Cameroun - Jean-Marie Atangana Mebara: «J'achève ce procès sans peur»

Les débats ont été clos hier au Tribunal criminel spécial. Le verdict est attendu ce 17 septembre.

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Après sept mois de débats au Tribunal criminel spécial, hier, le juge Yap Abdou a mis un terme au procès qui oppose l'Etat du Cameroun à Atangana Mebara, Inoni Éphraïm et Otélé Essomba. L'affaire a été mise en délibéré. Et le verdict fixé au 17 septembre prochain. La collégialité devra donc se prononcer sur les accusations de détournement de 287 millions de FCFA et de 1,4 milliard de FCFA reproché à ces personnalités. Hier, dans sa dernière déclaration devant la barre, l'ex-Secrétaire général de la présidence de la République, Jean-Marie Atangana Mebara, a évoqué, avec une certaine gêne, les circonstances qui ont précédé ses ennuis judiciaires.

«On sait aujourd'hui que tout ce que nous vivons en ces moments a commencé par des affabulations de quelques individus. Ceux-ci ont fait croire aux plus hautes autorités du pays, au peuple camerounais et à l'opinion internationale que des personnes ayant bénéficié de la confiance du Chef de l'Etat en avaient abusé. Qu'en l'occurrence, ces personnes, grâce à des détournements multiples, avaient tellement accumulé des fortunes à l'intérieur et surtout à l'étranger. Et que de ce fait elles pouvaient menacer la stabilité des institutions. On a même créé un acronyme devenu fameux, «le G11», dont personne n'a apporté la moindre preuve de son existence, malgré les arrestations des prétendus membres».

Lâcheté

Atangana Mebara pointe un doigt accusateur sur ses détracteurs du temps où il était aux affaires. «Il me paraît légitime qu'après avoir entendu cela, celui qui a reçu du peuple mission d'incarner et de défendre les institutions prescrive que des enquêtes soient conduites pour éclairer sa lanterne. Mais, par incompétence, par lâcheté, par faiblesse ou par couardise, les personnes chargées de ces enquêtes les ont bâclées ou biaisées. Voilà comment l'instruction a commencé. Des commissions rogatoires ont été acheminées dans plusieurs pays, dans le monde. Pas un seul compte bancaire, pas un seul bien immobilier n'ont été identifiés au nom de Mebara».

Le ton grave, l'ex-Ministre d'Etat a fini par se persuader qu'il est victime d'une cabale soigneusement orchestrée. Il ne manque pas de souligner son acquittement par le Tgi du Mfoundi. «Malgré ces pressions, je suis acquitté le 3 mai. Les mêmes personnes s'empressent d'expliquer aux autorités et aux Camerounais qu'il ne s'agissait que d'un acquittement partiel, et qu'il y a d'autres affaires pour lesquelles Mebara devait encore rendre compte à la justice». «Les mêmes avaient soutenu par des notes écrites que le G11 était à l'origine des émeutes de février 2008. Les mêmes ont affirmé dans des salons à Yaoundé que le Président ne pouvait pas avoir tort en autorisant les arrestations de ses anciens collaborateurs», poursuit-il. Pour Mebara, «l'on a entendu le Chef de l'Etat lui dire publiquement, comme pour répondre à ces gens-là, qu'il attendait les décisions de justice».

L'ex Sg/Pr interpelle alors les juges: «J'achève donc ce procès sans peur. J'ai fait mon devoir, tout mon devoir et rien que mon devoir. Malgré ce qui m'arrive aujourd'hui, je garde une grande fierté d'avoir travaillé pour mon pays. C'est donc à vous de décider, messieurs de la collégialité. Ni la grossièreté des injures, ni les humiliations subies depuis cinq ans, rien ne fera croire que la justice de mon pays ne me restituera pas un jour, ma liberté, ma dignité et l'espérance aux miens».

© Eitel Elessa Mbassi | Le Jour

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