Cameroun - Conseil ministériel: les dernières heures de l’équipe Yang

Derrière le discours de moine du président, mardi dernier, se cache une stratégie destinée à mieux endormir les tricheurs et les détourneurs de deniers publics bientôt remerciés pour être mis à la disposition de la justice. «Ce dont nous avons besoin pour les prochaines années, c’est d’un véritable plan d’urgence.

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Avec le Dsce [Document de stratégie pour la croissance et l’emploi], nous avons le tableau de bord. Il nous faut maintenant agir.» C’était le 31 décembre 2013. Paul Biya, à l’occasion de son traditionnel message de nouvel an, annonçait ainsi les priorités à court terme : redresser la courbe de croissance du Cameroun en créant des emplois et maintenir un niveau élevé de performances sur plusieurs années d’affilée et pour cela fixer, à partir des feuilles de route, des échéances à respecter absolument. Le terme «plan d’urgence est revenu dans le discours présidentiel mardi, au travers d’un conseil ministériel particulièrement bref (25mn). Les objectifs n’ont pratiquement pas changé : accélérer le rythme de croissance économique et améliorer les conditions de vie de la population.

Ce plan est certes «distinct» du Dsce, présenté comme une «charte» de développement. «Il n’interfère pas non plus avec les feuilles de route des départements ministériels qui doivent continuer d’être appliquées avec toute la diligence et la rigueur nécessaires», a précisé le chef de l’État. Mais cette flopée de «plans» fait forcément désordre dans le décor. Le nouveau plan, il est vrai, est triennal et repose sur une enveloppe claire (925 milliards de francs). Paul Biya est le premier à regretter «qu’il se soit fait attendre», qu’il a fallu prendre le temps de négocier, de choisir les meilleures options afin de pouvoir avancer sur des bases solides. Mais des sources introduites affirment que cette nouvelle stratégie est prête depuis 9 mois, et se trouvait engluée dans les éternelles lourdeurs administratives et le laxisme chronique du gouvernement. Au vu de ce qui précède, l’on est tenté par le scepticisme par rapport à «la célérité» exigée par le président à une équipe gouvernementale dont il est le premier à décrier l’inertie et les pratiques antipatriotiques.

Licenciements secs

Selon toute vraisemblance, Paul Biya, en convoquant le gouvernement pour la première fois en 3 ans en conseil ministériel, en revisitant son registre de récriminations notamment sur la qualité de la dépense publique qui n’a cessé de se détériorer, «avec notamment une accumulation de dépenses dont la nécessité n’est pas évidente», faisait ses adieux au gouvernement Yang auquel il voulait, à sa façon, signifier sa plus totale amertume. En vrac, il a cité l’augmentation effrénée des dépenses en biens et en services, l’accroissement excessif des missions notamment à l’étranger, la multiplication des comités et des projets inappropriés et l’accroissement abusif des subventions. «Je demande au gouvernement de réduire son train de vie en bloquant les dépenses des biens et services, et en réduisant drastiquement les frais de missions, les achats de véhicules et de carburant», a-t-il martelé. Une situation qui «appelle des efforts de modération et de rationalisation». Voire des sanctions en termes de licenciements secs.

