Cameroun - Enoh Meyomesse, depuis la prison: Aminatou Ahidjo peut-elle faire mieux que les autres "fils de..." ?

La fille d'Ahidjo réussira-t-elle là où les autres enfants «de» n'ont pas pu?

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La nouvelle a produit l'effet d'un tremblement de terre: la fille du Président Ahidjo vient de rejoindre le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, et s'est engagée à se mettre en campagne pour celui-ci. Désolation totale dans les rangs de l'Undp, panique générale dans ceux de l'establishment politique rdpciste de Garoua, et, plus grave encore, désespoir total dans ceux des hommes politiques rdpcistes nordistes incarcérés qui nourrissent secrètement le rêve d'assister à une débâcle électorale historique de ce parti chez eux, afin de prouver combien ils sont à la fois indispensables et irremplaçables. La nouvelle a nourri les conversations des uns et des autres, tout au long du week-end. Et lundi, la presse nous apprend qu'il a été mis à la disposition de cette jeune recrue, la coquette somme de 400 millions de francs pour ses «frais» de campagne. C'est vrai que l'argent est le nerf de la guerre, mais, quand même....

Personnalité contre contenu

Et, du coup, on en revient à l'éternel problème de la perversion de la démocratie au Cameroun. Que vote-t-on? L'homme ou son projet politique? Au Cameroun, malheureusement, c'est l'homme que l'on met en avant. Peu importe ce que celui-ci va raconter aux électeurs, ce qui compte avant tout, c'est le nom qu'il porte. Il s'appelle untel, il a travaillé à tel ou tel endroit, il s'est construit une somptueuse villa dans son village, bien mieux, il jouit de la très haute confiance du Chef de l'Etat.

Bref, ce n'est pas n'importe qui. Résultat, le discours politique au Cameroun est désespérément médiocre, l'élection ayant été ravalée au niveau de l'individu. Du type de vêtements qu'il porte, de l'automobile dans laquelle il roule, du mariage somptueux qu'il a fait il y a quelques années, ou du fait que cette fois-ci, le député doit provenir de cette route plutôt de telle route plutôt que de telle autre, le Maire de tel arrondissement plutôt que de tel autre; mais rien du tout sur ce qu'il projette faire et des moyens dont il se dote pour cela. Ce qui compte, c'est qu'il soit une «élite» bien en vue, et non pas un «inconnu». Pour tout dire, le degré zéro de la politique. Quoi de surprenant à cela que les années passent, et nous, nous demeurons sur place, la classe politique ne nourrissant aucune vision pour le pays, tout se ramenant simplement à taire carrière dans la politique, comme on fait carrière dans l'administration publique, à coopter des gens «sûrs» qui sauront neutraliser les adversaires, et non pas faire avancer le pays?

Avant Aminatou,

Nicole, Tobie et autres...

Quel que soit cependant l'avis que l'on pourrait avoir sur le joker pompier Aminatou à Garoua pour éteindre le double incendie Marafa et Iya, on ne peut manquer de s'interroger sur l'audience véritable de ces fils et filles «de», dans notre pays. Héritent-ils de l'audience de leur père? Cette audience elle-même, ne s'effrite-t-elle pas inéluctablement avec le temps? Qu'a-t-on vu auparavant avec d'autres enfants «de»?

Le fils d'André-Marie Mbida

Rentré au Cameroun à la veille de la réinstauration de la démocratie en 1991, il n'a pu se faire élire nulle part, malgré sa participation à plusieurs scrutins. S'il ne serait pas juste de nier le rôle déterminant joué dans ses défaites électorales par les sous-préfets, orne saurait non plus nier le fait que la tranche de la population qui continuait à aduler son père évincé du pouvoir tente deux années auparavant, à savoir en 1958, s'était considérablement amenuisée. Celle-ci représentait-elle encore 10% de son électorat? Grosse question. Par ailleurs, quel discours tenait-il à ses électeurs? «Je ferai mieux que ces corrompus du Rdpc». Comment?

La fille de Charles Okala

La brave Nicole s'est époumonée un moment à essayer de faire revivre la formation politique créée par son père dans les années 1950, sans grand résultat. Elle a traîné les mêmes tares que son géniteur: positionnement ambigu, limitation aux frontières ethniques? bien pire, elle était loin de jouir du charisme de celui-ci qui, en plus, à sa différence, était un tribun de la classe politique française. Finalement, cette brave dame a enjambé sans état d'âme la barrière qui la séparait du Rdpc et s’y est dissoute; en guise de reconnaissance, le Président de la République l'a gratifiée du poste de sénatrice. Bref, elle avait bien fait de se débarrasser de l'habit usé et encombrant de son père.

Le fils de Muna

Que n'a pas fait Bernard pour tenter de s'imposer politiquement au Nord-Ouest, à défaut de tout le Cameroun, à trouver son patronyme? II s'est essoufflé dans le SDF des années durant. Puis, il a décidé d'aller se faire voir ailleurs. Va créée l'Afp. Guère plus de chance. Aux présidentielles de 2011, il s'est tapé un score ridicule... La mignonne Aminatou sera-t-elle plus influente à Garoua que ne l'ont été ailleurs ces autres enfants «de»? La victoire du Rdpc dans cette ville, si celle-ci a lieu, sera-t-elle la sienne ou celle d'Elecam et des sous-préfets?

© Prince Nguimbous | Le Jour

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