Cameroun : le FMI recommande un allègement des procédures d'incitation à l'investissement privé

 Arrivée à Yaoundé en fin de matinée pour sa première visite étalée sur trois jours au Cameroun, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a recommandé lors d'une réception offerte en son honneur par le président Paul Biya au palais présidentiel jeudi soir, un allègement des procédures d'incitation à l'investissement privé.

"Ce que je souhaite indiquer, c'est non pas l'introduction de nouvelles incitations financières, de régime dérogatoire ou de forums d'investissement financés à grands efforts publicitaires", a-t-elle déclaré dans son allocution, estimant que les multiples mesures prises par les autorités camerounaises pour promouvoir l'investissement privé apportent peu de résultats tangibles.

Parmi ces mesures figure le Cameroon Investment Forum, tenu à l'initiative de l'Agence de promotion des investissements (API) en novembre à Douala, la métropole économique du pays, en présence du Premier ministre Philemon Yang et des milieux d'affaires camerounais, qui ne cessent d'interpeller les pouvoirs publics sur les entraves entretenues par ceux-ci mêmes à l'égard de l'activité économique.

Depuis des années, le président camerounais a multiplié les déclarations pour condamner l'inertie de son administration publique, mais les lignes ne bougent pas toujours pour faire évoluer les choses dans le sens souhaité.

Résultat : le Cameroun n'arrête pas de perdre du terrain au classement Doing Business établi chaque année par la Banque mondiale où, sur 189 économies évaluées, il occupait le 172e rang en 2015, après avoir chuté de quatre places.

Pour permettre de booster l'économie camerounaise, la directrice général du FMI préconise "un changement de philosophie, d'attitude, d'approche consistant à accueillir l'investisseur, qu'il soit domestique ou qu'il soit étranger, pas par la multiplication de guichets uniques, mais par une simplification délibérée qui corresponde véritablement à ce que souhaitent les investisseurs".

ECONOMIE DIVERSIFIEE

"Le contexte économique régional est morose. Cependant, le Cameroun, comparé à certains de ses voisins, n'est ni sans atouts, ni sans options. Il jouit, contrairement à d'autres, d'une économie diversifiée au sein d'une région richement dotée en ressources, constituée par les pays membres de la CEMAC", a fait remarquer l'ex-ministre française de l'Economie et des Finances.

"Au cours des cinq dernières années, le Cameroun, malgré un contexte difficile, a pu maintenir un niveau de croissance relativement appréciable. Nous le devons à une économie de plus en plus diversifiée", s'est félicité le président Paul Biya.

"Il nous faut maintenant la consolider, a-t-il ajouté, pour atteindre des taux de croissance plus importants. Notre objectif in fine est d'obtenir une croissance forte, durable et inclusive, produisant l'impact souhaité sur la qualité de la vie, jusqu'à l'atteinte de l'émergence à l'horizon 2035."

L'exécutif camerounais, a encore indiqué son chef, travaille en outre pour "rendre (son) endettement toujours plus viable, plus productif et plus soutenable", un endettement établi pour le moment à environ 22% du produit intérieur brut (PIB), un niveau assez bas par rapport à la moyenne régionale fixée à 70%.

Le pays fait effectivement partie de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) composée en outre du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine (RCA) et du Tchad. Alors que le taux de croissance régional est estimé à 2,4% en 2015, lui s'en tire mieux avec une performance d'environ 6%, selon les estimations officielles.

Excepté la RCA, qui tente d'ailleurs de sortir de trois ans de violences ayant entraîné un effondrement de l'économie, ces pays ont la particularité d'être producteurs de pétrole et à cause de la chute brutale des prix de cette ressource et donc des recettes pétrolières, leur espace budgétaire a été considérablement réduit, déplore Christine Lagarde.

"Autrement dit, la marge de manœuvre financière dont disposaient les pays a considérablement réduit. Un peu moins sans doute pour le Cameroun, qui a été béni peut-être par les cieux d'avoir un peu moins de pétrole que les autres et grâce à cela d'avoir diversifié son économie, d'avoir diversifié ses exportations", constate-t-elle cependant.

Le Cameroun est en effet connu pour être un producteur modeste d'or noir, qui représente 20% de ses recettes fiscales et 45% de ses exportations, d'après les statistiques.

Son économie aurait encore pu mieux se porter si la libre circulation des personnes et des biens était garantie avec les autres pays de la CEMAC, dont surtout le Gabon et la Guinée équatoriale qui, sous le prétexte de vouloir prévenir une immigration massive en provenance de leurs voisins, rechignent à ouvrir leurs frontières, foulant au pied une série de décisions communes des dirigeants de cette région.

La patronne du FMI insiste pourtant que l'intégration régionale "a besoin d'un nouvel essor pour harmoniser les réglementations techniques et économiques ainsi que la fiscalité, pour alléger les procédures douanières, pour faciliter le transport, pour promouvoir la libre circulation des biens et des services".

PROJETS STRUCTURANTS

"Sans cette dimension régionale, a-t-il expliqué, les investisseurs étrangers privés dont les projets nécessitent l'accès à un grand marché régional tarderont à venir. Le Cameroun doit jouer un rôle leader à cet égard. Il le peut."

Elle en a aussi appelé à une sélection judicieuse des projets structurants "en fonction de la valeur ajoutée qu'ils apportent", notant qu'il vaut mieux en poursuivre quelques-uns jusqu'à leur terme plutôt que de trop nombreux, sans qu'ils soient terminés et sans qu'ils apportent véritablement la valeur ajoutée nécessaire au développement de l'économie camerounaise.

"Je pense notamment au port en eau profonde de Kribi et au barrage de Lom Pangar. Il y a des routes, il y a des aéroports, il y a d'autres projets. Mais ces deux là sont des projets emblématiques", a-t-elle précisé.

Face aux autorités de Yaoundé, Christine Lagarde réaffirme "le soutien que le FMI continue d'apporter au Cameroun pour une croissance économique plus forte, plus inclusive et plus durable, créatrice d'emplois aussi notamment pour surmonter la pauvreté qui persiste, particulièrement en milieu rural et particulièrement chez les femmes".

Avant de s'entretenir avec les dirigeants des institutions régionales et des ministres des Finances de la CEMAC, Mme Lagarde préside vendredi matin à Yaoundé une table ronde sur le thème "la persistance des la chute des prix des produits pétroliers et les grands écarts infrastructurels".

Par Raphaël MVOGO

Xinhua

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