Cameroun - Décret Présidentiel: Le salaire du chef (traditionnel) !

Désormais, tous les chefs traditionnels de la République percevront une allocation mensuelle dont le montant est fixé à 200 000 Fcfa pour les chefs de 1er degré, 100 000 Fcfa pour les chefs de 2e degré et 50 000 Fcfa pour ceux de troisième degré.

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Le salaire du chef !

Président dixit. Désormais, tous les chefs traditionnels de la République percevront une allocation mensuelle dont le montant est fixé à 200 000 Fcfa pour les chefs de 1er degré, 100 000 Fcfa pour les chefs de 2e degré et 50 000 Fcfa pour ceux de troisième degré. D’après nos sources, le ministère de l’Administration territoriale qui porte ce projet depuis 6 ans justifie ce traitement spécial par le fait que les chefs traditionnels sont des auxiliaires de l’administration à côté des auxiliaires d’administration intégrés dans le fichier du solde de l’Etat. Par cet acte de magnanimité, le pouvoir renforce sans doute le prestige de la fonction traditionnelle à la croisée des chemins avec l’administration moderne devant qui elle doit jouer des coudes pour s’affirmer. Soit. Mais, il n’échappe à personne que cet avantage consenti peut être retourné en faveur du régime pour mettre au pas les sujets de ces chefs notamment dans les zones du grand nord et du grand Ouest fortement attachés aux valeurs traditionnelles. De plus, un chef salarié et donc soumis à celui qui délie les cordons de la bourse peut-il revendiquer tout le symbole d’antan qui entourait la fonction traditionnelle ? Car dans la sociologie camerounaise, les fonctions de chef sont gratuites, volontaires… bénévoles. C’est cette gratuité qui fait le salaire du chef… c’est ce volontariat qui fait le chef. Parce qu’un chef ne plie jamais l’échine !

Rodrigue N. TONGUE

Exception: Ces gardiens de la tradition recalés aux guichets

La mesure prise par le président de la République exclue certains chefs traditionnels du fait de leur statut de fonctionnaires ou de parlementaires. Ils sont légion, ces chefs traditionnels qui ne vont pas bénéficier de la manne présidentielle offerte par décret N°2013/332 du 13 septembre 2013 modifiant et complétant certaines dispositions du décret N° 77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. Ce décret signé à quelques heures du lancement de la campagne électorale en vue du double scrutin du 30 septembre prochain octroie des allocations mensuelles aux chefs traditionnels. Ainsi, les chefs de 1er degré auront le privilège de percevoir une rémunération de 200 mille francs le mois, alors que ceux de 2ème et 3ème degrés devront respectivement percevoir 100 mille et 50 mille FCfa. Seulement, l’article 24 de ce décret précise clairement que « les allocations ne peuvent se cumuler avec les indemnités de parlementaire, le traitement de fonctionnaire ou d’agent des administrations publiques».

Cette exception introduite par le chef de l’Etat exclut un certain nombre de gardiens de nos traditions de cette mesure. A l’Ouest par exemple, l’on peut citer dans la foulée, le chef supérieur Foto dans le département de la Menou, Sa Majesté Momo Soffack Guy Bertrand. Celui –ci étant sous-préfet de l’arrondissement de Bafoussam II à Baleng bénéficie déjà d’un traitement de fonctionnaire. Son collègue Honoré Djomo Pokam de Bandjoun aussi, du fait de son statut de sénateur. Il en va de même pour le Sultan Ibrahim Mbombo Njoya, roi des Bamoun qui officie au parlement en qualité de sénateur.

Dans le Centre, les sénateurs Bell Luc René, chef supérieur de Bomabom, village situé dans l’arrondissement de Bondjock et le sénateur Jean-Marie Mama, chef de 1er degré dans le l’arrondissement de Ngoulmekong, ne passeront pas aussi à la caisse. Car ils bénéficient déjà des allocations octroyées aux parlementaires par l’Etat. Sa majesté Pascal Charlemagne Messanga Nyamding récemment élevé au titre de chef traditionnel à Yabassi – Centre et membre titulaire du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) est lui aussi hors jeu, du fait de son statut d’enseignant d’Université. Les exemples sont nombreux.

Sa Majesté Jacques Famé Ndongo, le ministre de l’Enseignement supérieur, Sa Majesté le lamido de Rey Bouba (sénateur) et bien d’autres sont ainsi hors course. Mais Paul Biya a donné à ces autorités traditionnelles une opportunité de choisir entre le salaire de chef traditionnels et celui de fonctionnaire ou d’agent d’administration. Ceci, en indiquant clairement dans l’article 25 du décret signé vendredi dernier qu’ «en cas de cumul de fonctions dûment autorisé, l’intéressé doit opter, avant sa désignation par l’autorité compétente, soit pour le maintien de son traitement ou salaire, soit pour le bénéfice de l’allocation de chef traditionnel». Quoi qu’on dise, cette décision de Paul Biya de doter les chefs traditionnels d’allocations mensuelles à la veille d’une élection couplée cache mal son intention de faire un appel du pied à ces gardiens de la tradition.

