Cameroun - Dr Charles Ateba Eyene: «Si Paul Biya s'amuse à ne pas être vigilant, il sortira du pouvoir par la petite porte»

Dr Charles Ateba Eyene Enseignant-chercheur et l'Esstic et à l'Iric vient de publier son 25e ouvrage intitulé: «Crimes rituels, loges, sectes, pouvoirs, drogues et alcools au Cameroun» Crimes rituels, loges, sectes, pouvoirs, drogues et alcools au Cameroun.

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Pourquoi tout un livre consacré à ces maux presque connus de tous?Cette fois, je parle des crimes rituels. Il faut savoir qu'entre le 02 décembre 2012 et le 10 Janvier 2013, plus de 14 Camerounais de moins de 30 ans ont été assassinés dans la seule ville de Yaoundé. Des cas similaires ont été enregistrés à Bafoussam et à Douala. Ce qui choque, c'est que le peuple n'a pas été édifié sur ce qui s'est réellement passé. Il faut revenir sur ces fléaux qui ne peuvent pas permettre l'émergence du pays. En 2012, les Camerounais ont bu 600 millions de litres de bières. C'est grave. Cette publication vient comme un devoir de mémoire et un hommage aux victimes et à leurs familles. Pour ce qui est de l'inspiration, c'est Dieu qui la donne. En plus, nous sommes les premiers en matière de consommations de vin bordeaux et de champagne. Des trophées de honte, au moment où la malnutrition prend des proportions inquiétantes chez nous, où 60% de filles connaissent (1) le premier rapport sexuel avant l'âge de 16 ans. Le Smig salarial est à 28 200 FCFA et 17,50% de jeunes Camerounais se droguent à la ciga¬rette.

Quel lien établissez-vous entre les crimes, les loges, le pouvoir et la drogue, cet ensemble de mots qui constitue le titre de votre ouvrage?

Les liens sont nets. Avant d'aller tuer, on se drogue. Puis, on tue pour de l'argent et pour le pouvoir. Chez nous, il est établi que pour réussir en politique, il faut faire feu de tout bois. C'est dommage. Cette façon de faire tirer le pays vers le bas offre de l'espace aux truands et incompétents. C'est l'origine de l'inertie. Parce que la médiocrité est obligée de gérer la, cité dans cette façon de fonctionner.

N'avez-vous pas pris un autre risque important après les difficultés rencontrées dans la publication de votre 24e ouvrage en évoquant les questions qui fâchent telles que les sectes et les loges?

Qui ne risque rien n'a rien et ne fait rien. Mon vrai parti, c'est le Cameroun et je me dois de lutter pour que mon pays ne sombre pas dans le paranormal. Que ceux qui ont à dire le fasse et que personne n'ait peur, car la peur ne permet pas de s'élever et de se libérer. Il faut également souligner que la peur doit changer de camp et qu'aucune dic¬tature ne résiste devant un peuple déterminé.

16 Chapitres pour 222 pages avec arrêt sur images et quelques-unes de journaux au sujet des crimes rituels. Avez-vous eu peur d'être une nouvelle fois contredit?

Ce sont des pièces à conviction pour montrer que nous ne parlons pas de choses fictives. Certaines photos nous ont été remises par les familles des victimes. Il faut ajouter que les images et les photos sont des preuves dans la communication persuasive. Rassurer-vous cela n’à rien n'avoir avec une quelconque peur d'être contredit.

Parlant de votre ouvrage sur les sectes et l'interdiction de sa commercialisation prononcée par un Tribunal. Où en êtes-vous?

C'est la mafia des gens des loges qui a voulu bloquer le livre. Ils ont tout simplement voulu manipuler la justice. Dieu merci, la vérité a triomphé. Plus de 20 000 exemplaires de l'ouvrage ont été tirés. Aujourd'hui, les camerounais connaissent beaucoup de choses sur les travers des loges et des pratiques magico-anales. La justice a exigé que je retire le nom de certains présumés francs-maçons. Et moi j'ai décidé d'enlever tous les noms pour montrer que les francs-maçons du Cameroun n'assument pas leur identité. Il y en a qui ont reçu des blâmes de la part de leurs gourous. Mais le livre est disponible sur le marché et continue de se vendre au prix de 10 000 Fcfa.

L'ouvrage est-il en ce moment disponible dans les librairies?

L'ouvrage est disponible à partir de ce lundi 20/07/2013 dans toutes les bonnes librairies. Surtout à la librairie Clé, peuples noirs Yaoundé et dans les librairies Matila à Bonanjo et aux kiosques de l'Hôtel Sawa à Douala. Je précise que Messapresse est également un distributeur de cette publication. Depuis, 5 ans, nous entretenons une collaboration assez fructueuse et mutuellement bénéfique. Il coûte 10 000 FCFA l'unité. J'offre également la possibilité aux autres libraires de me contacter au cas où.

Quel commentaire vous inspire les méthodes définies par le RDPC dans la section de ses représentants au scrutin du 30 septembre prochain?

Ce sont les membres des loges et des sectes membres du RDPC qui ont imposé leurs adeptes à la base afin de faire main basse sur le parti. Quelle belle façon de transformer le RDPC en Club! Aujourd'hui, l'histoire me donne raison. Les tripatouillages, la fraude et l'irrationnel ont gagné. Le parti en sort très fragilisé. On ne peut pas dire que la circulaire du Président Paul Biya qui exigeait le respect des minorités a été respectée de même que le respect des équilibres socio-ethniques.

Comment imaginez-vous le Cameroun sans Paul Biya au pouvoir?

Paul Biya pour le moment est l'homme de la situation. Mais ce n'est pas facile pour lui. Car, son entourage proche ne lui facilite pas la tâche. Il a besoin de forces nouvelles et pas corrompues pour l'aider à bien opérer la transition. S'il s'amuse à ne pas être vigilent, il sortira du pouvoir par la petite porte. Déjà, les crimes rituels sont à l'actif de son pouvoir. On retiendra ainsi que le Cameroun est devenu le premier pays consommateur de vin bordeaux et de champagne, que les sectes et les loges ont pris en otage l'Etat. Ce bilan social est plus que catastrophique et il doit absolument faire quelque chose. Sinon, l'histoire le jugera sévèrement. Il a intérêt à ne pas se laisser endormir par les courtisans

© Gérald Amara | L'Epervier

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