Cameroun - Edéa: La loi sur le terrorisme fait ses premières victimes

Dix employés de la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm), en exercice dans les plantations de Mbongo par Edéa, sont aux arrêts pour tentative de grève.

Terrorites

Selon des informations parvenues à notre rédaction à l’heure où nous allions sous presse, hier, les dix ouvriers étaient sur le point d’être déférés au parquet d’Edéa (chef-lieu du département de la Sanaga Maritime, dans la région du Littoral). Tout commence lundi 5 janvier, lorsqu’ils sont interpelés par des éléments de la brigade de gendarmerie de Mbongo, puis placés en garde-à-vue. Une fois mise au parfum, les familles des prévenues vont se déporter tout de suite à la brigade. Henry N. parent d’un des interpelés, rapporte : «Les gendarmes nous ont fait comprendre que ce sont les meneurs (les dix ouvriers, ndlr) d’une grève en gestation. Qu’ils ont été arrêtés en application de la loi sur le terrorisme car, le Cameroun est en guerre et que de ce fait, personne n’a le droit de manifester».

Et de poursuivre: «Lorsque nous avons indiqué aux gendarmes qu’il ne s’agissait pas d’une manifestation à caractère terroriste, mais des revendications portant sur l’amélioration des conditions de travail, il nous a été rapporté que ces mesures ont été prises pour éviter des échauffourées comme celle de mars 2010, pendant lesquelles les révoltés avaient attaqué les bureaux administratifs et incendiés de nombreuses maisons. » Notre informateur conclut : «L’on utilise désormais le décret du chef de l’État pour intimider les populations et étouffer toutes sortes de réclamations, mêmes les plus légitimes». Joint au téléphone, hier aux environs de 17h, pour un recoupement d’usage, le commandant de brigade de Mbongo visiblement gêné, indique d’un ton menaçant : «Pourquoi ne venez vous-même pas vérifier l’information sur place, au lieu de m’appeler au téléphone». Malgré de nombreux autres appels effectués par le reporter de La Météo pour en savoir davantage, le chef de la brigade de gendarmerie restera muet comme une carpe.

Toujours est-il que, apprend-on, dimanche 4 janvier, plusieurs ouvriers de la plantation de Mbongo se sont réunis afin de planifier un mouvement d’humeur. Ils entendaient ainsi se révolter contre les conditions de travail qu’ils qualifiaient de «proches de l’esclavage avec le manque d’affiliation à la Cnps, l'absence de contrat de travail réglementaire, des horaires de travail démentielles, une rémunération floue». Nos sources indiquent que, l’assistant Socapalm qui contrôle toute la plantation dite division 5, mis au courant des intentions de ses collaborateurs, aurait immédiatement alerté les éléments de la gendarmerie de Mbongo. Ensemble, ils auraient évoqué à leur bénéfice la récente loi sur le terrorisme, afin de casser la grève et de mettre la main au collet des supposés meneurs. Depuis cette nouvelle donne, un calme précaire règne dans localité de Mbongo.

En effet, depuis son adoption le 4 décembre à l’Assemblée nationale et sa promulgation par le président de la République le 23 du même moi, la loi anti-terrorisme fait débat au Cameroun. Elle condamne à la peine de mort toute personne reconnue coupable de fait terroriste. Mais la polémique et les critiques s'attardent surtout sur la définition donnée par cette loi des faits terroristes, élargis aux manifestations publiques. Car, elle stipule: «toute personne reconnue coupable de fait de perturbation du fonctionnement normal du service public ou qui peut créer une situation de crise au sein des populations ou encore créer une insurrection générale dans le pays, tombe également sous le coup de la peine capitale».

Jugée liberticide par une frange de la population, ses pourfendeurs soutiennent qu’elle peut laisser libre cours à toute sorte d’interprétations. Pourtant, dans son adresse à la nation le 31 décembre dernier, le chef de l’État a tenu à repréciser qu’«il ne s’agit aucunement, comme l’ont prétendu certains esprits mal intentionnés, d’en prendre prétexte pour restreindre les libertés publiques. Devant la multiplication des actes terroristes, la plupart des grands pays démocratiques ont dû, au cours des dernières années, compléter leur législation dans le sens de la prévention du terrorisme». Affaire à suivre.

© Baudouin Nyobé | La Météo

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau