Cameroun : Issa Tchiroma, Amadou Vamoulké et le marché à problèmes de 148 milliards de FCFA

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La livraison clés en main de la CRTV en 1985 a coûté 120 milliards de FCFA au Cameroun.

Pour la réhabilitation de ses équipements de production et de diffusion devenus depuis longtemps obsolètes, l’Etat a sollicité la Corée du Sud à travers une société qui a fait une offre de 63 milliards de FCFA.

Il va l’abandonner contre toute attente pour se tourner vers un autre partenaire, Huawei. Opposé dans un premier temps à la proposition du directeur général de la CRTV d’attribuer ce marché de gré à gré à la société chinoise Huawei pour une enveloppe qui dépasse de 85 milliards de FCFA l’offre coréenne, le ministre de la Communication après un détour en Chine a finalement donné sa caution. Laissant libre cours aux soupçons de détournement.

Les dessous d’un marché qui aiguise de gros appétits

Les experts de la CRTV ont évalué le coût de sa réhabilitation à 60 milliards de FCFA. Mais le Dg et le ministre de tutelle, également Président du conseil d’administration, préfèrent confier le marché à une entreprise chinoise pour 148 milliards de FCFA. Depuis bientôt 10 ans, le vieillissement du plateau technique de la CRTV préoccupe le gouvernement au plus haut niveau. Pour la réhabilitation des équipements de production et de diffusion de l’Office, l’Etat se tourne en premier lieu vers la Corée du Sud qui, par le truchement de la société POSDATA – repris ensuite par le consortium Coregate, montre son intérêt pour ce projet. Au terme de la réalisation des études financées sur fonds propres, la partie coréenne fait une offre financière de 97,5 millions d’euros, soit près de 63 milliards de FCFA, le 10 juillet 2008.

Chose curieuse, dans une note datée du 6 juin 2008 que le directeur général de la CRTV adresse au ministre de la Communication, Amadou Vamoulké explique plutôt que l’offre coréenne s’appuie sur «une étude de réhabilitation du plateau technique de la CRTV élaborée par les ingénieurs de la CRTV depuis l’année 2006». Autrement dit, que l’Office de radio-télévision est propriétaire intellectuel de l’étude…

Cette thèse est contrariée par la réalité. «La CRTV a réceptionné l’étude des Coréens en vingt exemplaires, plus la version électronique. L’étude des Coréens est la même que celle présentée curieusement par Huawei aujourd’hui, la seule différence se situe au niveau des estimations financières. Je pense qu’on a juste substitué les estimations des Coréens par celles des Chinois de Huawei, à moins que ce ne soit une bien curieuse similitude», souffle une source visiblement très au fait du dossier.

«Cette étude, écrit Amadou Vamoulké à sa tutelle, évalue le montant total nécessaire aux opérations de réhabilitation et de rénovation totale de l’infrastructure technique de la CRTV à près de 60 milliards de francs CFA». Même si le Dg de la CRTV attribue la paternité des études à sa société, il est à relever que l’évaluation financière du projet ne s’éloigne guère de l’offre coréenne. Nonobstant ces liens CRTV Coregate matérialisés par la signature le 09 mai 2008 d’un Memorandum of Understading signé entre Francis N. Wete, le Dga de la Crtv et Yeom Hyo Sean, le Vice-président de Posdata, le Dg de la CRTV s’entiche d’un autre partenaire dont l’offre dépasse de plus de deux fois les évaluations de ses experts et autant de fois la proposition coréenne. «Dans le cadre du processus de restructuration de la CRTV, le directeur général de l’Office m’a fait tenir copie de sa correspondance N°00531/CRTV/DG/DAF du 23 mars 2012, par laquelle il sollicite directement du Premier Ministre une autorisation de passation d’un marché de gré à gré avec la société HUAWEI Technologie Co, pour un montant de 297 millions de dollars USD, soit environ 148 milliards 500 millions de FCFA», écrit le ministre de la Communication au secrétaire général des services du Premier ministre le 26 mars 2012.

Ainsi, dans la correspondance citée plus haut, le Mincom avait passé à la moulinette la tentative de passage en force du Dg : «En tout état de cause, la démarche du DG/CRTV en sollicitation d’une autorisation de passation d’un marché de gré à gré avec la société HUAWEI Technologies Co me parait inappropriée, parce qu’elle ne s’est préalablement référée ni au ministre de la Communication, tutelle technique de la Cameroon Radio Television en vertu du décret du 9 décembre 2011 portant organisation du Gouvernement, encore moins au Conseil d’Administration de l’Office». Plus loin, enfonce Issa Tchiroma Bakary, «la restructuration de la CRTV constitue un projet d’envergure nationale dont la décision du choix du partenaire stratégique ne ressort guère à la compétence du DG/CRTV.

Une telle décision relève plutôt des prérogatives constitutionnelles du président de la République, garant du bon fonctionnement des institutions publiques. Sa mise en exécution, quant à elle, incombe à l’action gouvernementale, sous la conduite du Premier Ministre». Quand le 24 mars 2012, le Minepat demande au Mincom «de lui faire connaître l’entreprise chinoise définitivement choisie pour la restructuration de la CRTV» afin de mettre en branle le mécanisme de demande de crédit auprès de Exim-Bank China, Emmanuel Nganou Djoumessi ignore que Issa Tchiroma Bakary a, depuis le 9 mars, sollicité «l’autorisation d’effectuer une visite de travail en Chine avec une équipe d’experts camerounais, en vue d’apprécier les capacités respectives des différentes entreprises chinoises concurrentes». Effectivement, une délégation conduite par le Mincom séjourne du 5 au 17 avril 2012 en Chine, plus précisément à Pékin, Shenzhen et Shanghai. Depuis son retour au Cameroun, Issa Tchiroma Bakary est devenu un fervent avocat de la proposition d’Amadou Vamoulké.

Donc, que la réhabilitation de la CRTV doit être confiée à la société chinoise Huawei pour un coût de 148 milliards de FCFA. Son avis favorable a sans doute décidé le Minepat à formuler auprès des Chinois une requête de financement de 148 milliards de FCFA que devrait débloquer, en principe, Exim-bank China. Mais beaucoup se demandent encore par quelle alchimie, en deux semaines passées en Chine, la délégation d’Issa Tchiroma a pu étudier les offres des entreprises chinoises. En dehors de Huawei, quelles autres entreprises disposaient d’études relatives à la réhabilitation de la CRTV pour pouvoir donner lieu à une saine concurrence ? Des questions, des questions, et toujours des questions.

© Source : L’Oeil du Sahel

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