieux coup. «Le sentiment partagé depuis le déclenchement de cette affaire est que l'opération Epervier est discréditée. Comment dans ce contexte, ne va-t-on pas conclure qu'Amadou Ali a transformé cette opération d'assainissement pourtant chère au Chef de l'Etat, en une arme de liquidation politique et de règlement de comptes? Personne ne pourrait, dès lors, en douter. On comprend à la fin que le pilotage de l'opération Epervier par Amadou Ali aura été marqué par un mélange de superficialités, de mystification et de rampante conjuration à nulle autre pareil», renchérit un Magistrat, visiblement agacé.

Il est clair, selon ce Magistrat approché par La Météo, que la dérive criminelle de l'opération Epervier pourra poser un souci au Chef de l'Etat qui, gêné de le constater, a changé le portefeuille de l'ancien Mindef, lui confiant un département ministériel moins visible et moins stratégique. «Ne soyons pas étonné de la suite de l'affaire Paul Biya qui ne cède pas à l'hystérie, aux pressions, et aux passions, prend certainement son temps et laisse à la justice le soin d'établir les responsabilités. Si les arrestations opérées ces dernières années tiennent leurs racines de ces listes et de la haine, c'est un grand tort qu'on aura causé à tous ces dinosaures qui ont ainsi été jetés en pâture sans véritables preuves», regrette-il. Du coup, dans les chaumières, on en vient à se demander comment réparer tous ces torts, maintenant qu'il est démontré qu'Amadou Ali n'a roulé que pour lui, et non pour l'intérêt général, encore moins pour Paul Biya qui est le chantre de la lutte contre la corruption et autres détournement de deniers publics?

«Etant donné qu'il n'a jamais été prouvé que des personnalités telles que Urbain Olanguena Awono, Haman Adama, Éphraïm lnoni, Marafa Hamidou, Jean Baptiste Nguini Effa et consorts ont planqué leurs argents dans des paradis fiscaux, comment va-t-on les consoler, dès lors que leurs noms ont été tramé dans la boue? On n'arrivera jamais à comprendre pourquoi Amadou Ali a injecté tous ces noms des personnalités dont certains sont décédées en prison, en pâture, sans aucune preuve. Toujours est-il que, le masque d'Amadou Ali étant tombé, toutes ces personnalités livrées à la vindicte ne vont manquer d'exiger réparation, surtout semble davantage avéré que les investigations n'ont encore pour l'heure, trouvé rien de concret dans leurs prétendus comptes.

© La Météo : Mamouda Labaran

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau