Cameroun/Etrange alliance: Le Rdpc appelle à voter pour le Sdf à l'Ouest

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La consigne de vote a été donnée par Jean Nkueté, secrétaire général du Comité central du Rdpc, au cours d’une séance de travail qui a eu lieu à l’hôtel de ville de Bandjoun mercredi 10 avril 2013.

La confusion qui régnait dans les esprits de certains conseillers municipaux du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) depuis le lancement de la campagne des élections sénatoriales du 14 avril prochain s’est estompée. A la suite d’une réunion tenue hier (10 avril 2013) dans la salle des conférences de la commune de Pete-Bandjoun, Jean Nkueté, le secrétaire général de cette formation politique a demandé aux dignitaires du Rdpc à l’Ouest, notamment les maires et les présidents des sections d’appeler les 788 conseillers municipaux des 29 communes Rdpc de la région à porter leur dévolu sur la liste du Sdf.

A la fin de cette rencontre, Jean Nkueté, à travers un message porté par le Pr Paul-Célestin Ndembiyembé, conseiller du secrétaire général du Rdpc, a refusé de faire des déclarations à la presse. Mais selon un maire de la localité qui a requis l’anonymat, cette option du Rdpc, Jean Nkueté l’a motivé en relevant que « le leader du Sdf est coopératif et respecte l’autorité du chef de l’Etat».

Notre source se dit satisfaite de cette décision. « Nous étions confus. Maintenant que la hiérarchie du parti a tranché, je suis satisfait. La liste du Sdf est plus représentative que l’autre liste de l’ensemble des départements de la région. Je dois respecter cette consigne de vote. C’est la discipline du parti. La politique se joue au sommet. C’est le président Biya qui manage tout. Je dois prendre toutes les dispositions pour l’implémentation de ce mot d’ordre dans ma commune», explique ce maire. Reste que pour lui, la disqualification de la liste du Rdpc à l’Ouest découle d’un arrangement politique entre Paul Biya et Fru Ndi à travers Martin Belinga Eboutou.

Hyppolite Tchoutezo, président de la section Rdpc de la Mifi Centre et membre du bureau national de l’Ojrdpc à l’Ouest salue cette option. Et indique que Fru Ndi a montré à travers plusieurs événements qu’il est un «opposant responsable et républicain». Un autre dignitaire du Rdpc soutient qu’il ne s’agit point d’une alliance contre nature. «Les circonstances commandent de voter pour la liste du Sdf. Elle est représentative de tous les départements de la région. En 2002 en France, on a vu une solidarité entre la droite et la gauche pour empêcher au Front national d’émerger à la suite du premier tour de l’élection présidentielle où cette formation politique arrivait en 2e position et accédait au second tour», argumente-t-il.

Fru Ndi et l’exigence de vigilance

En meeting à Baham, à moins de 10 kilomètres de Bandjoun au moment où Jean Nkueté passait cette consigne de vote, Ni John Fru Ndi et les candidats du Sdf pour les sénatoriales à l’Ouest n’ont point brillé par un zèle. Ils ont juste salué ce soutien. Mais Fru Ndi a demandé aux uns et aux autres de rester vigilants. Et de tout faire pour empêcher que des conseillers corrompus ne prennent de l’argent (à qui ?) pour appliquer une consigne de vote défavorable au Sdf.

Surtout que certaines sources indiquent que des manœuvres souterraines orchestrées par Victor Fotso seraient en projet pour favoriser une victoire de l’Udc et fragiliser l’autorité d’Ibrahim Mbombo Njoya, sultan-Roi des Bamoun. Une manière pour le milliardaire de se venger contre cette autorité traditionnelle qui, il y a quelques années, a voulu confisquer une partie des lopins de terre qu’il exploite juste après le pont du Noun. « C’est d’ailleurs pourquoi avant de passer cette consigne de vote, il a fallu que Grégoire Owona vienne à Bafoussam lundi 8 avril dernier pour colmater les brèches et favoriser un climat de sérénité entre le sultan-Roi des Bamoun et le patriarche Victor Fotso », commente un militant du Rdpc à l’Ouest. Pour traduire ce retour au calme, Victor Fotso a tenu à marcher côte à côte avec cette autorité traditionnelle juste à la fin de la rencontre. Des membres du gouvernement au rang desquels, Dr Madeleine Tchuinté, Joseph Mbwentchou, étaient présents à cette assise.

Certains autres chefs traditionnels de la région étaient aussi là. Il s’agit du Fo’o Honoré Djomo Kamga de Bandjoun, du Fo’o Kamga de Bafang, du Fo’o Jacques Fotso Kankeu de Bamougoum et bien d’autres. Eux-aussi, comptent se mobiliser pour faire passer la consigne de vote en faveur du Sdf à l’Ouest. Mais en attendant, les maires de l’Ouest ont prévu de se retrouver vendredi 12 avril prochain pour « une veillée électorale ». Mais d’aucuns pensent que de là pourrait jaillir des consignes de vote parallèle...

Focal. Solidarité oligarchique ou « opposition de sa majesté » ?

Devant une foule de militants et sympathisants du Sdf réunis en face de la mairie de Bafoussam IIIe mercredi 10 avril 2013, John Fru Ndi, a révélé un morceau de son entretien lors de sa rencontre avec Paul Biya le 10 décembre 2010 à Bamenda. « Lorsque j’ai rencontré M. Biya pour la première fois, après plusieurs années de combat avec le Sdf pour le changement au Cameroun, je lui ai fait savoir qu’en 1992 j’avais gagné l’élection présidentielle. Mais ma victoire a été volée. A son intention, j’ai souligné que j’avais trois possibilités de révolte efficace et que je n’ai utilisé aucune. Je pouvais lancer une insurrection armée, je ne l’ai pas fait. J’aurai pu me mettre à l’avant-garde du mouvement sécessionniste et suivre les clairons du Scnc(mouvement sécessionniste anglophone) pour l’indépendance des deux régions anglophones du Cameroun. J’aurai pu former un gouvernement parallèle. Mais, je n’ai appliqué aucune des trois méthodes parce que je tiens à l’unité du Cameroun», souligne-t-il.

Une déclaration qui n’est ni anodine, ni excessive près de deux heures de temps après que le Rdpc par la voix de Jean Nkueté ait décidé d’appeler les conseillers municipaux d’obédience Rdpc à voter pour la liste du Sdf dans le cadre des élections sénatoriales du 14 avril prochain. Elle paraît comme un retour de l’ascenseur à travers un Fru Ndi présenté comme collaborateur du régime dans la quête de l’unité nationale. Et qui de sa posture d’opposants « représentatif, timide et non cohérent » aide le régime Biya à se maintenir au pouvoir et à avoir bonne face devant l’opinion internationale.

Autre ingrédient de cette solidarité alimentaire, entre l’oligarchie du Sdf et celle du Rdpc, se traduit par des participations réciproques de chacune des deux formations au congrès de l’autre. Et même l’entrée du Sdf au parlement en 1997 et la naissance d’une «bourgeoisie entriste» dans cette formation politique lui ferait avoir les attributs de ce que les Constitutionnalistes appellent « une opposition de Sa Majesté ».

Une opposition qui, loin d’être une force alternative face au système, ne serait qu’un «rassemblement alimentaire». Reste que face à ces hypothèses, les responsables du Sdf notamment les candidats de sa liste pour les sénatoriales clament qu’ils iront dans cette chambre haute pour apporter le changement au Cameroun. De quelle manière donc ?

© Le Messager : Guy Modeste DZUDIE&Franck Essomba

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