Cameroun - Coupures intempestives d'électricité : Manifestations contre Aes Sonel

Cameroun - Coupures intempestives d'électricité : Manifestations contre Aes SonelLes populations du quartier Makèpè ont marché hier jusqu'à l'agence de Ndokoti, où elles ont protesté contre le décès de quatre enfants lors d'un incendie survenu pendant une coupure d'électricité.

Trop c'est trop !», scande un manifestant. «On en a marre !», s'écrie un autre jeune du quartier Makèpè qui a pris part au mouvement d'humeur organisé devant l'agence Aes Sonel de Ndokoti, hier, 12 février 2013. Ces jeunes affirment en choeur qu'ils en ont ras le bol des coupures intempestives d'électricité devenues trop récurrentes dans leur quartier, mais surtout des dégâts que ce rationnement cause chaque jour dans les ménages camerounais et particulièrement à Douala. «Pendant la nuit de lundi, l'électricité a été coupée au moins six fois dans notre quartier», affirme un manifestant dans la foule.

Le dernier dégât en date s'est produit dans la nuit de lundi au quartier Makèpè, derrière le campus 1 de l'université de Douala. Quatre enfants d'une même famille ont péri au cours d'un incendie survenu pendant une coupure d'électricité dans ce quartier populeux de Douala 5ème. C'est ce «drame de trop» qui a poussé les habitants de Makèpè à investir l'agence Aes Sonel de Ndokoti hier.

Quand la manifestation a débuté aux alentours de 9 h, on comptait une quarantaine de personnes. Progressivement, elles ont été rejointes par d'autres habitants du quartier, portant l'effectif des manifestants à environ une soixantaine. Ils brandissaient des pancartes de fortune sur lesquelles étaient rédigés des messages hostiles à Aes Sonel, la société de production et de distribution de l'électricité au Cameroun. Le message disait «non à Aes Sonel». Les pancartes véhiculaient également les messages suivants : « Aes Sonel où sont nos quatre enfants ? Non !!! Aes Sonel, trop c'est trop», «Aes Sonel, remettez-nous nos quatre enfants», «Trop c'est trop, non à Aes Sonel». Les manifestants ont débuté leur marche de protestation contre Aes Sonel dans leur quartier de Makèpè, situé à environ trois kilomètres et demi de l'agence Aes Sonel de Ndokoti.

La police pour dissuader

« Nous avons pris la décision d'arriver ici à Camp Sonel Ndokoti parce que c'est à cause d'Aes Sonel que nous avons eu cet incident (décès des quatre enfants, ndlr). Nous ne voulons plus de coupure », s'explique Tchatchoua Atchatat, un parent éloigné de la famille endeuillée. Certains usagers qui passent par là saluent l'action des populations de Makèpè et les confortent dans leur détermination.

D'autres, des bendskineurs, ont garé leur moto pour regarder le spectacle. Les manifestants tentent d'empêcher les voitures de circuler. Ils mettent aussi en garde tous les agents d'Aes Sonel qui s'aventureraient à distribuer les factures d'électricité dans leur quartier et dans les quartiers environnants dans les prochains mois. « Il est strictement interdit à tout agent de Aes Sonel de circuler dans les secteurs Cité Sic pour distribuer les quittances… », indique l'une des pancartes. La manifestation est suivie par une vingtaine de policiers équipés de matraques, d'armes à feu et de boucliers antiémeutes. Ils sont disposés devant l'entrée de l'agence Aes Sonel de Ndokoti. On peut distinguer les Equipes spéciales d'intervention rapide (Esir) et le Groupement mobile d'intervention (Gmi) numéro deux. Un véhicule de police est venu les ravitailler en gaz lacrymogènes contenus dans des caisses de bois. Les autorités elles aussi ont dû déployer de l'énergie pour calmer les esprits.

Pendant que le maire de Douala 5ème, Françoise Foning, se rendait au domicile familial des quatre enfants décédés pour constater les dégâts causés par les flammes, le sous-préfet de Douala 3ème, Zachariaou Njoya, lui, est descendu sur le lieu de la manifestation pour rassurer les populations. Il leur a demandé de retourner dans leur quartier. Le directeur régional d'Aes Sonel Littoral, Lucas Fotso, s'est employé lui aussi à rassurer la foule. «Nous vous assurons que nous ferons tout ce qui est en notre possibilité pour que les coupures, s'il y en a, et celles qui sont communiquées d'avance, et que les heures, les jours annoncés soient respectés », supplie-t-il. Le directeur régional a confirmé les quatre morts et a rassuré aussi qu'une enquête a été ouverte pour déterminer les causes réelles de l'incendie qui a coûté leur vie à Laurelle Ndjiki, 10 ans, Mbango Kévine, 8 ans, Nyamsi Kandine France, 6 ans, et la petite Tchami, qui aurait eu deux ans dans 13 jours. Il a en outre indiqué que des mesures appropriées seront prises dès que les résultats de l'enquête seront disponibles. Les manifestants sont retournés dans leur quartier dans l'après-midi aux environs de 13 h.

© Le Jour : Théodore Tchopa

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Date de dernière mise à jour : 14/02/2013