Les fausses assurances de Paul Biya, qui a rappelé chacun à la responsabilité, au sens propre du terme et sera également mise à l’épreuve dans la mesure où, du succès de l’action individuelle dépendront les progrès de l’économie de notre pays et le bien-être de nos concitoyens, pourrait donc s’apparenter à une méthode d’endormissement. Ce d’autant que, dans l’actuelle équipe, se retrouvent au moins 7 membres en délicatesse avec la justice, pour mal gouvernance. Assez vite, ils doivent être libérés de leurs fonctions pour être mis à la disposition des magistrats. Mardi dernier, Paul Biya a poussé la manifestation de sa déception en ne saluant que le Premier ministre Philemon Yang. Cela peut être un indicateur de ce qu’il n’entend plus composer avec des gens à la réputation sulfureuse. De plus, en prenant congé de ses hôtes, Paul Biya a prononcé cette phrase lourde de sens à l’endroit du chef du gouvernement : «Monsieur le Premier ministre, soyez prêt à être à la disposition du pays…» Les choses devraient manifestement s’accélérer dans les prochains jours. On l’avait déjà constaté avec la vitesse à laquelle le Parlement, dont la session ordinaire s’achève ce jour, a siégé. Il n’est pas exclu que, tout aussi rapidement, une session extraordinaire soit convoquée dans la foulée, avec pour principal point à l’ordre du jour, une éventuelle révision de la constitution par exemple. La mise en place du Conseil constitutionnel, destiné à compléter l’arsenal institutionnel du pays est aussi, apprend de source crédible, à l’ordre.

À propos du Conseil constitutionnel, au sein du sérail, plusieurs noms de ses éventuels membres circulent avec insistance. Et plusieurs parmi eux sont membres de l’équipe gouvernementale actuelle, qui a consacré le non cumul depuis des années. Ceux-là doivent donc être déchargés de leur fonction de ministre afin de faire valoir leurs compétences dans la nouvelle entité. Par ailleurs, dans l’agenda présidentiel figure le Conseil supérieur de la magistrature, qui doit siéger, en principe, le 18 décembre prochain. Cette instance devrait plancher, entre autres, sur les intégrations dans le corps des magistrats, les nominations et affectations des magistrats, les promotions et avancements et les questions disciplinaires.

Des plans sur la comète

Le Cameroun ploie actuellement sous les plans d’urgence, sans pour autant que des résultats tangibles soient visibles sur le terrain. Les plans d’urgence ont succédé à d’autres plans d’urgence. La faute à l’inertie, au manque de cohérence et de lisibilité dans l’action, aux goulots d’étranglement dans la mise en œuvre des projets, à l’inutilité de certaines commissions de suivi de projets, qui ne débouchent sur aucune décision, aux points de blocage, aux zones de dispersion et aux doublons, à la primauté de la réussite personnelle sur l’intérêt général. Paul Biya l’a rappelé le 31 décembre 2013 au soir. Et rien n’a bougé, ou presque, depuis lors. Voici quelques mois, le gouvernement a engagé l'élaboration du plan d'urgence ordonné par le chef de l'État, visant à impulser une nouvelle dynamique de développement dans le septentrion afin de lutter efficacement contre les manœuvres perverses de la secte islamiste nigériane Boko Haram. La stratégie s’est engluée dans des considérations égoïstes.

Cette compilation hétéroclite de stratégies, confiées à des personnes visiblement incapables et rongées par des intérêts inavoués, a fini par convaincre certains observateurs de ce que le Cameroun n’était lui-même qu’un énorme… plan d’urgence à la feuille de route virtuelle. Paul Biya a beau attirer l’attention de ses collaborateurs sur l’importance des enveloppes financières qui seront mises à leur disposition pour la nouvelle stratégie triennale. Il a beau marteler que celles-ci «devront être gérées avec la plus grande rigueur et leur affectation scrupuleusement respectée», sous l’œil vigilant d’un Comité chargé du suivi et de la supervision. On croirait entendre un disque savamment rayé par ses interlocuteurs. Comme les Camerounais peuvent donc le constater, le chef de l’État est visiblement fâché. Il pourra, bientôt, pour ne pas dire très bientôt, séparer le bon grain de l’ivraie. Mais, ne sait-on jamais, Paul Biya pourra également ne pas remanier. Étant donné, apprend-on, qu’il n’est plus lui-même. Qu’il serait téléguidé par des esprits plus forts. Le président de la République étant dans l’étau des sectes et autres marabouts qui ne lui permettent plus d’agir selon sa volonté. Comme nous le disions déjà dans notre édition du 8 décembre 2014, il faut prier pour Paul Biya, afin qu’il soit délivré des forces occultes…

© René Atangana | La Météo

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