Cameroun - Communication: Interférences à l'antenne privée

La tolérance administrative supplée sereinement la licence d'exploitation, pour servir d'épée de Damoclès.

Vendredi 24 janvier 2013. Le ministre de la Communication (Mincom), Issa Tchiroma Bakary, reçoit les vœux de nouvel an de tous les acteurs qui relèvent de son domaine. Pour ne pas les laisser repartir les mains vides, il leur annonce la fin de la tolérance administrative dans le secteur audiovisuel privé au Cameroun. «En matière de régulation, j'annonce que l'année 2013 sera celle du deuil de la tolérance administrative », avait déclaré Issa Tchiroma Bakary.

Le Mincom, un mois avant, avait organisé au Palais des Congrès de Yaoundé les états généraux de la communication. Le mois dernier, le même Mincom a assisté à une réunion au ministère des postes et Télécommunications (Minpostel), relative à la gestion des fréquences, qui sont «une denrée épuisable», pour reprendre la Minpostel, Minette Libom li Likeng. Sensiblement à la même date qu'en 2013, 2014 et 2015, Issa Tchiroma Bakary viendra faire les mêmes annonces.

Or, le Cameroun, qui est doté, depuis le 3 avril 2000 d'un texte d'application qui fixe les conditions et modalités de création et d'exploitation des entreprises privées de communication audiovisuelle, textes faisant suite à la loi du 19 décembre 1990, n'a déjà délivré que quatre licences d'exploitation. Lesquelles licences avaient été attribuées à crédit.

En effet, en septembre 2005, lorsque le gouvernement s'apprêtait à attribuer les premières licences, il avait reçu environ 180 dossiers. Une cinquantaine de dossiers sont retenus. Le 30 août 2007, le Mincom, le Pr Ebenezer Njoh Mouelle, attribue les premières licences d'exploitations. Les bénéficiaires sont : Canal2, Stv, Tv+ et Sweet Fm. A son arrivée, Jean Pierre Biyiti bi Essam va les sommer de payer le reste de la quittance au trésor public, comme le prévoit la loi.

Sur la table du gouvernement camerounais en ce moment, une vingtaine de chaînes de télévisions et une cinquantaine de radios privées sont identifiées. Les 90% - voire plus - exerçant sous le régime de la tolérance administrative. Au point où ce choix du gouvernement de laisser libre cours à des choses interdites par la loi fait des gorges chaudes.

L'ancien député Rdpc, Ferdinand Ndinda Ndinda, disait encore que « la tolérance administrative, au lieu d'être cette situation entraînant l'anarchie, doit être considérée comme l'écart qu'on peut admettre normalement sans que, pour autant, la norme ne soit transgressée. Dès lors qu'au point où on en est, il est difficile de trouver des solutions d'un seul coup, qu'il faudra progressivement s'entendre sur les principes, sur les normes et repartir sur de bonnes bases ».

Can 
Or, selon des spécialistes, le gouvernement se plairait à maintenir les médias audiovisuels privés sous leur contrôle, comme une épée de Damoclès. Leur discipline leur permettant donc de fonctionner dans l'illégalité, ad vitam aeternam. Ainsi, la plus ancienne radio privée émettant sur la ville de Yaoundé, en modulation de fréquence (Fm), Radio Lumière de Joseph Ndi Samba (1999), ne jouit pas d'une licence. Tout comme la Rts (radio Tiémeni Siantou) de Lucien Wantou Siantou (2000) ou Ariane Tv de Paul Kenne (2001). 

Lorsque Magic Fm, «la chaîne qui déchaîne», son slogan, a essayé de se déchaîner en février 2008, c'est un officier de gendarmerie qui est venu saisir tout son matériel de diffusion sans en informer la tutelle, si l'on en croit les témoignages. 237online.com Chaque fois, le Mincom, Issa Tchiroma Bakary, ou ses prédécesseurs, ont toujours rappelé à suffisance que «ces médias ne jouissent que d'une autorisation… »

En 2016, une question devenue traditionnelle reviendra au Mincom : où sont passées les résolutions des états généraux de la communication tenus du 5 au 7 décembre 2012. Si loin ? Le sujet le plus frais à l'esprit et qui pourrait constituer un dossier épineux à la Place Hippodrome est l'affaire Afrique Media. Non pas en termes de résolution définitive de ce conflit dû au refus de cette chaîne de télévision « panafricaine » de se plier aux décisions N° 00015/CNC du 4 Juin 2015 du conseil national de la communication, qui la suspendait d'antenne.

Le chef du gouvernement devrait clarifier les droits et devoirs du Cnc, qui a refusé d'accéder à la demande du Mincom, qui lui demandait de lever cette décision, afin d'éviter un abus. En retour, le Cnc lui avait répondu qu'il n'était pas dans son rôle d'instruire le Cnc.

Au-delà de ces querelles de clochers, le Mincom et sa société sous-tutelle, la Cameroon radio and television (Crtv) doivent, en 2016, relever le défi de la couverture médiatique et, surtout technique de la Coupe d'Afrique des nations de football féminin. Le passage à la télévision numérique terrestre restant un véritable serpent de mer englué dans les conflits de préséance entre le ministère de la Communication et le comité basé dans les services du Premier ministère.

Or, la Confédération africaine de football (Caf) a déjà désigné la Crtv comme fournisseur des images. Mais, de quelle qualité ? Le président du conseil d'administration de cette entreprise d'Etat s'appelle Issa Tchiroma Bakary.

Justin Blaise Akono

237online.com

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau