Cameroun - Droits de l'Homme: Marafa, Edzoa prisonniers politiques

Dans son rapport 2012 sur la situation au Cameroun, le gouvernement des Etats-Unis évoque le cas de ces détenus.

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Le rapport 2012 des Etats-Unis sur les droits de l'Homme n'est pas du tout tendre avec le Cameroun. Ce document relève que le Cameroun, caractérisé par une présidence forte, est dirigé par le même homme depuis 30 ans et par le même parti, le Rdpc, depuis sa création en 1985, mais précise surtout que la dernière élection présidentielle, en septembre 2011, a été marquée par plusieurs irrégularités.

Pour les Etats-Unis, les problèmes les plus importants relevés en 2012 au Cameroun dans le domaine des droits de l'Homme sont les abus des forces de l'ordre, notamment sur les détenus, le refus de procès libres et transparents et la restriction de la liberté de manifestations publiques. Si certains aspects évoqués par ce rapport ne sont pas nouveaux, l'on notera tout de même que, pour une fois, il porte un coup dur à l'opération Épervier, censée lutter contre la corruption et les détournements de deniers publics. Les arrestations de Marafa Hamidou Yaya et Inoni Ephraïm, tout comme les nouvelles charges retenues contre Titus Edzoa sont présentées dans ce rapport, où ils apparaissent comme des prisonniers politiques.

«Le 21 septembre, le Tribunal de grande instance du Mfoundi a rendu un verdict de culpabilité dans le procès de Marafa Hamidou Yaya, ancien Secrétaire général de la présidence et ancien Ministre d'Etat chargé de l'Administration territoriale et de la décentralisation pour corruption dans le cadre de l'achat d'un avion présidentiel en 2001. Le juge a lu un jugement de 1156 pages contenant essentiellement des allégations et des insinuations, mais peu de preuves, et a condamné Marafa à 25 ans de prison. Les observateurs ont relevé que beaucoup d'aspects de cette affaire avaient trait à une interférence de l'exécutif», lit-on dans le rapport.

La justice est également pointée du doigt dans le cadre du procès de Jean Marie Atangana, acquitté dans un premier temps, mais qui a par la suite été maintenu en prison sur la base de nouvelles charges. C'est également sur la base de nouvelles charges que Titus Edzoa et Thierry Michel Atangana ont été à nouveau condamnés, alors qu'ils avaient déjà purgé 15 ans de prison chacun dans le cadre d'une première affaire, rappelle le rapport.

Conditions rudes

Concernant toujours Marafa Hamidou Yaya, dont on se rappelle qu'il a reçu, le 4 juin dernier au Secrétariat d'Etat à la Défense (Sed) la visite de l'Ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, le rapport s'attarde sur ses conditions de détention. La Police a arrêté Marafa quatre mois après sa sortie du gouvernement en décembre 2011. Les autorités l'ont maintenu dans des conditions rudes et lui ont refusé l'accès à ses conseils et sa famille avant de le transférer dans un centre de détention contrôlé par le Ministre de la Défense, où il a été placé en isolement.

Bien que l'accès à sa famille et à ses avocats a été restauré, il n'avait à sa disposition ni papier ni outil pour écrire, après qu'il a publié au début de sa détention plusieurs lettres qui ont embarrassé le parti au pouvoir, dont certains Ministres en poste. Les officiels ont également empêché aux avocats de Marafa, pendant un moment, l'accès aux preuves de l'Etat contre leur client». Une autre personnalité citée dans le rapport du gouvernement américain comme une victime des autorités camerounaises, c'est Maurice Kamto. Il apparaît dans la section liberté d'association, où l'on rappelle l'interdiction, le 25 janvier 2012, par le sous-préfet de Yaoundé V, de la réunion au cours de laquelle le Mrc, son parti, devait être lancé.

Le rapport poursuit: «Kamto et son Mrc ont continué d'être victime de harcèlement. Le 29 septembre, peu après le début de la réunion du Mrc qui avait dûment été déclarée aux autorités, le sous-préfet de Yaoundé I a surgi avec des gendarmes et des policiers au Complexe scolaire la Gaieté et a annulé la réunion, alléguant qu'elle n'était pas autorisée». Les autres aspects du rapport du gouvernement américain sur les droits de l'Homme au Cameroun traitent de tortures, de traitements inhumains, des conditions de détention dans les prisons ou encore de la liberté de presse.

© Jules Romuald Nkonlak | Le Jour

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