Cameroun - Déguerpissements : Tsimi Evouna sévit à Mimboman et Nkoabang

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Les engins de la communauté urbaine de Yaoundé ont fait une descente dans ces quartiers.

Les habitants des quartiers Mimboman et Nkoabang ont eu une journée agitée ce jeudi 31 janvier 2013. C’est en effet ce jour que la communauté urbaine de Yaoundé a choisi pour démolir les habitations occupant l’espace réservé à la route Don Bosco Mimboman- Nkoabang.

D’une longueur de 4km et d’une largeur de 14 mètres, les travaux de bitumage de cet axe sont sur le point d’être lancés et les autorités ont décidé de passer à la vitesse supérieure.

«Les gens sont trop têtus. Cela fait six mois qu’on leur a demandé de quitter cet espace. Dans un premier temps, on leur avait donné deux semaines de sommation mais, pour des raisons financières, nous avons eu du retard. Du coup, ils ont eu six mois pour déguerpir et aujourd’hui, ils osent se plaindre en faisant semblant d’être surpris? C’est de la mauvaise foi. Plus question de faire des sentiments », fulmine le responsable des travaux. De fait, les démolisseurs n’y sont pas allés du dos de la cuillère. Boutiques, cybercafés, habitations, cafétérias, «beignétariats», rien n’a échappé aux bulldozers.

Certaines personnes ont même été surprises d’entendre le grondement des moteurs dans leur direction, à l’image de cette vendeuse de beignets qui a dû sortir en catastrophe de son kiosque pour avoir la vie sauve. Dans l’affaire, elle a perdu tout son matériel de travail. Sous le choc, elle ne comprend pas pourquoi son local a été balayé, «je ne suis pas en infraction. J’ai respecté la distance demandée par rapport à la chaussée. D’ailleurs, mon local est adossé aux toilettes de l’école publique.*

Pourquoi me détruire et pas les toilettes d’à côté», s’interroge-t-elle? «Elle se plaint pour rien, intervient un habitant du quartier. Cela fait des mois et des mois que les autorités sont passées pour demander aux un et aux autres de se conformer. Ils ont même fait plusieurs tours. Donc, elle devrait se taire. La route que l’on construit aidera le quartier et nous débarrassera de cette poussière qui nous tue». Si certains comprennent bien la nécessité de ces destructions, ils fustigent en revanche la double attitude de la communauté urbaine.

«Le problème c’est qu’on ne sait plus qui écouter», affirme une dame dont la devanture vient d’être dévastée. «Il y a quelques semaines, un responsable m’a dit qu’il n’y avait aucun problème avec ma devanture mais aujourd’hui, on l’a détruite. Si j’avais su, je l’aurais retirée moi-même et récupéré au moins mes tôles», se lamente-t-elle. Dans leur malheur, certains ont quand même eu de la chance comme cette couturière absente, dont la boutique et surtout le matériel ont été épargnés grâce à ses voisins qui ont instamment demandé aux agents de la communauté urbaine de lui laisser le temps de retirer ses machines. Mais ses deux voisins n’ont pas pu bénéficier de la même magnanimité, leur mur d’enceinte a volé en éclats sous les coups de boutoir du bulldozer. Au quartier Nkoabang, ce sont surtout des habitations qui ont été détruites.

Plusieurs familles ont été jetées dans la rue et sont dans le désarroi. «Je ne sais pas où on va aller, pleurniche une mère de famille. Nous avons tout juste eu le temps d’évacuer la maison. Les enfants fréquentent les établissements du quartier. Comment va-t-on faire?» Demande- t-elle. Ce à quoi les agents de la communauté rétorquent par cet adage bien à propos, «on ne peut pas faire d’omelette sans casser des oeufs».

© L'Actu : Baleba Baleba

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