Cameroun - En rase campagne : Franck Biya sénateur...

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Jeune Afrique prétend que le président de la République pourrait nommer son fils sénateur.

Jeune Afrique a relancé le débat sur l'avenir politique du fils aîné du président Biya, Franck. Dans son édition de lundi dernier, le journal panafricain « confie » que Franck Biya devrait être nommé sénateur par son père à l'issue des élections du 14 avril prochain. La Constitution du Cameroun donne en effet au président de la République le pouvoir de nommer 30% des sénateurs. Et nos confrères pensent alors que le fils aîné du président de la République fait partie des happy few qui seront désignés par son père. Jeune Afrique y voit en filigrane une manière pour Paul Biya de porter son fils à la présidence du Sénat, pour en faire la deuxième personnalité de l'Etat, celui qui succèdera au président de la République en cas de vacance à la présidence de la République.

Quelque temps avant même l'annonce des élections sénatoriales, certaines sources indiquaient que des élites « bulu », l'ethnie du chef de l'Etat, s'étaient réunies pour susciter la candidature du fils du chef de l'Etat pour le compte du Rdpc. D'aucuns juraient même que Franck Biya sera investi. Il n'en a rien été. Maintenant, il est question d'une éventuelle nomination de cet homme d'affaires au Sénat par son « papa président ». On se souvient que la seule présence de Franck Biya aux côtés de son père en octobre 2011 lors de la campagne présidentielle avait suffi à lui trouver des traits de dauphin.

Les apartés du fils du président avec Martin Belinga Eboutou, le directeur du Cabinet civil de la présidence de la République, avaient été actés comme une façon de lui mettre le pied à l'étrier. Quelle est donc la part de fantasme et du possible dans cette rumeur ? Si le président Paul Biya voit en son rejeton un potentiel successeur, la voie de la présidence du Sénat est-elle la meilleure ? Ce d'autant qu'en cas de vacance à la présidence de la République, le président du Sénat ne gouverne que 40 jours, le temps d'organiser des élections auxquelles il ne peut absolument pas prendre part, comme le précise l'article 6 de la Constitution du 18 janvier 1996 : « Le président de la République par intérim - le président du Sénat ou son suppléant - ne peut modifier ni la Constitution, ni la composition du gouvernement. Il ne peut recourir au référendum.

Il ne peut être candidat à l'élection organisée pour la présidence de la République. » Bien plus, quel intérêt aurait le président Biya à nommer son fils sénateur et à le faire porter à la présidence, plutôt que de le faire inscrire dans une liste du Rdpc afin de lui conférer une once de légitimité populaire ? Toujours est-il que bien malgré lui, l'avenir politique du fils du président intéresse certaines personnes.

Héritage de 30 ans de règne

Engelbert Essomba Bengono, militant du Rdpc, pense qu'il s'agit d'un faux débat. « Franck Biya est un citoyen camerounais qui remplit, je le crois, toutes les conditions légales pour être sénateur dans son pays. De plus, la Constitution et la loi n'interdisent pas la nomination du fils du président de la République. S'agissant de sa légitimité, la Constitution consacre deux sources de légitimité des sénateurs. Si Franck Biya était donc nommé, il jouirait, comme les 29 autres nommés, de la légitimité issue de la nomination présidentielle », soutient M. Bengono. Célestin Njamen, cadre du Sdf n'est pas de cet avis. « Si cette information est avérée, pense-t-il, je dirai que le Cameroun est devenu une vraie monarchie. Abdoulaye Wade a tenté par tous les moyens d'imposer son fils au Sénégal, le peuple a dit non. Il ne faudrait pas que ce genre de chose arrive au Cameroun. Le seul mérite d'un individu ne saurait être sa filiation. D'où vient-il d'ailleurs qu'une institution comme le Sénat ait en son sein des gens nommés ? »

Reste à savoir si Franck Biya, 42 ans, homme d'affaires globalement discret et n'ayant aucune fonction officielle, est intéressé par les projecteurs d'une carrière politique. Laquelle pourrait l'amener à gérer le lourd héritage de plus de 30 ans de règne de son père.

© Le Jour : Jean-Bruno Tagne

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