Cameroun – Justice. David Nkoto Emane dénoncé de nouveau au Tcs

Adressée à Mme la procureure générale près le Tribunal criminel spécial le 10 novembre 2015, la lettre de dénonciation de monsieur Godfroid Ondoua Ella – Ingénieur principal hors échelle des travaux de télécommunications et ancien cadre de la Camtel, invite l’institution spécialisée à prendre des mesures nécessaires pour sauver ce qui peut encore l’être dans la préservation de la fortune publique à la Camtel, empêtrée, selon lui, dans une spirale de gabegie, sous le magistère de son directeur général.

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«Nous avons l’honneur de venir respectueusement auprès de votre haute bienveillance dénoncer le Minepat, David Nkoto Emane et compagnie, pour dilapidation délibérée de la fortune publique. En effet, en dépit par exemple de la situation catastrophique avérée de la Camtel – la Cameroon Telecommunications, ces derniers continuent d’y engloutir des centaines de milliards de Fcfa, alourdissant ainsi soigneusement la dette extérieure de notre pays, en toute connaissance de cause … Il est par conséquent vital pour notre pays que les responsables desdits délits soient tous clairement identifiés et mis hors d’état de nuire car, est-il besoin de le rappeler, la lenteur d’action, voire carrément la passivité de la justice camerounaise, pourtant saisie à maintes reprises, en particulier par nous, pour qu’elle prenne ne serait-ce que des mesures conservatoires pour assurer la protection de la fortune publique, est en grande partie responsable de ce pillage perpétuel des caisses publiques, qui finira par conduire notre pays vers sa perte plus tôt qu’on n’oserait le croire et ce, dans une indifférence incompréhensible des institutions de la république. La présente dénonciation vient en complément des précédentes dénonciations et/ou contributions qui vous sont déjà antérieurement parvenues, … et qui, si elles avaient été suivies d’effets palpables, auraient déjà pu permettre à notre pays de faire l’économie de bien de désagréments, en particulier en ce qui concerne la préservation de la fortune publique… ».

L’entame de la lettre de Godfroid Ondoua Ella, récidiviste sur le coup, donne le ton de la gravité et de l’ampleur des dénonciations qu’elle contient. Et l’ingénieur principal des travaux de télécommunications, d’égrainer point par point, ce qu’il considère comme « les exploits » de Nkoto Emane à la tête de la Camtel depuis plus de 10 ans. Des exploits qui se résument pour la plupart à des investissements colossaux adossés sur un endettement démentiel contracté principalement et prioritairement auprès du même partenaire – Exim Bank of China.

280 milliards que certains comptent dilapider

Au rang de ces investissements colossaux, le dénonciateur cite entre autres : 11.868.291.143 Fcfa pour le marché relatif à la fourniture, l’installation, et la mise en service de 125.000 lignes additionnelles de Ccdma – le Ctphone; environ 23 milliards de Fcfa pour la fourniture, l’installation et la mise en service de 300.000 lignes supplémentaires de Cdma ; 26.858.667.150 Fcfa pour le marché relatif à la fourniture, à l’installation et à la mise en service de 350.000 lignes additionnelles de Cdma ; 38 milliards de Fcfa pour le projet de mise en oeuvre du backbone national en fibre optique de 3.200 km ; 99 milliards de Fcfa pour la réalisation de la phase 1 du programme Nbn pour seulement quelque 200.000 lignes, 3 milliards de Fcfa pour le déploiement de la fibre optique ; 25,9 milliards de Fcfa pour le financement du projet Nbn -National broadband network ; 56,745 milliards d’Otz dégagés par la Camtel. La liste est loin d’être exhaustive. Des investissements qui peinent à dégager de la lisibilité sur leur rendement.

Comme retour sur investissement, Ondoua Ella ironise : « près de 300 milliards de dettes dont 141,2 milliards à la fin décembre 2013, évalués par l’agence de notation Bloomfield en 2014, une partie dans la phase 1 du programme Nbn, et l’autre dans les Otz ; le déploiement de la technologie 4G/Lte dans la bande 1900 Mhz, une bande dans laquelle les chances pour cette technologie de prospérer dans les réseaux Camtel sont pratiquement nulles », selon l’auteur du pamphlet, « les 198,9 milliards de Fcfa de la phase 2 du projet Nbn, dont le chef de l’Etat vient d’autoriser le Minepat à signer l’Accord avec Exim Bank of China ». Des résultats peu brillants qui traduisent d’après le dénonciateur, des dérapages managériaux et dont les autres fresques se trouvent être une faible couverture réseau, environ 11,6 % du territoire national contre presque 100 % pour tous les autres opérateurs du secteur des télécoms. A titre d’illustration, la requête laisse ressortir que Camtel compte moins de 250.000 abonnés actifs, Ctphone et filaires confondus, contre 20 millions d’abonnés pour Orange, Mtn et Nextel.

