Cameroun: Le commandant de Mokolo et deux gendarmes jetés en prison

Le capitaine Hamadjam Hamadjida René, ex-commandant de la compagnie de gendarmerie de Mokolo, dans le Mayo-Tsanaga, croupit à la prison de Kaélé depuis le 26 août 2016.

 

 

Selon des sources concordantes, il est arrivé dans cette maison d’arrêt aux environs de 19 h, en provenance de Maroua. 237online.com Pour cet officier de gendarmerie, tout s’est accéléré deux jours plus tôt quand, sur instruction du secretaire d’Etat à la Défense Jean Baptiste Bokam, le colonel de la légion de gendarmerie de l’Extrême-Nord est descendu précipitamment à Mokolo. Sur place, le colonel Dambouka Elissa, accompagné de quelques collaborateurs, a non seulement procédé à son arrestation, mais également à son remplacement immédiat par le capitaine Onana. Le capitaine René Hamadjam Hamadjida qui avait pris le commandement de cette compagnie en avril 2015, a d’abord été conduit à la légion à Maroua où il a passé la nuit du 24 août 2016.

Le lendemain, il a été présenté au commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Maroua, pour répondre des faits qui sont suffisamment graves pour que celui-ci décide de le placer sous mandat de dépôt à la prison de Kaélé, dans le Mayo-Kani, où il a été conduit le 26 août 2016 en compagnie d’un de ses éléments, le gendarme Alhadji. Car deux jours seulement après l’interpellation de l’ex-commandant de compagnie de Mokolo, les enquêteurs avaient cueilli, toujours dans la même unité, un autre suspect, le gendarme Alhadji. Conduit à Maroua le même jour, il a été également présenté au commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Maroua avant d’être, lui aussi, placé sous mandat de dépôt à la prison de Kaélé. Idem de l’élève-gendarme Mabel Abanda arrêté à Maroua le même 26 août 2016 et placé sous mandat de dépôt à la prison de Kaélé. Quelques mois plus tôt, il avait servi sous les ordres du capitaine René Hamadjam Hamadjida à Mokolo avant d’être rappelé à légion de gendarmerie à Maroua.

ACCUSATIONS

De quoi sont-ils accusés ? De sources proches de l’enquête, ils sont suspectés d’avoir organisé des braquages dans la ville de Mokolo. En effet, depuis septembre 2015, pas moins de 35 braquages à mains armées ont été enregistrés dans le chef-lieu du département du Mayo-Tsanaga, touchant essentiellement les commerçants. Pour la seule journée du jeudi 10 septembre 2015, Souley Sarki, Alh Abali, Ibrahim Tidjani alias Ibi et Yaouba avaient été braqués à leurs domiciles. La veille, ça avait déjà été le tour de Martin Véodé, vendeur d’appareils et pièces électroniques au marché central de la ville. «Ils étaient à quatre à bord d’un véhicule 4x4. Ils avaient des armes et des machettes en mains.

Dans la panique, je n’ai pu dire mot. Mais j’ai reconnu un d’entre eux puisqu’un jour, il était passé dans ma boutique. Je pensais au départ qu’il s’agissait d’une fouille générale organisée par l’armée, mais dès leur entrée, ils m’ont réclamé de l’argent en me brutalisant», expliquait en son temps Martin Véodé. Son témoignage avait permis aux éléments du Bataillon d’intervention rapide (BIR) de remonter rapidement la piste des braqueurs et de mettre la main sur les soldats Manfo Steve et Mba Rodolphe, respectivement de l’armée de terre et de l’air alors en service au poste de commandement de Mabas. Cette situation alarmante avait alors poussé les commerçants de la ville à se rassembler, en signe de protestation, devant la sous-préfecture de la ville le 11 septembre 2016. A la suite de ce mouvement d’humeur des commerçants, des mesures avaient été arrêtées par les autorités pour ramener la sécurité. Sans grand succès. D’où l’enquête déclenchée par les services spécialisés de la gendarmerie nationale. 237online.com Toujours selon des sources proches de l’enquête, la mèche qui a conduit au capitaine et à ses supposés acolytes a été allumée par deux suspects. Le premier est le nommé Moussa, exerçant la profession de boucher au moment de son arrestation à Mokolo, il y a deux mois. Le second est un certain Bachirou, arrêté à Ngaoui, à la frontière avec la RCA le 16 août 2016. Tous deux croupissent à ce jour à la prison de Maroua. «Ils ont parlé. Les deux jouaient le rôle d’aiguilleurs, d’informateurs.

Ils choisissaient les cibles, aidaient au repérage des lieux», affirme un enquêteur. Bien avant les déclarations de ces deux suspects, l’élève-gendarme Mabel Abanda avait déjà fourni aux enquêteurs venus de Maroua, quelques informations intéressantes. Dans son procès-verbal d’audition, Mabel Abanda déclare en effet avoir tiré, lors d’une opération de braquage, sur un membre d’un comité de vigilance, sur un certain Moussa qui a par la suite succombé à ses blessures. «Je l’ai fait sur ordre du capitaine», peut-on lire en substance. Le malheureux, à en croire ses collègues, avait reconnu l’officier de gendarmerie et menacé de le dénoncer. En tout cas, depuis l’interpellation du capitaine Hamadjam Hamadjida René, les langues se délient peu à peu à Mokolo. «Le capitaine n’était jamais joignable chaque fois que l’on nous signalait un braquage dans la ville. Et lorsqu’il se décidait à vous appeler pour des cas de braquages, c’était toujours longtemps après le forfait», explique une autorité administrative. Il revient désormais à la justice de dégager les responsabilités des uns et des autres dans cette affaire qui porte sérieusement un coup à la crédibilité des hommes en tenue dans cette partie du pays.

DAVID WENAI

 

237online.com

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