Joseph Flavien KANKEU

Réactions: Scepticisme à l’Ouest

Ils doutent quant à la mise en œuvre effective du décret que le président de la République, Paul Biya a signé vendredi dernier leur octroyant des allocations. Surtout qu’une certaine opinion laisse croire qu’il s’agit d’une mesure électoraliste. Que l’attente fut longue et pénible ! C’est le sentiment général partagé par la plupart des chefs traditionnels de la région de l’Ouest, après la signature vendredi dernier par le président Biya d’un important décret modifiant et complétant certaines dispositions du décret du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. Selon la lettre et l’esprit dudit texte, il est désormais octroyé des allocations mensuelles aux chefs traditionnels.

Soit 200.000Fcfa pour les chefs de premier degré, 100.000Fcfa pour les chefs de deuxième degré et 50.000Fcfa pour les chefs de troisième degré. « Nous étions jusqu’à présent négligés, mais le décret présidentiel vient nous remettre au devant de la scène et redonner à nos fonctions de gardien de la tradition un sens», précise Tankou Tiam Jacques, chef de 3ème degré de Banengo village 3 dans la Mifi. Suite à cette décision, ces autorités traditionnelles semblent ne pas bouder leur satisfaction. « En tant qu’auxiliaires de l’administration, il était temps que les choses changent.

Jusqu’à présent, nous étions réduits à notre simple expression », confie-t-on dans leur entourage. Un aveu de l’indigence dans laquelle ces derniers vivaient au quotidien. Malgré leurs attributs de dépositaires du pouvoir traditionnel, ils étaient jusque-là foulés aux pieds par leurs propres sujets. Certains étaient même empêtrés dans de scabreuses affaires foncières ou d’arnaque pure et simple. Autant d’attitudes qui ne redoraient pas leur blason. Ajoutée à cela l’indemnité trimestrielle d’alors qui ne suivait pas toujours. Un chef traditionnel a avoué sous anonymat que, c’est en activant ses réseaux qu’il parvenait à en bénéficier. « C’est une bouée de sauvetage, surtout que bon nombre d’entre nous ont dû renoncer à leurs fonctions administratives pour ne se consacrer qu’à gérer leur communauté villageoise.

Le cas du sultan Ibrahim Mbombo Njoya dans le Noun est patent », déclare un notable de la chefferie de deuxième degré de Bafoussam. Toutes choses qui font dire que les lendemains s’annoncent meilleurs dans les chefferies traditionnelles, surtout que ces émoluments sont affranchis de toute taxation. Même si d’aucuns ne voient pas cette mesure d’un bon œil ; le fait qu’elle intervient à la veille du lancement officiel de la campagne électorale pour le double scrutin du 30 septembre prochain, n’est pas un hasard de calendrier. Ce serait un coup bien monté de la part du locataire d’Étoudi pour rallier l’électorat à sa cause, et prendre quelques longueurs d’avance sur l’opposition.

« Le chef de l’État a une fois de plus démontré qu’il est le seul maître du jeu politique au Cameroun, et qu’il détient seul les cartes à même de hisser les caciques de son parti au firmament de l’Assemblée nationale et des mairies », s’indigne sous cape un militant du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc). « Avant même que la campagne ne soit lancée, les dés sont pipés à l’avance, et c’est notre démocratie qui prend un sérieux coup », conclut-il. A fortiori les personnes qui restent mesurées dans leur contentement. Seul le décret d’application pourra me rassurer, susurre un dignitaire traditionnel.

Gibrile KENFACK TSABDO (Stg) à Bafoussam

Littoral: Une mesure diversement appréciée par les chefs traditionnels

L’initiative du chef de l’Etat est diversement appréciée par les concernés. Si certains estiment que les montants alloués sont maigres, d’autres par contre louent la mesure présidentielle. Pour nombre de chefs traditionnels il s’agit d’une manne qui tombe du ciel. « C’est normal. C’est une manière de revigorer la chefferie traditionnelle. C’est la preuve qu’elle a encore toute sa place au sein de notre société. L’acte du chef de l’Etat est un élément de motivation. Le chef de l’Etat vient de prouver qu’il attache du prix au bon fonctionnement des chefferies traditionnelles. Et c’est une bonne chose », pense S.M Salomon Madiba Songué, chef supérieur du canton Bakoko du Wouri. « C’est une mesure à saluer.

J’ai appris la nouvelle avec beaucoup de joie. Nous avons fêté au village. Mes collègues et moi remercions le chef de l’Etat pour sa magnanimité. C’est une preuve que les chefs traditionnels sont des auxiliaires de l’administration. Nous n’attendions pas mieux que cela», confie le chef de troisième degré du village Njanga dans le département du Nkam. Un avis que ne partage pas un chef du département du Moungo. «C’est insignifiant. Certes le geste est salutaire, dit-il mais nous nous attendions à un peu plus. Toutefois c’est un début. Nous espérons que les montants seront revus à la hausse pour nous permettre de vivre. Et de remplir les missions qui sont les nôtres ».

Dans l’ensemble, si pour nombre d’auxiliaires d’administration joints par nos soins hier, lundi 16 septembre 2013, le geste du chef de l’Etat « est fort de symbole », il n’en demeure pas moins que pour certains, que les montants alloués sont dérisoires. Au finish, pour anodins qu’ils puissent paraître, ces décrets à fort relents de corruption ressemblent à s’y méprendre à une récompense pour le rôle jadis joué par ces auxiliaires de l’administration lors des échéances électorales antérieures.

B-P.D. © Le Messager

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