Ce qui représente une part de marché d’à peine 1,5 %, qui d’ailleurs s’effrite au fil des ans, avec la perte depuis décembre 2013 de près de 100.000 abonnés des réseaux ctphone et filaire selon la dénonciation. Pour ajouter à ce sombre tableau d’endettement, l’auteur stigmatise une masse salariale irrationnelle – 1,480 milliard de Fcfa par mois pour 3780 salariés dont 1830 cadres. « Un véritable désastre financier, une situation catastrophique avérée », selon Ondoua Ella, « dont le gouvernement est parfaitement au courant, et dont il ne comprend pas la décision d’autoriser la négociation d’un prêt supplémentaire de 198,9 milliards de Fcfa pour la 2è phase du projet Nbn, dont les fonds de contrepartie, les intérêts et les frais de change pourront relever le montant à 280 milliards de Fcfa ». 280 milliards que certains comptent dilapider alors qu’un tel pactole aurait permis aux opérateurs nationaux, grâce à leur niveau d’expertise, d’assurer une mise à niveau complète du réseau Cdma 2000 de Camtel en l’espace d’une année, mais également de supplanter les concurrents étrangers. « En somme, la dette de cette entreprise va maintenant s’évaluer à près de 600 milliards de Fcfa, faisant du même coup passer tous les cas actuellement traités au Tcs pour du menu fretin, y compris quand ils sont pris ensemble », conclut l’ingénier principal.

Mensonges

Pour le dénonciateur, l’endettement exorbitant, conjugué aux autres frasques managériales, fait de Camtel une entreprise peu enviable, et dans lequel « aucun investisseur sérieux ne pouvant risquer d’y injecter un kopeck dans les circonstances actuelles ». Au rang de ces frasques, l’arnaque qui a permis la génération d’une dette abyssale de près de 300 milliards de Fcfa, ou la dilapidation des centaines de milliards de Fcfa dans le déploiement d’un réseau filaire et/ou de câbles sous-marins n’offrant aucune garantie de pérennité. L’occasion pour son ancien collaborateur de fustiger les mensonges de David Nkoto Emane et compagnie qui laissent planer l’espoir d’une restructuration de Camtel. Au contraire, Ondoua Ella y voit « un moyen irréversible de lui donner un passeport et un aller simple pour la banqueroute ». Au rang de ces mensonges, les allégations de Nkoto Emane et de ses amis tendant à faire croire que le Cameroun serait le Hub de l’Afrique centrale en matière d’internet, l’Union africaine ayant déjà désigné le Gabon comme Point d’échange Internet – Ixp, de la sous-région Afrique centrale. Autre prétendu mensonge de Nkoto Emane dénoncé par le pamphlet, ses allégations laissant croire que le câble sous-marin déployé entre le Cameroun et le Brésil serait le premier à relier l’Afrique au Brésil, le câble sous-marin Atlantis 2 servant de pont entre les deux continents depuis l’an 2000, ou encore ceux concernant le délai de saturation du câble sous-marin Sat- 3, qui n’est pas de 05 ans comme le prétendrait le Dg, sa capacité ayant été doublée par le consortium Sat-3/Wasc/Safe depuis août 2014.

Glissades

Des dérapages et bien d’autres actes de malveillance désormais sur la table du nouveau procureur général près le Tcs, et émanant du même auteur. Que va faire le Tribunal criminel spécial ? Ondoua Ella propose de pistes d’intervention à ses responsables, à défaut de pouvoir interpeller David Nkotto Emane, qui jouit toujours d’une immunité de fait à la direction de la Camtel depuis 10 ans. « Le juge a tout à fait légalement les moyens de procéder, en guise de mesure conservatoire, à la signature d’une ordonnance interdisant tout investissement supplémentaire à Camtel, tant que ce dernier demeurera à sa tête, une ordonnance salutaire qui aurait un impact considérable dans la protection de la fortune publique dans notre pays, et qui dorénavant ferait office de jurisprudence dans la sauvegarde de l’intérêt général ». Reste à savoir si le Tcs donnera suite à cette nouvelle dénonciation, mais dans l’attente, l’auteur prévient « la survie même de notre pays dépend de la capacité de la justice camerounaise à démanteler la mafia sus-évoquée … pour mettre un terme à leurs agissement et sauver ce qui peut encore l’être ». Comme une alerte.

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