Cameroun/Elections:Sénat ou retraite dorée des politiciens en mal de mandat ?

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Violation de la loi.C’est la question qui reste suspendue aux lèvres de nombreux citoyens eu égard à la guerre entre militants pour briguer des places au Sénat et au non respect de la loi N°2006/006 du 14 juillet 2006 fixant les conditions d’élection des sénateurs.

Voilà des semaines que l’actualité au pays de Ruben Um Nyobè tourne essentiellement autour des sénatoriales du 14 avril 2013. Une grande première au Cameroun. Ressuscité 17 ans après la promulgation de la constitution que le crée, le Sénat se présente comme le miel pour les fourmis. Des militants, chefs traditionnels, hommes politiques, etc se déchirent pour être sénateurs parfois au mépris de la loi N°2006/006 du 14 juillet 2006 fixant les conditions d’élection de ceux-ci. Le but visé étant de bénéficier sans doute des privilèges y afférents.

Nous pouvons citer entre autres les indemnités parlementaires de base, les indemnités de résidence, les indemnités représentatives de frais de mandats…Des politiciens en mal de mandat y comptent énormément. Quitte à violer la loi qui stipule pourtant que tout candidat à la fonction de sénateur doit jouir de la plénitude de ses droits civils et politiques, avoir 40 ans révolus à la date de l’élection et être citoyen camerounais d’origine puis, surtout, justifier d’une résidence effective sur le territoire de la région concernée. Ce que pas mal de candidats ne tiennent pas compte.

Les listes définitives des candidats déjà élus du Rdpc sont connues et sont en violation des dispositions constitutionnelles et de la loi régissant l'organisation des élections sénatoriales dans notre pays. On ne désigne pas des chefs de délégation qui viennent s'imposer à des militants et autres leaders ou barons de région. Tout comme il est dit et écrit au chapitre II de ladite loi que « chaque région constitue une circonscription électorale. L'élection des sénateurs a lieu au scrutin de liste, sans vote préférentiel ni panachage». Nous pouvons donc nous poser la question de savoir dans un premier temps pourquoi le Rdpc est descendu sur le terrain ? A quoi servent les présidents de région, les coordinateurs s'il en existe.

De nombreuses voix s’élèvent et crient au scandale. Dans le département du Mfoundi, la colère est encore plus grande. Certaines élites soutiennent que le département a été floué. « Nous ne nous reconnaissons pas dans cette liste qui représentera le Centre au Sénat », affirme mordicus un patriarche du département du Mfoundi. « On ne peut pas venir nous imposer des gens qui ne sont pas des nôtres. Nous avons déjà trop accepté et il est temps qu’on nous respecte. Est-ce qu’on peut imposer des députés ou des sénateurs comme ça dans le Sud ? », se demande notre interlocuteur. Le patriarche pense que le Rdpc risque de perdre pied dans le Mfoundi, tant la déception, confie-t-il, est grande. Il estime que la composition sociologique du Centre n’a pas été respectée.

Plus grave, que le Mfoundi n’est pas représenté. En outre, après la publication des listes du Rdpc, des frustrations n'ont pas tardé à se faire ressentir dans le Grand Nord. Il y en a qui n'ont pas voulu participer à ces Sénatoriales, mais qui ont été investis contre leur gré, apprend-on. C'est le cas du Maire de Kousséri, Mahamat Abdoulkarim. L'on peut aussi recenser le cas de Fayçal Mourad dont l'investiture est dénoncée sous cape par une partie de l'élite du Diamaré, qui estime qu'il vient « d'ailleurs ». Et dire qu’ils ambitionnent de solliciter les suffrages de leurs concitoyens. Avec pour objectif de légiférer au nom du peuple camerounais tout entier, en exerçant le contrôle sur l’action du gouvernement.

Les témoignages des candidats recalés en disent long sur les visées des uns et des autres au grand rendez-vous de dimanche prochain. Et attestent de ce que, tel que c’est parti, nous aurons droit à un Sénat atypique. Hubert Mono Ndjana, philosophe et militant de longue date du Rdpc, fait partie des recalés. Sa déception est grande : « je suis profondément déçu. Je ne suis pas un mendiant. Mais, je pensais qu’au regard de ce que j’ai fait pour ce parti et son chef, je méritais d’être sénateur, je méritais d’être récompensé, selon la théorie aristotélicienne de la justice rétributive. J’ai été trompé par mes partenaires. Je pensais qu’il y avait une logique rationnelle en politique. Je me rends compte aujourd’hui que non. J’ai perdu mon temps et je l’assume. Je vis paisiblement ma retraite et je ne me fais plus d’illusion sur personne ».

Jean-Pierre Amougou Bélinga, le Pdg du groupe l’Anecdote, l’homme d’affaires Jean-Claude Bekolo Mbang, le Dg de Socaepe, Onambelé Zibi, le président du Tonnerre de Yaoundé, etc. ont, eux aussi, été recalés. Ils crient à la confiscation du parti par l’état-major.

© Aurore Plus : Linda Mbiapa

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