Cameroun : La police séquestre des militants du Sdf à Bafia

Pour «réunion illégale», ils ont passé une heure dans le domicile d’un conseiller de la commune d’arrondissement.

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Candidat du Social Democratic Front (Sdf) aux sénatoriales du 14 avril prochain, dans la région du Centre, Emmanuel Bityéki tombe de l’armoire depuis l’incident qu’il a subi vendredi dernier à Bafia. «Le représentant local du Sdf m’a laissé entendre que des conseillers Rdpc de la commune de Bafia souhaitaient s’entretenir avec moi, en qualité de candidat du Sdf aux sénatoriales. Vendredi, en début d’après-midi, j’échange effectivement avec les conseillers en question, au domicile de celui qui m’a été présenté comme le doyen des conseillers [Nwampaen à Zok, ndlr].

L’échange dure environ 30 minutes. J’entreprends alors de me concerter avec mes camarades du Sdf à l’extérieur pour décider de la conduite à tenir. C’est alors qu’un individu se présente à moi et se met à me menacer. Je résiste. Il consent alors à se présenter. C’est le commissaire spécial de Bafia. Il est accompagné du commissaire à la sécurité publique de la même ville et, chose curieuse, d’un militant du Rdpc vêtu aux couleurs du parti au pouvoir. Le commissaire nous somme de regagner la salle. Nous nous exécutons. Il nous informe alors que nous tenons une réunion illégale.

Les deux commissaires poussent le zèle plus loin en exigeant à chaque participant à la réunion de brandir sa carte d’identité. Personne n’est autorisé à sortir de la salle et à téléphoner. La police menace d’embarquer une dame qui n’avait pas sa carte par devers elle. Pendant près d’une heure, nous sommes séquestrés. Je suis confus. Je le suis d’autant plus que quelques heures avant, j’ai indiqué aux conseillers que le temps de « la colline aux oiseaux », de la pensée unique, est révolu. Dès lors, chacun doit prendre ses responsabilités le 14 avril prochain. L’ancien député Upc poursuit : « Pendant que le temps s’écoule, l’un des commissaires prend des ordres au téléphone auprès du sous-préfet de Bafia. « M. le préfet qu’est ce qu’on fait ?», interroge-t-il.

Le sous-préfet lui aurait demandé de restituer les cartes nationales d’identité. Et puis, comme par enchantement, les deux commissaires et leurs accompagnateurs s’en vont. L’un après l’autre, nous sortirons alors de la salle où nous avons été séquestrés. Plus tard, nous croisons le véhicule du sous-préfet de Bafia qui fait le surpris : « M. Bityéki, vous êtes bien connu sur la scène politique et, en plus, vous êtes le premier à parler des fondements mathématiques du football. C’est un honneur pour Bafia de vous accueillir ». Je ne comprends rien… ». Selon nos sources surplace, cet incident est le corollaire des divisions qui polluent le Conseil municipal de la commune de Bafia au point de la paralyser sur le plan financier. 13 des 25 conseillers, qui n’ont pas le maire en odeur de sainteté, ont participé à la réunion avec le candidat Sdf.

Alerté par le groupe rival, le sous-préfet de Bafia a décidé de dépêcher la police sur les lieux, au quartier Plateau, pour «constater l’illégalité» de la rencontre. Par maladresse, les deux commissaires se font accompagner sur les lieux par le président de la section Mbam et Inoubou Centre I (proche du groupe rival), qui n’a même pas pris la peine de se débarrasser de sa tenue du parti… Joint au téléphone hier, le préfet du Mbam et Inoubou, Fritz Dikosso Seme parle, quant à lui, d’une entorse à la loi, notamment l’article 93 (alinéas 2 et 3) du Code électoral : «…Le mandataire de chaque liste ou autre représentant de parti politique ou candidat ayant l’intention d’organiser des réunions électorales, dépose auprès des autorités administratives et des démembrements territoriaux d’Elections Cameroon son calendrier de réunions, afin que les dispositions soient prises pour assurer le maintien de l’ordre public. A défaut de calendrier d’une réunion, toute réunion publique organisée à cet effet doit être doit être déclarée à l’autorité administrative et aux démembrements territoriaux d’Elections Cameroon, au moins vingt-quatre (24) heures à l’avance, avec mention de l’heure et du lieu de sa tenue ».

Interpellé sur le respect de cette disposition en période de campagne électorale, Emmanuel Bityéki relativise : «il m’a semblé que le base locale du Sdf a pris toutes les dispositions nécessaires à la tenue de la réunion. Même si ce n’est pas le cas, il faut se demander pourquoi ce n’est qu’à Bafia que la campagne du Sdf a été perturbée, pour ces motifs-là. J’étais à Ombessa, Kon-Yambetta, Kiki, et Bokito, je n’ai pas été confronté aux mêmes problèmes »

© Mutations : Georges Alain Boyomo

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Date de dernière mise à jour : 08/04/2013