CAMEROUN,INSÉCURITÉ: SALE TEMPS POUR LES JOURNALISTES AU CAMEROUN

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Journalistes ? Circulez ! Y a rien à voir ou à écouter ici. N’insistez surtout pas si vous tenez à votre peau, à votre portrait.La liste des journalistes molestés par des policiers, gendarmes, militaires et…autorités administratives ne cesse de s’allonger entre la fin de l’année 2012 et l’année 2013 en cours. Le 9 août dernier Vivien Tonfack, stagiaire à La Nouvelle Expression a été brutalement pris à partie par les éléments du poste de la Sûreté nationale de Bonambappè à Bonabéri. Le jeune homme subissait ainsi un baptême de feu en menant une enquête… journalistique sur une affaire d’enlèvement de mineurs au centre de laquelle se trouve une femme sans doute « bien ». La piste sur laquelle il était l’a mené à ce poste de police où il a trouvé un attroupement indiquant qu’il n’était pas loin du lièvre.

Le 5 août, Joël Maman, le chef d’agence de la Sopecam à Ngaoundéré a été « cuisiné » près de cinq heures durant par les éléments du commissariat de sécurité publique des renseignements généraux de la ville. Et pour cause, le préfet de l’Adamaoua n’a pas compris pourquoi il n’avait pas reçu en priorité l’édition spéciale de Cameroon Tribune sur les listes électorales arrêtées par Elecam.

Quelques mois avant, c’est Salomon Kankili, correspondant du quotidien Le Messager pour le Grand Nord qui a été molesté par des éléments du Bataillon d’intervention Rapide (Bir) basé à Ngaoundéré alors qu’il menait une enquête sur les lieux du crash d’un hélicoptère tchadien.

Au mois de mars 2013, Salomon Amabo travaillant à l’époque pour le groupe Equinoxe, par ailleurs vice président du Conseil syndical du Syndicat national des journalistes camerounais (Snjc) et Joseph Olinga du quotidien Le Messager ont été pris à partie par la maréchaussée alors qu’ils suivaient le déroulement du 28è anniversaire du…Rdpc.

Le quotidien Mutations compte depuis décembre 2012, le plus grand nombre de journalistes ayant subi les violences physiques et psychologiques des éléments des forces de l’ordre. Deux femmes enceintes : Marion Obam Mahel et Sandrine Tonlieu, Aristide Ekambi sont passés à la trappe. La liste n’est pas exhaustive. Notre collègue Blaise-Pascal Dassié est depuis quelques semaines porteur d’une convocation de la gendarmerie. Le plaignant à l’origine de cette convocation ne se présente jamais à la brigade où il a pourtant déposé sa requête.

Nous ne reviendrons plus sur des cas où le matériel de travail des reporters tant de la presse écrite que des médias électroniques : cameras, appareils photographiques, dictaphones et autres calepins ont été confisqués ou détruits. Les journalistes éprouvent ainsi ce qui se dit dans la légion à savoir : « si tu souffres, c’est que tu es encore vivant ».

Le journalisme au Cameroun est un véritable champ de bataille.

Les menaces ne viennent pas que des éléments des forces de l’ordre ou de sécurité. Entre les journalistes et les opérateurs économiques, les milieux d’affaires ou les artistes, le ciel n’est pas toujours bleu. Si les policiers, gendarmes et militaires voient d’un très mauvais œil la présence des journalistes des médias à capitaux privés sur les lieux de certains événements, les hommes politiques et les autres ne veulent voir que des écrits dithyrambiques sur leurs actions ou leur personne.

C’est des santons, des « papa bonheur », des messies et que sais-je encore. Même les reportages les plus honnêtes mais qui s’écartent du « politiquement correct » valent à leurs auteurs les foudres des prétendus ou « présumés » victimes. Dans la dernière livraison de l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique, un éminent confrère, Joachim Mbanza, directeur de La Semaine Africaine paraissant au Congo Brazzaville fait état de sa « petite expérience professionnelle ». Celle-ci l’incite plutôt à dire « qu’on se crée des ennemis chaque fois qu’on fait usage du pouvoir critique de la presse, et qu’on se fait en revanche de bonnes relations dès qu’on publie un article favorable ou un commentaire laudatif.

Un phénomène qui vient, selon moi, du niveau très élevé d’intolérance culturelle qui règne dans notre société. Et quand s’en mêlent la réalité tribale ou ethnique, le droit d’aînesse, le pouvoir de l’argent, le pouvoir tout court , le trafic d’influence , les tracasseries administratives, etc…, l’exercice de la liberté de la presse devient périlleux et le quotidien du journaliste , un véritable parcours du combattant. Les choses sont encore plus complexes quand il s’agit de politique .Ici, selon que vous critiquez ou non telle ou telle décision , on vous colle une « étiquette ». Ce qui a cours au Congo Brazza est tout aussi valable au Cameroun.Surtout en cette période pré-électorale. Les journalistes sont dans le collimateur des hommes politiques de tous bords. A eux de faire preuve d’un professionnalisme avéré, à la classe politique d’intégrer la réalité selon laquelle c’est dans les urnes que se gagnent les élections dans une société qui se veut moderne et démocratique, avec une administration neutre et patriotique. Le tout est de savoir si notre pays dispose de tels atouts.

© Le Messager : Jacques Doo Bell

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