Cameroun: La grève continue dans les Hôpitaux publics

Voila déjà deux jours que le personnel médico-sanitaire exprime son mécontentement quelque peu négligé ou ignoré.

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7h30. C’est le grand rassemblement des infirmiers à l’entrée principale de l’Hôpital central de Yaoundé (Hcy). Après quelques minutes de concertation, certains retournent s’asseoir à même le sol tandis que d’autres renforcent les messages inscrits sur les morceaux de cartons et de pancartes aux marqueurs.

Foule à l’entrée il y en a. Les personnes qui vont et viennent s’arrêtent tour à tour un instant pour contempler cette scène inhabituelle : le personnel médical déjà insuffisant en train de se tourner les pouces à l’entrée. D’autres s’y intéressent de plus près en cherchant à lire les différents messages. Dans la foule de grévistes, une voix déclare, «nous vous conseillons de ne plus venir dans cet hôpital, parce qu’il n’y aura bientôt personne pour prendre soin de vous !». Il est 10 heures environ, le ciel s’est assombri et quelques gouttes de pluies commencent à s’écraser sur le sol. Lorsque la pluie débute véritablement c’est la débandade. Tout le monde court s’abriter. Deux heures plus tard, les mécontents reprennent place. Sous cape, une infirmière lâche, «ces responsables refusent de voir nos revendications parce que, lorsqu’ils sont malades, ils vont se faire traiter à l’étranger avec leurs avions médicaux».

 

Une source révèle que, la première grève s’est tenue le 21 avril 2014. Le personnel l’avait mise à exécution. Sur la demande de André Mama Fouda, ministre de la Santé publique (Minsanté), suivie de nombreuses promesses, les grévistes y avaient mis un terme et avaient rejoint leurs services respectifs. Mais rien n’a été fait à ce jour. Une nouvelle grève prévue le 2 avril 2015, n’avait pas eu lieu. Une fois de plus, André Mama Fouda, leur avait demandé de surseoir pour quelques jours. Selon le mot d’ordre de grève signé le 26 mai 2015, les présidents des syndicats du personnel médical, Cap/santé et Synpems, il se pourrait qu’après une énième rencontre avec le Minsanté le 25 mai 2015 a accouché d’une souris.

C’est ainsi, qu’ils réactivent le mot d’ordre d’arrêt de travail du 11 mai 2015 dans les hôpitaux publics au 1er juin 2015. «Apres avoir su qu’il se préparait une grève pour le 1er juin 2015, pour nous endormir de nouveau, le ministre se propose de faire quelque chose pour nous. Est-ce qu’une administration se gère comme ça ? Pourquoi sommes-nous toujours en marge ? Pourquoi nos doléances ne sont-elles pas prises en compte ? Nous voulons sortir des 40.000 Fcfa de salaire qui ne nous permettent pas de survivre. Nous voulons être responsables des actes que nous posons. Nous sommes abusivement exploités», hurle Prosper Ekassi, infirmier à l’Hcy.

Cette grève ne laisse pas les populations insensibles, sur certains visages l’inquiétude s’installe peu à peu. La hantise croissante est corroborée par Charlie Luc Awono Essomba, administrateur des hôpitaux, lorsque ce dernier affirme, «qu’en ce moment, nous nous sommes assurés que les patients reçoivent un strict minimum de soins. Puisque l’administration ne semble pas nous prendre au sérieux, nous monterons d’un cran et peut-être qu’en voyant la situation des malades abandonnés à eux-mêmes, les solutions vont suivre».

© Mutations : Thierry Etoundi
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